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LA “NOUVELLE REVUE UNIVERSELLE”   

La nouvelle REVUE UNIVERSELLE (Jacques Bainville, fondateur) parait de nouveau. Politique, Histoire, Economie, Diplomatie, Lettres, Beaux-Arts, Poésie, Danse Théartrs, Cinéma.. tous est analysé par des grandes plumes.

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La Nouvelle Revue Universelle: 7 rue Constance - 75018 Paris

 

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Mercredi 18 juillet 2007


 

Ce royaume est peut-être celui qui doit le plus de bienfaits à ses reines. Du fait qu’elles montaient sur le trône de France, nos reines ont collaboré au grand œuvre qui nous a mis au monde comme nation. Quand elles cessèrent de nous apporter « la grande dot » des provinces, comme Dante dit quelque part, elles vinrent, de règne en règne, édifier quelque alliance nécessaire à l’accroissement du pays.

Quel régime électif eût permis cela ? Vue d’ensemble, en retenant ce qui a réussi et ce qui a duré, nulle diplomatie n’est comparable. Celui qui voudra retirer de l’abîme de sang et de douleurs où il a sombré le nom pur et sacré de Marie-Antoinette se sentira peut-être serré de désespoir à la pensée de tant d’abandon après tant de gloire : concevons historiquement, comprenons la signification politique de la présence de « l’Autrichienne » sur le trône de France. Ce fut le testament de l’ancien régime. Ce fut la voix de la dynastie tout entière, tous les pères de patrie nous avertissant :

Entendez-vous avec l’Autriche ! C’est de la Prusse maintenant, c’est de Berlin, ce n’est plus de Vienne que doit venir pour nous le danger allemand.

L’esprit public d’alors n’en crut rien, mais juste un siècle avant Sadowa et Sedan, la monarchie montrait une assez jolie clairvoyance !

Si le choix de sa reine signifia longtemps l’action pacifique ou guerrière du roi sur l’Europe, la reine lui portait les fruits et les fleurs du dehors : ‘était ensuite affaire à notre peuple de les adapter à l’air et à la terre de nos jardins.

Tout ce que peut rêver d’accueillant et d’ouvert une hospitalité généreuse et chevaleresque s’unissait, s’alliait, se mariait à la nécessité de garder notre génie pur. Cette histoire brillante fait le chef-d’œuvre du libre échange international associé au maximum de la protection nationale.

 

Au-dedans s’étendit la même vertu pacifique. Nos reines ont été tout naturellement les emblèmes et les premiers ministres de la bonté du roi. Elles étaient la sensibilité de sa politique, la clémence de sa justice, le tempérament de son droit. Leur influence était plus sociale encore que politique, et la discipline des moeurs générales, le mouvement des intelligences, la culture et l’affinement du goût public s’en ressentirent.

Les chicanes sur quelques figures exceptionnelles ne doivent pas détourner l’attention du grand point central, vraie constante de nos variations séculaires : l’existence du couple royal, la vie de ce royal « mesnage ».

(in Nos raisons de Charles Maurras – 1936)

par Lux publié dans : textes de Charles Maurras
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Mercredi 18 juillet 2007
   

 

Extrait 1

La légende de la Bastille prise d’assaut par le peuple parisien est abandonnée : l’enseignement officiel nous cède même la légende de la Bastille lieu de torture. On avoue le confortable de la prison, comme la régularité de la capitulation, comme la violation du pacte régulier par une bande d’étrangers et de gens sans aveu indignes du nom de Français. Ce qu’on maintient, c’est la valeur poétique et juridique de la légende.

 

Elle symbolise, dit-on, le succès du droit populaire ; elle figure le trophée du droit individuel enfin victorieux. Pour le monde républicain, le 14 juillet 1789 manifesta, avec une solennelle violence, par l’envahissement et la démolition d’une prison d’Etat, la suprématie décisive de chacun de nous sur l’arbitraire de la communauté, de l’Etat.

