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Samedi 15 mars 2008

LE KOSOVO ARRACHÉ À LA SERBIE

Pire qu’un crime, une faute

 

 

Par Gilles Varange

Politique magazine   n°61  Mars 2008

 

 

Par abrutissement idéologique autant que par soumission à Washington, les dirigeants européens se sont engagés dans une voie lourde de périls.

 

  Evènement d'une redoutable portée historique : avec la proclamation de l'indépendance du Kosovo le 17 février dernier, pour la première fois depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, un État européen souverain vient d'être amputé d'un de ses territoires - sa province la plus ancienne et la plus sacrée - par une coalition de puissances n'ayant que la loi du plus fort pour justification. Et le sort aura voulu que cette effrayante régression diplomatique, attentat à la fois contre la justice et contre le droit, ait été organisée et planifiée de concert par les États-Unis et les principaux pays « démocratiques » européens qui s'estiment autorisés à délivrer des leçons permanentes de morale internationale au reste du monde.

 

 

Quand l'emporte le critère de

 la « majorité ethnique »

 

   Dans cette affaire, le crime perpétré contre la justice est aussi cynique qu'éclatant : si les Albanais constituent aujourd'hui la majorité écrasante (90 %) de la population du Kosovo, ce n'est pas seulement en raison de leur démographie galopante. C'est surtout pour y avoir pratiqué impunément une implacable épuration ethnique (massacres, incendies, viols collectifs) pendant plus d'un demi-siècle. D'abord à la faveur de l'occupation mussolinienne de l'Albanie et du Kosovo au début des années quarante. Puis, durant le régime communiste, en prenant appui sur l'hostilité sournoise du Croate Tito à l'égard de la République de Serbie qu'il jugeait trop puissante au sein de la fédération yougoslave.

 

Cependant, pour que la suprématie albanaise devint totale, il fallut, à partir de 1999, le proconsulat onusien du bon docteur Kouchner : 200 000 des 320 000 derniers Serbes restés accrochés au Kosovo le quittèrent précipitamment, affolés par les exactions sans nombre menées par les albanophones musulmans dans l'indifférence des forces de l'Otan. D'où ce suprême paradoxe : la sécession du Kosovo aura été encouragée et justifiée au nom de considérations ethniques par des Occidentaux qui proclament l'inéluctabilité universelle du multiracialisme et du multiculturalisme ! Il serait difficile de bafouer de manière plus ostensible les principes auxquels on feint de croire...

 

Pire encore que ce crime contre la justice est le coup mortel porté par les Occidentaux au principe le plus fondamental du droit international : celui du respect de l'intégrité territoriale des nations. Dans l'accomplissement de pareil méfait, lourd de conséquences imprévisibles, Américains et Européens ne peuvent pourtant se prévaloir de la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations Unies sur le Kosovo.

 

Au mépris du droit international

 

Celle-ci ne leur reconnaissait d'autre mission que « le retour à la paix civile, le rétablissement de l’autonomie telle qu’elle  a existé avant 1989 (date à laquelle le président Slobodan Milosevic en avait décidé la suppression) et la mise en place d'une auto-administration »sur la plus vieille des terres serbes.

 

Les Occidentaux sont d'ailleurs tellement conscients d'avoir largement outrepassé le cadre de leur mandat qu'ils n'ont pu faire autrement que de s'empêtrer dans une argumentation des plus spécieuses.   Avec un rare mépris du ridicule, on les a vus tenter en effet d'expliquer, dans le grand immeuble de verre de New York, que l'accession du Kosovo à l'indépendance était appelée à demeurer un cas unique et qu'elle ne remettrait donc pas en cause les principes de la souveraineté et de l'intégrité territoriale des nations. La chose a même été présentée comme parole d'Évangile : cette indépendance « ne pourra constituer un précédent pour d'autres mouvements séparatistes dans le monde ». C'est dire qu'on aura rarement vu dans une arène diplomatique tant d'impudeur conjuguée à tant de mauvaise foi.

 

 

 

Un durable et puissant front du refus

 

   Le drame est que cette démonstration emberlificotée n'a pas même réussi a convaincre la totalité des Occidentaux ni des membres de l'Union européenne. Tous ceux qui sont menacés, à domicile, par des sécessions ethniques, linguistiques ou religieuses ont bien compris de quelle boîte de Pandore ils étaient invités à soulever le couvercle. D'emblée, songeant au Québec, les autorités canadiennes ont brandi l'étendard de la révolte et clamé leur refus de reconnaître l'indépendance kosovare. Et derrière le gouvernement socialiste de Madrid, obnubilé par la menace des séparatismes basque et catalan, se sont rangés la Grèce, la Roumanie, Chypre et la Slovaquie, sensibles eux aussi aux risques de contagion en provenance des Balkans.

