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Mercredi 7 mai 2008

Programme d’avenir

Par Bernard Pascaud

Président de La Restauration Nationale

 

 

Le 21 mars 1908 commençait la grande aventure journalistique, intellectuelle et politique de L'Action française quotidienne. C'était il y a cent ans. Elle n'était, au vrai, qu'une étape nouvelle de l'oeuvre entreprise quelques années auparavant par un homme de génie, brûlant d'un amour passionné de la France et qui, en dépit de sa jeunesse et d'un contexte politique, culturel, institutionnel et même religieux défavorable, avait discerné quelles pouvaient être les clés du changement politique, condition d'un redressement français : le ralliement à la monarchie. Cet homme, c'est évidemment Charles Maurras.

 

Bien que son oeuvre n'ait pas encore abouti, elle n'est pas morte avec lui. D'autant qu'elle a réussi ce qui est le plus rare : avoir raison, avoir compris les mécanismes de ce qui tue et de ce qui fait vivre, avoir saisi les lois politiques du salut temporel de la France, discerné les conditions de son harmonie sociale et tracé un chemin français possible dans le concert des nations. Toute l'histoire du XXe siècle français atteste de la rectitude de jugement et de pensée de nos maîtres.

 

Nous voici donc, un siècle plus tard, héritiers d'une doctrine et d'une histoire qui portent en ellesmêmes leur richesse et leur espérance. Certes les faux principes et les institutions bancales qui en sont issues, ont déployé leurs néfastes effets. Trois républiques ont passé. Une Vle était même en vue, il y a peu, lors des dernières élections présidentielles. Finalement on a préféré un président prétendument "homme des réformes". Mais déjà, d'état de grâce éphémère en état de disgrâce permanent, les réformes marquent le pas, se font moins ambitieuses et, surtout, portent sur des questions qui pour être importantes ne remettent pas en cause ce qui oblitère et paralyse l'Etat et finalement ce qui l'empêche de retrouver toute la Majesté dont il doit être investi

 

Dans un monde qui change, dans une France qui change, dans une société qui change, on envisage toutes les réformes, hormis de mettre en question les principes qui sont pourtant les causes majeures de nos impuissances.

 

Ces impuissances sont notre réel et pour ainsi dire notre unique problème.

 

Pour une France qui a du mal à affirmer son identité, la pseudo-neutralité républicaine n'est pas la solution, elle est le problème.

 

Pour la France où réside une forte communauté étrangère d'origine extra-européenne, le laïcisme n'est pas la solution, il est le problème.

 

Pour la France qui fut la reine des nations et pourrait aujourd'hui jouer un rôle de fédérateur des nations européennes, moyennes et petites, l'Europe de Bruxelles n'est pas la solution, elle est le problème.

 

Pour une société française en proie à la dilution, l'individualisme démocratique n'est pas la solution, il est le problème.

 

Pour le redéploiement d'un faisceau de responsabilités locales qui s'apparenterait à une véritable et saine décentralisation, l'esprit partisan n'est pas la solution, il est le problème. Et il en est de même pour la représentation !

 

Pour les défis éthiques qui se présentent à l'humanité d'aujourd'hui, et donc aussi à notre peuple, le relativisme libéral n'est pas la solution, il est le problème.

 

Pour un Etat français, vrai serviteur du bien commun, fondé sur une authentique légitimité, la subordination de l'intérêt national à la politique politicienne n'est pas la solution, elle est le problème.

 

En disant cela, je n'ignore pas combien le monde est complexe et combien se sont compliqués les problèmes de la société contemporaine. Aussi n'est-ce pas de cette complexité que nous faisons grief aux gouvernants actuels. Ce que nous leur reprochons, c'est de ne pas remettre en cause les principes et les institutions qui mettent l'Etat dans la plus mauvaise des positions pour traiter les problèmes avec le maximum de chance de réussite. C'est de sacrifier l'intérêt supérieur du pays au carriérisme politique.

 

Ces constats sont de plus en plus évidents. Plus encore qu'au moment où Maurras entamait son Action française, le régime en place est instable, institutionnellement et intellectuellement. Les faux principes qu'on présentait comme des "solutions", apparaissent bien comme étant les "problèmes".

 

Or, voici que par une grâce incroyable, au moment où ces faux principes qui occupent encore le terrain sont en crise, apparaît un Prince, français, chrétien, incarnant d'autres principes, ceux qui' peuvent constituer une solution alternative. Prince qui, pour notre chance, n'est pas frappé par la loi d'exil comme c'était le cas au temps de Maurras ! Il est même une autre différence de taille entre les deux époques : il y a aujourd'hui à la tête de l'Eglise un Pape dont la préoccupation n'est pas de politique intérieure française dans l'esprit d'un ralliement à la République".   Cela, c'est fini !