 

En acceptant cette interprétation comme un fait, car c’est bien un fait qu’elle existe, c’est bien un fait qu’elle règne en un certain nombre d’esprits, il demeure permis de rechercher ce qu’elle vaut. Or la valeur de ce souvenir révolutionnaire ainsi compris et expliqué peut être discutée de deux points de vue :

-         Qu’y a gagné le citoyen ?

-         Qu’y a gagné l’Etat ? (Le nom de l’Etat est ici pris dans son sens correct et normal de haut fonctionnaire de la société nationale)

 

Il ne faut pas se faire meilleur que l’on n’est. Si l’Etat n’avait rien gagné et si l’Etat avait perdu à l’opération du 14 juillet, je n’hésite pas à vous dire que la première question, la question de l’avantage individuel, perdrait, à mon sens, beaucoup de son intérêt. Non que je sois, comme le voudraient quelques bonnes âmes, un simple jacobin blanc, mais j’ai le grand désir de n’être pas dupe des mots et des apparences. Un gain individuel qui se solde en définitive par une perte de la communauté n’est au fond qu’une perte sèche.

En effet, il suffit de voir.

Si j’ai acquis des libertés, -des forces, -au premier acte de la Révolution française, si la sphère de mon pouvoir personnel s’est élargie et étendue aux dépens du domaine public, si je gagne sans peine tous mes procès contre l’Etat, si je peux beaucoup contre cet Etat impuissant à me risposter, enfin sin exposé à toutes mes atteintes, l’Etat me trouve défendu, protégé et cuirassé contre les siennes par le réseau d’une légalité minutieuse, minutieusement observée, -mais, si, par compensation de tant de progrès personnels et privés, si ma nationalité française, devenue ainsi plus précieuse, en est également devenue plus précaire, -si elle est moins bien maintenue, moins sérieusement établie au-dedans et au dehors, si l’Etat compte moins de citoyens actifs et de défenseurs valides, si l’action extérieure de cet Etat est, de prépondérante, devenue secondaire, si des Etats voisins sont devenus ses tyrans ou ses protecteurs, -en un mot si tout ce que j’ai acquis de confortable individuel a été acheté par un déchet de la sécurité générale, il devient clair que le marché conclu ne vaut rien du tout. Le progrès que je chante est un progrès imaginaire. Les biens que j’ai sont des biens de papier, assimilables à ces créances dont le recouvrement ne dépend pas de vous mais de la complaisance d’un débiteur que rien ne contraint ou qui peut vous contraindre à lui laisser la paix. Ma liberté à l’intérieur ne vaut rien, s’il dépend de Guillaume II, d’Edouard VII ou de Victor Emmanuel III d’en reviser et d’en modifier de fond en comble les statuts ; si les avantages que j’ai gagnés sur l’Etat français ne sont pas garantis par la force de cet Etat contre les forces de tous les autres Etats . Précisément parce que je suis le vainqueur de l‘Etat français, j’ai besoin qu’il dure et subsiste. S’il faiblit, s’il se ruine, c’est moi que j’aurai affaibli et ruiné, et c’est moi que j’aurai asservi en le subjuguant.

Si donc la France diminue, j’ai le devoir de faire un retour sur moi(même et, comparant ma prospérité apparente, mais sans fondement ni défense, à ma ferme situation d’autrefois, je dois constater, -non sans tristesse,- combien j’étais, en réalité, plus puissant quand, sujet de mes rois, je recevais d’eux la garantie souveraine de mon essence, l’indépendance de ma patrie, le libre usage de mon idiome natal, le maintien des coutumes et des traditions nationales. Ces droits fondamentaux pouvaient servir de support et de base aux autres droits que mon énergie ou mon industrie, ma force ou ma ruse personnelles pouvaient y joindre. Ceux-là gardés et fortifiés, la possibilité des autres restait ou réservée ou maintenue.