 

   Le plus grave pour les dirigeants de l'Union européenne ne réside pourtant pas dans cette nouvelle preuve de leur humiliante incapacité à parler d'une seule voix sur la scène internationale. Il tient au fait qu'ils ne s'étaient jamais encore heurtés à un tel front international du refus. Ce front, aussi large et diversifié que celui qui s'opposa naguère aux États-Unis à la veille de l'invasion de l’Irak, rassemble rien moins que la Russie, la Chine, l'Inde et même l'Indonésie, le plus grand des États musulmans. Autant de géants qui ont le sentiment d'avoir beaucoup à redouter du précédent kosovar : Tchétchénie pour Moscou, Tibet et Sinkiang pour le régime de Pékin,  Cachemire pour New Delhi, Aceh (nord de Sumatra) et Célèbes pour Djakarta. Et Plusieurs dizaines d'autres États de moindre importance partagent, des inquiétudes analogues.

 

 

L’Europe renvoyé deux siècles en arrière

 

On comprend que le ministre russe des Affaires étrangères, Serguéï Lavrov, ait pu soutenir que cette sécession du Kosovo, souhaitée et patronnée par les Occidentaux, aboutira tôt ou tard « à la destruction du principe du droit international en Europe » et « engendrera une réaction en chaîne dans de nombreuses parties du monde ». Cette fois, pour leur malheur, les quatre principales capitales européennes - Londres, Berlin, Paris, Rome - se trouvent toutes docilement alignées sur Washington qui a joué dans cette question le rôle capital de commandant en che£ En témoigne le scandale qui a secoué la petite Slovénie, actuelle présidente en titre de lUnion européenne, où la presse locale a révélé comment des consignes écrites en faveur de l'indépendance du Kosovo avaient été remises par le secrétaire américain aux Affaires européennes, Daniel Field, au ministère des Affaires étrangères slovène en décembre 2007. Il se confirme amisi qu'avec le réalisme implacable coutumier à leur diplomatie, les États-Unis n'ont cessé d'oeuvrer - sans doute dès la présidence Cliton - à la création de plusieurs États musulmans dans les Balkans dont la Turquie intégrée demain à l'Union européenne aura pour vocation de devenir la puissance tutélaire. Politique destinée à convaincre les dirigeants dAnkara, présents et futurs, que le maintien d'une alliance étroite avec les États-Unis et avec Israël demeure une nécessité vitale et la condition impérative du retour en puissance de l'ancien empire ottoman.

 

  Mais comment s'étonner alors si la Russie de Poutine travaille adroitement de son côté à retrouver son rôle traditionnel de protectrice des peuples slaves face à la poussée de l'islam ? C'est sur Moscou que comptent désormais les Serbes du nord du Kosovo et ceux de Bosnie pour obtenir la partition et le rattachement au régime de Belgrade dont ils rêvent. Troisième Rome championne de l'orthodoxie et du slavisme contre Sublime Porte poussée en sous main par le monde anglo-saxon : comme si tout était destiné à recommencer éternellement, voilà que l'indépendance du Kosovo donne l'impression de ramener l'Europe deux siècles en arrière.

 

 

Un mini-État islamisé et mafieux

 

  Si les jeux de la plupart des acteurs dans cette affaire sont transparents et cohérents, seuls demeurent incompréhensibles les motifs des dirigeants européens.  Qu'ont ils à gagner à l'indépendance d'un misérable pays musulman de 2,2 millions d'âmes (taux de chômage : 45 %) dont plusieurs membres du gouvernement, anciens terroristes de l'UCK à l'image du Premier ministre Hacim lhaci, ont aussi la réputation d'être intimement liés aux grandes organisations mafieuses en plein développement sur notre continent ? Plaque tournante du trafic de drogue en provenance d’Afghanistan, carrefour des réseaux de l'esclavage sexuel en direction des pays les plus niches de l'Union, foyer du trafic d'armes vers les banlieues islamisées de grandes métropoles urbaines, le Kosovo était déjà devenu en quelques années un abcès purulent au flanc de l'Europe. Par sa nouvelle situation, il va voir ses capacités de contamination formidablement accrues. Autant dire qu'il serait surprenant que l'actuel comportement de nos responsables politiques dans cette question du Kosovo ne soit dénoncé un jour comme un modèle de crétinisme politique.  

par Lux publié dans : Actualité internationale
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Jeudi 21 février 2008

ESPACE SCHENGEN

La fuite en avant

 

 

Depuis le 21 décembre 2007, « l'espace Schengen » a été étendu à neuf nouveaux pays au point que, maintenant, à l'exception notable du Royaume-Uni et de l'Irlande, mais aussi de Chypre, de la Bulgarie et de la Roumanie, il n'existe plus de frontières à l'intérieur de l'Union européenne où la libre circulation et la non-discrimination sont désormais les réglés fondamentales. En présentant cette nouvelle « avancée ~>, le président de la Commission européenne, J. M. Barroso, a salué la suppression de « ces obstacles à la paix ». Mais, au-delà des discours officiels et trompeurs, la réalité est tout autre.