 

Toutes ces données réunies constituent ce que des géopoliticiens appellent "une fenêtre d'opportunité ". Cette " fenêtre d'opportunité " nous fait un devoir de dévouement intelligent et d'humble coordination des forces qui veulent bien œuvrer à ce beau projet national et royal. Ce n'est pas d'abord le nombre qui compte. Il viendra ! C'est la pertinence du projet qui est décisive ainsi que l'habileté à le mettre en oeuvre.

 

C'est ce que nous avons commencé à mettre en place depuis quelques années, au tournant du XXe et du XXIe siècle, un peu à la façon dont Maurras avait pris le tournant de 1900 avec son beau projet contenu dans L’Enquête sur la Monarchie. Comme lui, mais dans un contexte différent et pas forcément moins favorable, et aussi d'une façon qui puisse être reçue par les Français d'aujourd'hui, nous cherchons à démontrer pourquoi le cadre national n'est pas dépassé, (et par conséquent " être nationaliste " non plus !) ; pourquoi, étant donné la priorité absolue du politique sur l'économique et le social, il y a nécessité de s'attaquer à des réformes de nature éminemment politiques en instaurant un Etat digne de ce nom, lequel en France correspond à la monarchie, " traditionnelle dans ses principes et modernes dans ses institutions ", pour reprendre la formule du comte de Chambord.

 

Notre mission temporelle est de faire la réforme qui n'a pas eu lieu et qui conditionnent tous les redressements français : refaire un Etat. Et l'histoire nous enseigne qu'il n'y a aucun verrou que l'habileté des hommes ne puisse faire sauter.

 

Dans cette espérance je voudrais terminer sur une note souriante en vous communiquant deux réflexions de nature à bien nous prédisposer pour notre travail à venir.

 

La première porte sur la différence entre la mentalité du perdant et celle du gagnant : le perdant est celui qui oppose toujours des problèmes aux solutions ; le gagnant est celui qui oppose toujours des solutions aux problèmes.

 

La seconde s'adresse particulièrement à nous qui sommes des amoureux de la France, se dévouant bénévolement pour elle, tels des amateurs au sens où dans "amateur" il y a "amour" : n'oubliez jamais que le Titanic a été construit par des professionnels et l'arche de Noé par des amateurs.

 

par Lux publié dans : Pensée politique
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Mercredi 7 mai 2008

J’ai tourné autour de ce thème comme un maître-chien mis en présence d’un colis piégé. Difficile de l’aborder de front sans qu’il vous explose à la figure. Il y a péril de mort civile. C’est pourtant l’interrogation capitale. J’ai hésité. D’autant plus qu’en 1973, en publiant Le Camp des saints, j’ai déjà à peu près tout dit là-dessus. Je n’ai pas grand-chose à ajouter, sinon que je crois que les carottes sont cuites.

Car je suis persuadé que notre destin de Français est scellé, parce qu’« ils sont chez eux chez moi » (Mitterrand), au sein d’une « Europe dont les racines sont autant musulmanes que chrétiennes » (Chirac), parce que la situation est irréversible jusqu’au basculement définitif des années 2050 qui verra les « Français de souche » se compter seulement la moitié - la plus âgée - de la population du pays, le reste étant composé d’Africains, Maghrébins ou Noirs et d’Asiatiques de toutes provenances issus du réservoir inépuisable du tiers monde, avec forte dominante de l’islam, djihadistes et fondamentalistes compris, cette danse-là ne faisant que commencer(1).

La France n’est pas seule concernée. Toute l’Europe marche à la mort. Les avertissements ne manquent pas - rapport de l’ONU (qui s’en réjouit), travaux incontournables de Jean-Claude Chesnais et Jacques Dupâquier, notamment -, mais ils sont systématiquement occultés et l’Ined pousse à la désinformation. Le silence quasi sépulcral des médias, des gouvernements et des institutions communautaires sur le krach démographique de l’Europe des Quinze est l’un des phénomènes les plus sidérants de notre époque. Quand il y a une naissance dans ma famille ou chez mes amis, je ne puis regarder ce bébé de chez nous sans songer à ce qui se prépare pour lui dans l’incurie des « gouvernances » et qu’il lui faudra affronter dans son âge d’homme…