 

Extrait 2

On a pris la Bastille, la raison d’Etat a été abolie, c’est-à-dire désavouée par ce qui subsiste de l’Etat. De même la prison d’Etat, et tout l’arbitraire d’Etat. Abolition toute théorique, désaveu tout verbal, mais, cependant, en son verbiage, sincère. Certes, je n’oublie pas que, un peu plus de trois ans après la démolition de la Bastille, une raison d’Etat, « la Patrie en danger », était invoquée pour justifier les massacres de septembre. Et la loi des suspects, la loi de sûreté générale, les mesures dites de salut public ont couvert notre France d’échafauds et de tombes, qui ont dressé comme autant d’autels sanglants, fumants à la superstition de la raison d’Etat. Mais ce ne sont là que des faits. Il faut les comprendre et les interpréter si nous voulons saisir l’histoire des idées, des institutions et des lois. Au fond de l’idée révolutionnaire de salut public, dans l’intention secrète des juristes de la Commune de Paris et de la Convention nationale, il n’est pas difficile de découvrir ce sentiment que les mesures d’exception et de rigueur ainsi déterminées par les circonstances elles-mêmes rigoureuses et exceptionnelles sont des choses éminemment transitoires. Et cela leur fait honte, ils en éprouvent une philosophique pudeur, tant leur système en est choqué, presque du repentir, une manière de remords étrange, dont leurs discours et même aussi leurs actes tendent à rejeter la faute sur les événements du dedans et du dehors, événements qu’ils jugent insolites, inouïs, invraisemblables et prodigieux, et qui leur semblent déborder leur fonction de chefs d’Etat, loin d’y correspondre ! Tous se promettent non de suspendre, mais bien d’abolir à tout jamais ce régime de dictature, dès qu’ils le pourront. Ils rêvent droit commun, légalité pure, justice. Le règne idyllique de la loi n’est jamais qu’ajourné pour eux.

 

Extrait 3

Avec sa Bastille destinée aux mauvais sujets qui menaçaient la sécurité de l’Etat mais avec les libertés étendues, presque licencieuses, souvent même gaîment et loyalement anarchiques laissées non seulement aux sujets du roi, mais aux compagnies, corps et communautés, qu’ils avaient fantaisie et vouloir de former, l’Ancien Régime autoritaire et fédératif, monarchique en sa tête, républicain dans ses éléments, a réalisé le plus beau, le plus souple modèle d’organisation politique : libertés au-dedans et en bas, autorité et force en haut et au dehors.

Mais, avec sa tête anarchique et discontinue où l’étranger (…) parvient seul à régner un peu durablement, avec ses pauvres membres tout perclus de gendarmerie, de bureaucratie, de machinerie policière plus ou moins légalisée et juridicisée, dans lesquels la révolte seule est en état de faire courir un peu de sang vif et de coordonner quelques mouvements d’ailleurs vite réfrénés et brisés par l’effroyable multiplication des Bastilles modernes occultes, où l’activité de chacun se trouve emprisonnée, le régime moderne accomplit u type absurde d’inutile asservissement :abjecte sujétion à un maître impuissant ! Le citoyen abruti par l’obéissance, l’Etat énervé et épuisé de domination ! L’un oppressif, l’autre opprimé et tous les deux pour rien, pour moins que rien, puisqu’il ne s’agit que de s’écraser l’un et l’autre : le citoyen français par l’Etat français, l’Etat français par l’effort des autres Etats.

Quelques-uns d’entre nous se proposent de ne laisser écraser ni eux ni la France.

par Lux publié dans : textes de Charles Maurras
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Mardi 17 avril 2007

Depuis 1789, la France rédige des constitutions et des lois qui ont pour objet de rendre souveraines les décisions prisent par le nombre, la foule, la démocratie et la quantité. Une République démocratique, étant fondée constitutionnellement sur le nombre, doit croire au nombre en toute chose : habitants, lieues carrées, devaient impressionner et tranquilliser les républicains. De là l'enthousiasme extravagant et sans mesure pour cette pauvre alliance russe qui nous fit quelque bien, et d'où nous sont venus tant de maux  ! La Russie tenait tant de place sur la mappemonde  !

 

 

Les royautés et les aristocraties connaissent que le monde appartient à la force, donc à la qualité. Mais une foule croit aux foules comme le stupide Xérxès.