 

Une fois entrés dans lUnion européenne, par le « passage » rendu le plus facile (soit en raison du laxisme des autorités locales, soit en raison de l'impossible résistance au Camp des saints), les immigrés se regroupent par affinité ou en fonction des lois sociales du pays d'accueil. Ils vont dès lors grossir de nouveaux ghettos, comme en Hesse où la campagne électorale pour le renouvellement de son Parlement a permis de mettre en avant une étude établissant que 25% des agressions seraient dues à des immigrés.

 

De nouveaux ghettos

 

À côté des pauvres bougres qui viennent chercher en Europe un Eldorado qu'ils ne peuvent pas trouver chez eux - ce qui favorise la propagande fondamentaliste et ouvre la voie à la propagande terroriste -, des bandes organisées viennent y développer des activités aussi criminelles que lucratives. Elles installent leur siège dans un État et commettent leurs forfaits dans un autre, utilisant au mieux les différences entre les lois pénales. Et si, au prix de fichages toujours plus complets de la population, la coopération entre les polices a fait d'immenses progrès pour contrer ces activités criminelles, elles sont cependant handicapées par la renonciation des pouvoirs politiques à cette composante intégrale de la souveraineté nationale que constitue la sécurité des frontières.

 

L'emprise idéologique

 

C'est bien cette sécurité des frontières à laquelle les îles britanniques ont décidé de ne pas renoncer, ce qui les a conduit à refuser aussi en grande partie la coopération policière et judiciaire. Et, comme elles veulent conserver pour leurs concitoyens leur régime social, elles ont prié la France de protéger ses propres frontières afin que les immigrés ne sortent pas, par là, de l'espace Schengen pour les envahir. Ce fut tout l'objet du traité du Touquet vendu aux Français par le ministre de l'Intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy. La mesure phare qu'il mit en avant et fut à l'envi relayée par la presse, fut la fermeture du centre d'hébergement de la Croix Rouge à Sangatte. On a beaucoup moins disserté sur l'envahissernent par ces immigrés des ports de Dieppe, Le Havre, Saint-Omer et même Zeebrugge.

 

Hélas, ces exemples n'ont pas suffit. L'emprise idéologique est devenue telle que pour lutter contre les dégâts causés à l'économie par les « 35 heures » et la retraite à 60 ans, pour lutter contre les dégâts causés à la société par la baisse excessive du taux de fécondité, l'ancien conseiller de François Mitterrand, Jacques Attali, propose une nouvelle fuite en avant en ouvrant grand les portes de l'espace Schengen à une « immigration choisie ». Solution qui aura comme principal effet de permettre aux nouveaux venus d'exercer une pression à la baisse sur les salaires ce dont se réjouit par avance un président de la Banque Centrale Européenne qui aimerait endiguer le déferlement d'une nouvelle vague inflationniste. Mais il ajoute ainsi aux maux actuels un mal supplémentaire : en accueillant en Europe des travailleurs qualifiés en provenance de pays moins développés, on prive ces mêmes pays des compétences dont ils ont terriblement besoin. Et comme ces mouvements conduiront inéluctablement à de nouveaux problèmes d'assimilation, le gouvernement devra alors proposer d'augmenter les quotas de « reconduite à la frontière », « rapatriement humanitaire » et autre « retour volontaire » dont est chargé M. Hortefeux.

 

                                                                                                                              François Reloujac

                                                                                 

                      Politique Magazine n°60 Février 2008

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Jeudi 21 février 2008

KOSOVO

La boite de pandore

 

Face aux réserves des « frères orthodoxes » et au veto russe que Moscou menace de brandir à l’ONU pour empêcher toute indépendance du Kosovo, le "premier ministre" kosovar et ex-combattant de l’UCK albanaise (mouvement terroriste lié à la Mafia albanaise qui avait réclamé la sécession et déclenché les représailles serbes puis l’intervention américaine en 19898-99), Hachim Taçi, avait voulu rassurer en déclarant à Bruxelles qu'il ne « ferait rien en ce qui concerne l'indépendance du Kosovo sans l'accord de l'UE et des Etats-Unis »... Mais chacun saitque la majorité des Etats de l’UE et les Etats-Unis ont d’ores et déjà assuré qu’ils ne s’opposeraient pas à la sécession du Kosovo. C’est ainsi que le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki Moon s’est rendu dans les Balkans pour faire pression sur les pays européens hésitant encore à reconnaître l'indépendance de la province serbe. Quant à la secrétaire d'état américain Condolezza Rice, plus directe encore, elle a appelé les Européens à ne pas attendre pour entériner l’indépendance future de la province serbe peuplée majoritairement d’Albanais et qui a été vidée de ses minorités serbes depuis la guerre de 1998-99. Washington s’emploie ainsi à convaincre des pays aussi différents que le Japon, les Etats islamiques du Golfe ou la Turquie, avertissant même que l’indépendance pourrait se faire en l’absence d’unanimité européenne, 15 pays favorables sur 27 étant jugés « suffisants »...

