Dans la Nouvelle Revue Universelle (automne 2005), Hilaire de Crémiers analyse avec une grande clairvoyance les mêmes évènements. Nous publions ci-dessous la majeure partie de l'article intitulé « La République et l'émeute».
FRAGILITÉ DE L'ETAT
II est totalement irresponsable de la part d'élus de chicaner le gouvernement sur les décisions de police qui relèvent de son ressort et qui doivent assurer la sécurité des citoyens. Les attitudes idéologiques et les choix partisans qui n'ont aucun souci du bien commun, sont constitutifs du régime que la France subit : les députés qui sont censés représenter la nation, ne se déterminent, pour la plupart, que sur les intérêts de partis ; les événements, même les plus graves, peuvent servir à déstabiliser le gouvernement en place, et l'opposition, loin d'en mesurer la gravité, n'hésite pas à se livrer à la pire des démagogies. C'est dire la fragilité de notre Etat. En cas de crise sociale et politique ou d'incidents qui peuvent dégénérer en guerre civile, il n'est pas capable d'assurer l'unité des institutions. Même au sein du gouvernement, les hommes en place analysent la situation en fonction de leurs ambitions personnelles, de leur stratégie de carrière, ce qui ne manque pas à chaque instant d'alimenter les soupçons sur les véritables raisons des décisions. Un régime pareil peut mener une nation à la ruine et progressivement à la désintégration. Ce qui apparaissait encore comme un pur raisonnement, il y a quelques années, tant les citoyens étaient habitués à ce genre de procédés et ne s'en indignaient même plus, prend aujourd'hui des proportions alarmantes quand tout à coup éclatent des événements que, dans l'aveuglement général, les responsables politiques n'ont pas vu venir ou ont refusé de voir venir. Il a fallu que leur habitudes soient sérieusement bousculées pour qu'ils commencent à prendre en considération l'ampleur du phénomène social dont ils n'ont plus la maîtrise s'ils l'ont jamais eue.
A aucun moment n'a été établie par le gouvernement une analyse exacte de ces émeutes à caractère profondément ethniques et révélatrices d'une situation sociale dramatique. Un seul, il est vrai, parce qu'il est ministre de l'Intérieur et, donc, par fonction très informé, et surtout parce que, dans sa stratégie personnelle de conquête du pouvoir suprême, il lui est nécessaire d'avoir un temps d'avance sur tous les autres, a dit en passant quelques vérités sur la réalité des zones de non-droit, sur les règles singulières qui y régissent la vie sociale et sur les économies parallèles qui les font vivre. Mais juste ment c'est parce qu'il a éprouvé le besoin de communiquer énergiquement avec un vocabulaire tonitruant sur son appréciation des choses et des gens et de justifier ainsi son action, qu'il a en quelque sorte servi lui-même de détonateur. Pour mener une vraie politique, il vaut mieux agir que de faire des proclamations ; il convient d'abord de régler le problème et, s'il le faut, vigoureusement ; l'annonce de la victoire doit se faire après. Quel est le général qui se permettrait de proclamer à l'avance ses intentions sur la manière dont il envisage la bataille ? Telle est l'aberration du système politique français. Même la vérité quand elle est dite, est dite inopportunément et, non pour obtenir un véritable règlement du problème, mais pour faire valoir le futur candidat auprès de l'opinion. Des affaires d'Etat, des questions d'une gravité politique considérable sont ainsi ramenées à des stratégies électorales et les meilleures intentions sont détournées de leur but qui devrait être le rétablissement de la paix civile. Et, au risque de déplaire, il faut affirmer hautement et fermement que se trompent lourdement ceux qui se figurent que les immenses difficultés que connaît et que va connaître de plus en plus la société française, se résoudront par des formules électoralistes, quelles qu'elles soient, mais toutes toujours du genre « y a qu'à », « faut qu'on ». De gauche, de droite, peu importe, ces formules sont par nature simplistes et inadéquates. Une politique d'Etat est nécessaire qui suppose la durée, l'intelligence, l'opportunité, la rigueur en même temps que la discrétion, la fermeté et la souplesse, toutes qualités qui sont hors de portée du régime actuel. L'analyse des hommes politiques se trouve ainsi viciée par des habitudes comportementales calamiteuses. Ils ne sont pas en situation de porter un regard correct sur les événements.
LA RÉPONSE DU RÉGIME
Le discours de Jacques Chirac prononcé le lundi 14 novembre, très habilement au moment du reflux de la violence, donne une exacte idée de la seule réponse que le régime peut imaginer à la situation. D'abord, le président de la République parle de la France : au nom de la France, il demande l'ordre. C'est un appel normal au sentiment patriotique et au devoir civique. Puis il parle de la République qui se doit de répondre à l'interpellation des banlieues. En quelque sorte les incendies et les caillassages ont été utiles pour faire entendre la voix des populations. Quelles populations ? On n'en saura rien. Le président se garde bien de préciser quoi que ce soit à ce sujet. Mais il résulte de ses propos que, pour calmer des revendications qu'il trouve légitimes, il veillera, lui personnellement, à l'application d'une politique de justice sociale : redistribution de fonds - et de fonds importants - aux associations dites de proximité, obligation de mixité sociale tant dans l'embauche que dans le logement, et y compris dans la représentation locale et nationale, pouvoirs renouvelés et renforcés à toutes les autorités de lutte contre les discriminations.