 

Par sa clarté propre, l'antidémocratisme oblige à chercher la solution des problèmes relatifs au peuple absolument en dehors de la sphère démocratique : dans la sphère de l'association et de la sélection, qui est éminemment hiérarchique et qualitative.

 

Tout ce qu'on peut imaginer et même raisonnablement concevoir à propos des faits nouveau-nés qui auraient augmenté, de nos jours, l'importance du Nombre - progrès de la population accroissant la densité des villes et des États, facilité des communications, naissance et extension de la grande industrie, développement de la presse, armées nationales englobant des millions d'hommes - tout cela peut et doit, dans tous les cas, être transformé en problèmes d'organisation dans lesquels ce n'est pas l'individu ni l'addition des individus qui importe, mais, pour leur bonheur même la manière de les placer et de les composer les uns par rapport aux autres : distribution des individus entre les campagnes et les villes, degré, mesure de l'enracinement, de l'embourgeoisement, de l'incorporation, ordre de la vie communale, de la vie régionale, syndicalisme, corporations ouvrières, constitution, maintien ou critique des autorités spirituelles, depuis les confessions religieuses jusqu'aux académies, enfin statut du commandement militaire, doctrine et statut de l'État central.

 

Naturellement incapable de s'organiser par sa propre vertu et tant qu'il n'est que lui, le Nombre a cependant un tel besoin d'être organisé pour ne pas se rompre en tout rompant autour de lui, que l'on pourrait avancer, en vérité presque évidente, qu'à toute progression arithmétique de la population doit correspondre une progression géométrique de l'organisation.

L'opinion est une lourde masse. Elle a besoin d'émotions épaisses et d'excitants grossiers pour s'intéresser à prévoir. Elle vit du présent et, pour l'avenir, l'immédiat la préoccupe seul.

 

L'opinion peut dépendre d'une erreur ou d'un mensonge. La vérité est indépendante de l'opinion.

 

On n'a pas démontré que les opinions situées au-delà de l'extrême gauche soient nécessairement une surenchère ou une utopie. Au-delà du socialisme, il y a le syndicalisme, c'est-à-dire un précieux lambeau de tradition. Au-delà de l'anarchisme, il y a le monarchisme, c'est-à-dire, après le sac de tous les pouvoirs publics, le rétablissement du minimum d'autorité indispensable à la société et à la patrie. Cela peut s'appeler le pire. Nous l'appelons le bien.

Il ne s'agit pas de savoir l'opinion des 9/10e des Français sur les conditions du salut public, mais bien quelles sont les conditions même de ce salut. Ne fût-on, à connaître ces conditions, qu'un seul contre 38 millions, on aurait raison de les proposer, de les soutenir, de plaider pour elles, de travailler à les faire prévaloir sur l'avis des autres, par tous les moyens qui se présenteront.

 

Cet un là n'aurait tort que si la volonté, nue et désarmée, était le seul moyen de faire prévaloir une idée juste. Mais tel n'est point le cas.

Nulle opinion, si éloquente et persuasive qu'on la suppose, n'est absolument défendue contre le soupçon de céder, directement ou non, à des influences d'argent. Tous les faits connus, tous ceux qui se découvrent, conspirent de plus en plus à représenter la puissance intellectuelle de l'orateur et de l'écrivain, comme un simple reflet des puissances matérielles.

 

 

Le désintéressement personnel se préjuge parfois; il ne se démontre jamais.

 

 

Les journalistes démocrates qui répètent d'un ton vainqueur qu'on achète pas l'Opinion, devraient étudier chez Bismarck comment on la trompe.

 

 

Les gouvernements d'opinion ont ceci ce terrible que les idées y sont mises au service des intérêts et qu'il est impossible d'aventurer une conception juste sans l'exposer à être captée et détournée au profit de politiciens, cerfs des gens d'affaires.

 

Où l'opinion gouverne, personne ne gouverne, la spontanéité gouvernementale n'a même plus de centre, d'organe, ni de lieu : athénien, polonais, français, l'État ne peut plus que flotter comme un bouchon de liège, sinon rouler comme une boule de billard.