Sans compter que les « Français de souche », matraqués par le tam-tam lancinant des droits de l’homme, de « l’accueil à l’autre », du « partage » cher à nos évêques, etc., encadrés par tout un arsenal répressif de lois dites « antiracistes », conditionnés dès la petite enfance au « métissage » culturel et comportemental, aux impératifs de la « France plurielle » et à toutes les dérives de l’antique charité chrétienne, n’auront plus d’autre ressource que de baisser les bras et de se fondre sans moufter dans le nouveau moule « citoyen » du Français de 2050. Ne désespérons tout de même pas. Assurément, il subsistera ce qu’on appelle en ethnologie des isolats, de puissantes minorités, peut-être une quinzaine de millions de Français - et pas nécessairement tous de race blanche - qui parleront encore notre langue dans son intégrité à peu près sauvée et s’obstineront à rester imprégnés de notre culture et de notre histoire telles qu’elles nous ont été transmises de génération en génération. Cela ne leur sera pas facile.

Face aux différentes « communautés » qu’on voit se former dès aujourd’hui sur les ruines de l’intégration (ou plutôt sur son inversion progressive : c’est nous qu’on intègre à « l’autre », à présent, et plus le contraire) et qui en 2050 seront définitivement et sans doute institutionnellement installées, il s’agira en quelque sorte - je cherche un terme approprié - d’une communauté de la pérennité française. Celle-ci s’appuiera sur ses familles, sa natalité, son endogamie de survie, ses écoles, ses réseaux parallèles de solidarité, peut-être même ses zones géographiques, ses portions de territoire, ses quartiers, voire ses places de sûreté et, pourquoi pas, sa foi chrétienne, et catholique avec un peu de chance si ce ciment-là tient encore.

Cela ne plaira pas. Le clash surviendra un moment ou l’autre. Quelque chose comme l’élimination des koulaks par des moyens légaux appropriés. Et ensuite ?
Ensuite la France ne sera plus peuplée, toutes origines confondues, que par des bernard-l’ermite qui vivront dans des coquilles abandonnées par les représentants d’une espèce à jamais disparue qui s’appelait l’espèce française et n’annonçait en rien, par on ne sait quelle métamorphose génétique, celle qui dans la seconde moitié de ce siècle se sera affublée de ce nom. Ce processus est déjà amorcé. Il existe une seconde hypothèse que je ne saurais formuler autrement qu’en privé et qui nécessiterait auparavant que je consultasse mon avocat, c’est que les derniers isolats résistent jusqu’à s’engager dans une sorte de reconquista sans doute différente de l’espagnole mais s’inspirant des mêmes motifs. Il y aurait un roman périlleux à écrire là-dessus. Ce n’est pas moi qui m’en chargerai, j’ai déjà donné. Son auteur n’est probablement pas encore né, mais ce livre verra le jour à point nommé, j’en suis sûr…

Ce que je ne parviens pas à comprendre et qui me plonge dans un abîme de perplexité navrée, c’est pourquoi et comment tant de Français avertis et tant d’hommes politiques français concourent sciemment, méthodiquement, je n’ose dire cyniquement, à l’immolation d’une certaine France (évitons le qualificatif d’éternelle qui révulse les belles consciences) sur l’autel de l’humanisme utopique exacerbé. Je me pose la même question à propos de toutes ces associations omniprésentes de droits à ceci, de droits à cela, et toutes ces ligues, ces sociétés de pensée, ces officines subventionnées, ces réseaux de manipulateurs infiltrés dans tous les rouages de l’Etat (éducation, magistrature, partis politiques, syndicats, etc.), ces pétitionnaires innombrables, ces médias correctement consensuels et tous ces « intelligents » qui jour après jour et impunément inoculent leur substance anesthésiante dans l’organisme encore sain de la nation française.

Même si je peux, à la limite, les créditer d’une part de sincérité, il m’arrive d’avoir de la peine à admettre que ce sont mes compatriotes. Je sens poindre le mot renégat, mais il y a une autre explication : ils confondent la France avec la République. Les « valeurs républicaines » se déclinent à l’infini, on le sait jusqu’à la satiété, mais sans jamais de référence à la France. Or la France est d’abord une patrie charnelle. En revanche, la République, qui n’est qu’une forme de gouvernement, est synonyme pour eux d’idéologie, idéologie avec un grand « I », l’idéologie majeure. Il me semble, en quelque sorte, qu’ils trahissent la première pour la seconde.