Soit ! Mais il n'y a pas de propositions plus convenues, plus artificielles, plus dérisoires, plus faussement moralisatrices et, en fait, plus démagogiques. Au fond, si l'on comprend bien le président, les incendiaires ont eu raison et ils auraient tort de se gêner. Il en ressort que c'est la France qui est coupable et les Français qui sont en tort. Les mesures proposées, d'ailleurs déjà utilisées par tous les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, non seulement n'ont apporté aucune solution aux problèmes existants mais, aucontraire, les ont aggravés : elles vont à l'encontre du but recherché et accentuent les phénomènes de ghettoïsation. Les sociologues sérieux, les vrais politiques le savent pertinemment et les Américains, qui ont connu le même genre de problèmes, sont revenus de tous ces procédés d'apparence démocratique mais de néfastes conséquences. La morale doit toujours reposer sur de justes considérations naturelles sous peine de devenir elle-même cause d'immoralités et de détraquements. Mais l'idéologie républicaine française ignore ces fortes nuances et son grand-prêtre - car Chirac comme son prédécesseur parle toujours en pontife et non en politique - répète la seule leçon magistrale qu'il connaisse et qui est la loi du système.
Pourquoi être si sévère, dira-t-on, à l'égard des hommes politique ? Parce qu'ils portent une part de responsabilité énorme dans les événements qui ont eu lieu. Ils n'en tireront aucune leçon. Ils continueront les mêmes discours et poursuivront les mêmes politiques suicidaires.
LE PROBLÈME LÀ OÙ IL EST
II faudrait porter les yeux sur les causes des émeutes qui sont loin d'être des faits nouveaux. Cela se résume en quelques points : des flux migratoires non maîtrisés dont plus personne ne peut estimer l'ampleur ni endiguer le mouvement, un droit de la nationalité qui ne correspond plus à rien et qui ne traduit plus aucune allégeance, un échec total de la politique sociale malgré tous les efforts des collectivités publiques et des organismes d'assistance, de la politique éducative malgré tout le pathos des pédagogues de l'Education nationale, enfin de la politique de la ville, malgré des milliards engouffrés dans cet abîme de sottise technocratique et socialiste. La France aujourd'hui en est officiellement à 752 zones urbaines sensibles. Il faut préciser qu'environ 5 millions de personnes y résident ! Combien y en aura-t-il demain ? Observatoires, Agences, Hautes Autorités de tous genres prolifèrent sur ces ZUS et ces ZEP (zones d'éducation prioritaire), admirables euphémismes qui relèvent de cette langue inimitable inventée par des fonctionnaires et des politiques en mal de solutions : on donne un nom et on s'imagine que le problème est réglé. Tout ce monde-là y va de ses rapports. Tous inutiles, tous concluant au fiasco et recommandant pourtant toujours les mêmes solutions.
Concrètement, la carte de la France devient un gruyère aux innombrables trous sociaux. Et, si la même politique se poursuit, il est prévisible que ces phénomènes empireront. Jusqu'où ? Rien ne servira à rien. Il faudrait prendre le taureau par les cornes. Cela consisterait d'abord à avoir une politique africaine de grande ampleur. Il n'est pas dit que les Africains eux-mêmes ne l'attendent pas. Et tant pis pour les accusations de néo-colonialisme : le bien à faire passe avant. Il faut faire de même auprès des pays dont les populations cherchent refuge en France. C'est à l'origine qu'il faut traiter la question. La même vigueur doit être employée dans le cadre européen, surtout dans l'espace Schengen. Puis, notre droit de la nationalité devrait être revu : François Baroin, ministre de l'Outre-Mer, en a lui-même parlé. Le droit social doit sortir des ornières de l'idéologie pour s'adapter aux réalités. L'éducation ne saurait être un fourré-tout idéologique de bas étage : comme le signalent nombre de Français d'origine immigrée et qui ont su et voulu s'intégrer, l'éducation en France semble être faite par des anti-Français ; ils le déplorent. Pareillement il n'est possible d'envisager une représentation d' autorités de l'islam que si l'identité chrétienne de la France est marquée fortement : c'est même d'ailleurs la seule condition d'une bonne entente. La laïcité républicaine est une religion morte. Enfin la politique de la ville doit cesser d'entretenir la laideur urbaine des vieilles conceptions staliniennes ; beaucoup d'excellents maires l'ont compris. La beauté – à la française - doit faire partie de la politique environnementale : la culture du goût est primordiale.
Ces quelques points de bon sens suffisent à montrer que la France avec sa classe politique est loin du compte. Elle n'a qu'un Etat de petits-bourgeois au mauvais sens du terme qui se sont complus dans un projet européiste inconsistant où leur morgue et leur égoïsme trouvaient satisfaction ; ils n'ont jamais appréhendé l'intérêt national, se contentant de survivre dans leur régime. Le problème pour eux aujourd'hui est peut être précisément la survie même de leur régime.
La Nouvelle Revue Universelle
Jacques Bainville, fondateur
7, rue Constance 75018 PARIS
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Aujourd’hui une grande majorité de Français sont pour l’avortement légal perçu comme un moindre mal. Attachée à la merveille qu’est la vie humaine dés son commencement, l’Eglise catholique s’y oppose fermement.
La conception de l'Europe la plus répandue dans les milieux politiques et les médias , mis à part en Angleterre, est une conception idéologique. C'est celle qui, pour notre malheur, imprègne depuis sa fondation la Communauté européenne, devenue de-puis l'Union européenne. Cette idéologie est d'origine démocrate-chrétienne et les "pères de l'Europe" - Robert Schuman, pour la France, Konrad Adenauer, pour l'Allemagne, et Alcide de Gasperi, pour l'Italie, - appartenaient tous à cette école de pensée.