 

Toutefois, si l'indépendance et l'initiative tombent ainsi à rien, cela n'annonce pas du tout la fin du mouvement et des tribulations : au contraire  ! L'activité que nous n'avons plus, on nous l'imprime; si nous ne marchons pas, on nous fait marcher.

Quand on prend l'opinion courante pour arbitre de la révision ou de l'exécution des sentences de justice, on s'engage, on l'engage dans la plus terrible des voies.

 

 

Aujourd'hui, elle hurle à la grâce; demain elle hurlera à la mort. Vous ne changerez pas la nature de l'homme, mais vous aurez détruit les sages précautions que les sociétés civilisées ont prises contre ces erreurs.

 

 

L'opinion est reine. Pour la capter, il faut la faire, et pour la faire, la tromper. Ou changeons le gouvernement, ou résignons-nous à ce qu'il n'en soit jamais autrement.

 

L'élection, quand elle est libre (et elle ne l'est pas en France) n'est que l'ombre dont l'opinion est le corps. Modifier l'opinion, c'est produire un effet qui subsiste et qui dure. S'attacher uniquement à l'élection, c'est se vouer à tout risquer sur la plus mauvaise des cartes.

 

 

L'opinion peut s'exprimer de mille autres manières que par la voie légale et constitutionnelle de l'élection. Et il y a mille façons d'empêcher cette voie légale et constitutionnelle d'exprimer, comme elle le devrait, l'opinion.

 

 

Une opinion qui se trompe ou se fait tromper comme s'est trompée et s'est fait tromper l'opinion directrice des quarante mille comitards républicains de 1914 et de 1918 est une incapable ou une déchue. La réalité lui échappe.

 

Tous les petits intérêts mobilisés ne doivent donner d'illusion sur l'état d'esprit du corps électoral français.

 

 

De tous les peuples civilisés, c'est peut-être le nôtre qui se désintéresse le plus du lot de souveraineté réparti entre ses douze millions d'électeurs et d'éligibles.

 

 

Ce ne sont même pas les plaisirs, ce sont le plus souvent les travaux honorables, ce sont les devoirs, qui détournent nos particuliers, non seulement de l'exercice quadriennal du suffrage, mais de cette préoccupation civique puissante, que devrait établir en eux leur conscience de Démocrates-Rois.

 

 

Ne parlons pas de ceux, si nombreux, qui craignent de se compromettre et qui veulent d'abord gagner la vie de leurs enfants sans rien craindre de la Loge ou de la Sacristie.

 

 

Des Français les meilleurs, les plus droits, les plus intelligents, les mieux doués, la grande majorité vaque avec sérieux et sagesse aux tâches qui lui sont imposées pour soutenir une famille, exercer une pensée, un métier, un art, la part donnée à l'intérêt public est infime; encore est-elle accordée avec des réserves de prudence et de discrétion que motivent la complication des affaires, le manque inévitable de renseignements sûrs, toutes les raisons presque justes qui font qu'un bon esprit préfère abandonner le train de la vie politique aux éléments les moins recommandables du pays.

 

 

En temps normal, et les grandes crises exceptées, il ne peut y avoir commune mesure entre le mol intérêt qu'éveillent les affaires de l'État chez le Français moyen et le retentissement direct, l'ébranlement profond que ces mêmes affaires suscitent chez le moindre gardien d'une Couronne héréditaire, chez le plus médiocre dépositaire d'un Droit royal. Raison chez celui-ci : le public et le privé ne font qu'un; toucher à son bien royal atteint forcément son bien personnel; chez le citoyen-roi les deux domaines sont distincts et même distants : il doit faire un certain effort pour s'élever du sens des intérêts de son foyer à la recherche des intérêts de la cité.

 

Tel étant le prix qu'il attache à son rôle de douze millionième de roi, le citoyen souverain ne peut pas s'exagérer cette dignité.

 

Seuls les gens qui en profitent accordent au scrutin la signification morale vénérable rêvée par les théoriciens de la démocratie : le succès des majorités est un phénomène de force qui n'inspire pas plus de respect ni d'estime que le succès d'un coup d'État. Cela est si vrai que le vaincu ne se rallie pas au vainqueur, comme il arriverait s'ils avaient en commun quelque foi au sens auguste de leur débat légal, à la valeur supérieure de la solution par le compte de la majorité.