Parmi le flot de références que j’accumule en épais dossiers à l’appui de ce bilan, en voici une qui sous des dehors bon enfant éclaire bien l’étendue des dégâts. Elle est extraite d’un discours de Laurent Fabius au congrès socialiste de Dijon, le 17 mai 2003 : « Quand la Marianne de nos mairies prendra le beau visage d’une jeune Française issue de l’immigration, ce jour-là la France aura franchi un pas en faisant vivre pleinement les valeurs de la République… » Puisque nous en sommes aux citations, en voici deux, pour conclure : « Aucun nombre de bombes atomiques ne pourra endiguer le raz de marée constitué par les millions d’êtres humains qui partiront un jour de la partie méridionale et pauvre du monde, pour faire irruption dans les espaces relativement ouverts du riche hémisphère septentrional, en quête de survie. » (Président Boumediene, mars 1974.) Et celle-là, tirée du XXe chant de l’Apocalypse : « Le temps des mille ans s’achève. Voilà que sortent les nations qui sont aux quatre coins de la terre et qui égalent en nombre le sable de la mer. Elles partiront en expédition sur la surface de la terre, elles investiront le camp des saints et la ville bien-aimée.

Jean Raspail

 

par Lux publié dans : Pensée politique
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Dimanche 6 avril 2008
par Lux publié dans : Pensée politique
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Lundi 31 mars 2008
Faisons le point
On trouvera ci-après le texte de l’intervention de Maître Georges Rousseau au banquet ayant suivi le Colloque organisé à Paris par le Restauration Nationale le samedi 29 mars .
Je vais peut être vous étonner, mais je trouve que la période que nous traversons en ce moment est une des période les plus fécondes qu’ait connu depuis trente ans La Restauration Nationale, le mouvement royaliste héritier de l’Action française.
Notre presse
Non seulement la Restauration Nationale a poursuivi avec succès ses activités traditionnelles, mais elle y a ajouté des formes nouvelles, telles que les « cafés politiques » de nos amis provençaux ou les sorties champêtres de certaines de nos fédérations. Notre presse, de son côté, s’est développée de manière importante. Vous le savez, elle compte maintenant trois titres : le magazine mensuel « Politique Magazine », qui s’adresse un large public cultivé, le journal bi-mensuel « Restauration Nationale », organe proprement - dit de notre Mouvement, et la revue trimestrielle « La Nouvelle Revue Universelle », qui vise principalement les milieux universitaires et intellectuels.

Nouveaux vecteurs
A cette forme traditionnelle de presse écrite c’est ajouté depuis quelques années un vecteur plus moderne : je parle du Site Internet de la Restauration Nationale, toujours très actif, et de tous les autres sites, « blogs » et lettres électroniques créés par nos fédérations, qui donnent une image très vivante des préoccupations des royalistes. Enfin, pour la première fois depuis la Libération, nous possédons notre maison d’édition, « Les éditions de la Colombe », qui commence avec prudence à éditer des ouvrages intéressants.

Tromperies et désillusions
Mais une deuxième source d’optimisme vient de la situation politique de notre pays. Combien de fois au cours de la Cinquième République certains de nos sympathisants ont - ils été tentés de rallier les rangs démocrates, trompés par les espoirs fallacieux déclenchés par tel ou tel homme politique doté d’une « aura » un peu plus attirante que celles de ses congénères ? Cela a encore été le cas il y a huit mois lorsque Monsieur Sarkozy, alors candidat, disait qu’il fallait être fier de la nation française et ne pas se vautrer dans la « repentance ». Moyennant quoi, il a été élu par 55 % des voix, raflant au passage une bonne partie de l’électorat du Front National. Mais il n’a fallu que six mois pour que les yeux de beaucoup d’électeurs se dessillent : non seulement, comme c’est l’habitude en démocratie, beaucoup de promesses électorales ne seront pas tenues, mais elles ne pourraient, en toute hypothèse, pas l’ être étant donné la situation économique et financière catastrophique de notre pays. Par ailleurs, la vitesse, voire la trépidation de notre nouveau Président, et pour tout dire son style « Bonaparte au pont d’Arcole », ne fait plus recette…Enfin, la fameuse ouverture à gauche, en direction des Attali et autres Kouchner, trouble les esprits dans l’électorat de Monsieur Sarkozy au moins autant que chez les socialistes. Dans la démocratie à la française, il n’y a pas, il ne peut pas y avoir, de consensus ou d’union sacrée, il n’y a que le combat entre les clans et la discorde entre les citoyens.