 

M. Painlevé disait le 4 juin 1924 à la Chambre : «  Le suffrage universel est notre maître à tous. Quand il a fait entendre sa voix, chacun doit s'incliner devant son verdict. » C'est un fait que nul ne s'incline. On se contente de céder à la force. Mais le vaincu hait le vainqueur à la proportion de sa victoire. Il travaille à la tourner et à la fausser.

 

Le citoyen use des scrutins pour sa commodité du jour. Il n'use pas des scrutins pour s'imposer une contrainte ou pour assumer un fardeau public. Cette volonté populaire est tellement vidée de tout prestige humain que l'on ne songe plus à demander en son nom aux individus, je ne dis pas un acte de dévouement ou de sacrifice, mais une insignifiante concession d'amour-propre.

 

Pour déterminer un effort, on recourt à d'autres aiguillons. Dans l'admirable mobilisation de 1914, personne n'est parti pour la guerre parce que la majorité y souscrivait. Mais la majorité y a souscrit pour les motifs les plus divers qui ont concordé : le sol, le sang, la propriété, l'héritage, l'injustice de l'agression et de l'invasion, le rêve et l'espoir de mener la dernière des guerres, la philanthropie universelle, même la fierté d'être en République, jamais, nulle part, le sentiment concret, l'idée spartiate ou stoïque du devoir de mourir parce que la loi d'une majorité en avait ainsi disposé.

 

Au surplus, les souverains électeurs d'avril précédent s'étaient décidés en sens contraire : ils avaient voté pour le désarmement  !

par Lux publié dans : textes de Charles Maurras
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Mardi 17 avril 2007

«  L'intérêt général est la somme des intérêts particuliers.  »

 

 

C'était la thèse libérale au milieu du XIXe siècle. Il a fallu comprendre combien elle est fausse. L'intérêt général comprend la somme des intérêts particuliers. Mais ceux-ci sont très loin de suffir à le constituer.

 

 

Il faut prendre le contre-pied de la sottise libérale et oser même dire que l'intérêt général peut comporter une soustraction faite aux intérêts particuliers les plus apparents.

 

 

Cette soustraction ne se fait pas spontanément mais d'autorité. Les particuliers y consentent lorsque l'opération est faite ou qu'ils se voient contraints de la laisser faire. Un très petit nombre est capable d'apercevoir l'utilité des sacrifices consentis par les particuliers à l'État; un plus petit nombre encore voit les dangers de certains sacrifices consentis par l'État aux particuliers.

 

 

La République joue de ces ignorances. Elle en jouit et elle en vit.

 

L'intérêt général, qui est que la France vive moyennant quelques sacrifices imposés à tous, cet intérêt n'a point un organe vivant, une expression concrète, un pouvoir capable de l'imposer.

 

 

On est prié de prendre garde à ce point qui, de tout temps, comporta une intervention de la souveraineté. Ce point, toujours le même, souvent à peine perceptible, mais très profond, qui s'élève sans cesse :

 

 

1° entre les intérêts privés et l'intérêt général, à chaque instant donné de la vie d'un peuple;

 

 

2° entre l'intérêt général à un instant donné et ce même intérêt général aux instants qui vont suivre.

 

 

Ce double souci est justement appelé royal, car il est ordinairement réservé aux princes : souci du bien présent de tous les citoyens, souci de l'avenir pour ces citoyens et leurs enfants.

 

 

En République, qui peut l'avoir ?

 

Je ne crois, certes pas, que l'intérêt mène le monde, et je crois plutôt qu'il l'immobilise et le perd, mais il est évident que les atomes particuliers et particularistes dont se composent les masses du monde sont facilement entraînés et dévoyés dans la direction de leurs intérêts les plus aveuglément égoïstes.

 

Le désintéressement agit peu, sauf en quelques héros, qui priment et emportent tout.

 

L'intérêt pur guide souvent fort le mal.

 

L'art véritable du politique est de savoir discerner le point par lequel peuvent passer ensemble et coïncider la passion et le devoir, l'intérêt privé et l'intérêt national, afin de transformer les intérêts et les passions d'un chacun en serviteurs de l'utilité générale.

par Lux publié dans : textes de Charles Maurras
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Vendredi 6 avril 2007

La démocratie est le gouvernement du nombre.

 

Et, dès lors, il n'y a pas de démocratie, il n'y en a jamais eu; nulle part, en aucun temps, n'a pu exister le gouvernement de tout le monde par tout le monde.

On appelle encore démocratie l'état social démocratique - un état égalitaire de la société dans lequel les différences de classes seraient inexistantes, ou censées abolies.

 

 

On appelle enfin démocratique un ensemble d'idées et un corps d'institutions ou de lois, tendant soit à l'impossible gouvernement du nombre, soit au chimérique état égalitaire de la société.

 

 

Notre République est démocratique en ce sens qu'elle a la démocratie pour idée directrice et pour fin, lointaine ou prochaine. Elle tend ainsi et ne peut tendre qu'à niveler le pays et à le dissoudre.

 

 

Chemin faisant, elle l'abrutit.

 

La démocratie n'est pas un fait. La démocratie est une idée. Cette idée inspire des lois. Et ces lois et ces institutions se révèlent de jour en jour plus désastreuses, destructives et ruineuses, plus hostiles aux tendances naturelles des moeurs héréditaires et des coutumes d'un grand peuple, au jeu spontané des intérêts et au développement du progrès. Pourquoi  ? Parce que l'idée démocratique est fausse, en ce qu'elle est en désaccord avec la nature. Parce que l'idée démocratique est mauvaise en ce qu'elle soumet constamment le meilleur au pire, le supérieur à l'inférieur : au nombre la qualité, c'est-à-dire la compétence et l'aptitude.

 

Les défenseurs de la démocratie, ceux qui ne manquent point tout à fait de sens et d'intelligence, sont des mystiques : leur opinion ne se soutient que par un mélange de rêveries et d'impulsions véritablement subjectives. Ni l'histoire des hommes, ni l'étude de leur nature ne permettent d'adhérer au démocratisme, comme à un principe supérieur.

Si je croyais que le principe politique qui exclut des sociétés prospères ou seulement viables le régime démocratique, si je croyais que l'axiome, la démocratie, c'est la mort, datait seulement de deux siècles, ou quatre, ou de dix, je n'y aurais qu'une confiance assez relative. Mais le fait est qu'il est beaucoup plus ancien. Cela est contemporain de la première forme du premier couple humain qui ait laissé son vestige apparent. Et cela est plus ancien encore. La nature des choses a fait de l'inégalité la condition même de la vie, de l'ordre, du progrès.

 

 

Quand un atome aventureux se précipita sur deux autres, se les assujettit ( le tyran !), et cria : je veux deux, et chacun de vous ne vaut qu'un, mais de la combinaison où je vous emploie, vont naître des réalités nouvelles et des biens nouveaux pour nous trois  ! Ce jour-là, au mépris de la stable, morte et froide égalité numérique, un premier pas fut fait dans la haute contexture du monde, dans son progrès, mais, par là même, dans une voie d'aristocratie.

 

 

Tout ce qui réussit, tout ce qui ne demeure pas dans un chaos de suspension et d'indécision, tout équilibré un peu réel, toute paix un peu prolongée et, en politique, tout état de non-anarchie, tout ce qui ne ressemble pas à la vie politique des Français du siècle passé et aussi du temps où nous sommes, tout bonheur solide et tout succès durable révèle à l'analyse ou raconte à l'histoire une période de lutte, lutte guerrière ou pacifique, lutte généreuse ou furieuse, mais terminée, mais couronnée par l'établissement en quelque sorte naturel des supériorités et des infériorités légitimes. Le Soleil s'éteindra avant qu'il ait cessé d'en être de la sorte.

 

par Lux publié dans : textes de Charles Maurras
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« Anne-Lorraine, tu as mis la barre très haut » -colonel Schmitt-

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