La vraie question
Tout cela fait réfléchir nos concitoyens…A force de parler de « monarchie », même élective, on se pose la question : pourquoi pas revenir à la « vraie » monarchie, au régime qui fait gagner la France ? L’original vaut toujours mieux qu’une pâle copie ! Alors, pourquoi ne pas revenir à la monarchie traditionnelle, héréditaire, anti-parlementaire et décentralisée, selon la définition de nos maîtres, mais bien sûr, modernisée et adaptée à notre temps !
Le reste dépend de nous, de notre travail, de notre intelligence et de notre discipline ! Alors, retroussons nos manches, l’enjeu en vaut la peine, ce n’est ni plus ni moins que le salut de la Nation !
Georges Rousseau
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Samedi 15 mars 2008

 

 

Michel Fromentoux

L’Action Française

n° 2743 du 5 mars 2008

 

Les élections municipales sont assurément celles qui devraient offrir au citoyen l'occasion d'être fier et heureux d'exercer son droit de vote. On ne peut pas dire que ce soit le cas actuellement...

 

Nous rappelons en page 16 comment au Moyen-Âge sont nées les communes sous la protection et avec l'encouragement constant du roi capétien. Jusqu'à la Révolution c'était le privilège des villes que de s'administrer. Chacune avait son échevinage élu par les notables et formé du Conseil de ville (ou de la Communauté de ville), avec le maire. La population était très souvent appelée à voter : on évoque souvent, dans les villages, ces assemblées du dimanche après la messe où les pères de famille, parfois aussi les mères, étaient appelés à se prononcer sur tel ou tel point d'intérêt général. On s'y montrait même fort jaloux de tels privilèges (au vrai sens du mot : lois privées) à tel point que Frédéric Mistral a pu écrire que nos ancêtres, « lorsqu'ils sentaient le droit dedans, savaient laisser le roi dehors »..

 

Tout poussait les habitants de la ville à s'intéresser concrètement aux affaires de leur ressort. On apprenait dans la commune à s'élever à la notion de bien commun., au sens du dévouement, de la solidarité, du don de soi, et, de là, l'on s'ouvrait à la notion de bien commun de la patrie.

 

Un telle vie municipale était riche de culture autant que d'activité économique. N'oublions jamais que c'est en considérant les grandes liber tés dont jouissaient jadis les pêcheurs de sa ville natale de Martigues, que Maurras découvrit qu'un tel foisonnement de libertés à la base ne pouvait se concevoir que sous l'égide d'un pouvoir fort et indépendant au sommet, celui du Roi.

 

 

La condition de maire

 

Depuis que la République sévit, elle s'est toujours montrée sourcilleuse à l'égard de ces petites communautés du pays réel et n'a eu de cesse de faire des disputes pour la conquête du pouvoir la trame de la vie publique. Ainsi les villes sont-elles devenues des tremplins pour tel ou tel ambitieux avide de s'imposer dans la région puis la nation, et les grandes et concrètes libertés de jadis ont été confisquées par les charlatans des partis.

 

Ajoutons à cela que le pouvoir central, même quand il semble desserrer la bride, s'arrange toujours par les biais des subventions pour faire pression sur les élus locaux. En outre, les lourdeurs administratives s'aggravent d'année en année ; la loi de décentralisation de 1982 n'a pas amélioré la condition des maires : ceux-ci voient augmenter considérablement les risques que leur responsabilité pénale soit engagée en matière d'hygiène, de sécurité, de pouvoirs de police, ou en cas d'accident. Même en matière de liberté d'administration, on a vu en novembre dernier l'association des Maires de France se plaindre de manquer d'une véritable autonomie fiscale. Sans compter que l'intercommunalité déplace le vrai: centre du pouvoir et que les maires de petites communes craignent d'être dépossédés de leur mandat, et leurs électeurs dépossédés de leurs libertés propres. Ainsi de foyers d'amitiés, les communes sont-elles souvent devenues des foyers de sordides rancunes. Si l'on en croit Historia de ce mois de mars, selon une récente enquête la moitié des maires en fonction depuis 2001 ne souhaitaient pas se représenter en 2008...

 

Que les élections municipales de ce dimanche n'aient rien d'emballant ne doit pas pour autant nous pousser à les bouder. Tenons-nous en à ce qu'écrivait Maurras dans L'Action Francaise du 20 mai 1929 : « Parisiens et provinciaux doivent voter, et bien voter. Quant à savoir où est le bien, chacun dans son canton est mieux à même de le dire que n'importe quel comité parisien.   Faire de la politique quand il le faut ; s'en garder, en garder les autres partout où cela est possible, élire le plus grand nombre possible d'honnêtes gens pour la garde et le maintien de la police locale et des deniers publics; se rallier à tout ce qui combat effectivement l'influence de sans-patrie et les gaspillages de l'étatisme municipal, ce sont les principes fondamentaux. »

par Lux publié dans : Pensée politique
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