 

 

Or les conséquences géopolitiques de l’indépendance unilatérale du Kosovo sont nombreuses :

 

1/ elle inciterait nombre d’Etats dans le Monde à défier le droit international et le statu quo des frontières reconnues, faisant imploser pléthore d’Etats fragiles et multiculturels, pas uniquement en Afrique ou en Asie ou en Amérique latine, mais jusqu’à nos démocraties pacifiques : Belgique, menacé de partition entre Flamands et Wallons ; Italie du Nord avec le sécessionnisme de la Ligue du Nord, voire avec la Sicile et la Sardaigne; Espagne avec le terrorisme basque et l’autonomisme catalan, sans oublier leurs émules récentes l'Andalousie et la Galicie ; Grande Bretagne, avec l'Ecosse, notamment; France, avec la Corse, mais aussi la Nouvelle Calédonie et les Antilles françaises, etc.. et bien sûr la République de Chypre, menacée par les intentions sécessionnistes désormais officielles de la République turque du Nord illégale, qui occupe pour le compte de la Turquie et en présence de 40.000 soldats turcs, le Nord de l'île de Chypre, etc…

 

2/ Elle pourrait provoquer le retour des guerres ethniques dans les Balkans et rompre le fragile équilibre instauré depuis la guerre du Kosovo: le nord de la province du Kosovo peuplé de Serbes, de plus en plus inquiets pour leur survie, face à la majorité hostile albanophone, pourrait lui aussi faire sécession du Kosovo indépendant, pour se joindre à la Serbie, ce qui pourrait provoquer une nouvelle crise grave entre Albanais et Serbes. Le fait que les Albanais du Kosovo s’unissent progressivement à l’Albanie voisine inciterait également les Serbes de Bosnie à remettre en question les accords de Dayton et à rejoindre la Serbie, puis les Croates de Bosnie-Herzégovine de faire de même et rejoindre la Croatie mère. Les Magyares (Hongrois) de Roumanie et de Serbie pourraient être tentés de reconstituer eux aussi la grande Hongrie et feraient imploser plusieurs Etats, etc…

 Sans oublier les sécessionnistes-indépendantistes albanais de Macédoine et du Monténégro, et même du Sud de la Serbie et de l'Epire du Nord (Grèce), qui, galvanisés par le dangereux précédent kosovar, pourraient franchir le rubicon et faire imploser plusieurs Etats, donnant à tant de rebelles du monde entier l'idée de remettre en questions "l'intangibilité des frontières", l'un des fondements du droit international et des Nations Unies...

 

Bref la boîte de Pandore du sécessionnisme, des rebellions indépendantistes et du micro-nationalisme ethnique et religieux risque de se rouvrir et de faire voler en éclat les mêmes postulats « multiculturalistes » et tolérants qui avaient présidé aux « guerres justes » anti-serbes des années 90 qui firent imploser l’ex-Yougoslavie, désormais remplacée par le virus des partitions ethno-nationalistes. Le syndrome de la "balkanisation" a de l'avenir et l'on comprend pourquoi l'Espagne et tous les Etats de la planète menacés par des rebellions sécessionnistes craignent tant l'indépendance annoncée du Kosovo...

 

                                                                                                                                    Alexandre del Valle

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Jeudi 3 janvier 2008

 

Le Président Sarkozy, en visite en Algérie, a jugé bon de dire : « Oui, le passé colonial a été profondément injuste, contraire aux trois mots fondateurs de notre République : liberté, égalité, fraternité ». Que doit – on en penser ?

Pour commencer, rejetons en quelques mots la prétention contenue dans la seconde partie de cette phrase. Peut-on sérieusement soutenir que la liberté règne dans une France métropolitaine gouvernée par des despotes technocratiques et dans laquelle des minorités agissantes font la loi, comme on vient de le voir à la SNCF, à la RATP et dans beaucoup de nos Universités ? Peut-on sérieusement soutenir que l’égalité règne en France métropolitaine ? Ne voyons – nous pas dans notre beau pays des pauvres et des riches, des gens bien logés et des S.D.F., des travailleurs et des chômeurs, des puissants et des misérables ? Quant à la fraternité, on peut se demander si elle tellement répandue dans cette République qui a commencé par un bain de sang, et où se déroulent périodiquement des émeutes de plus en plus violentes !

Les raisons de la colonisation de l’Algérie

Tout d’abord, rappelons que l’Algérie n’a, avant la conquête française, jamais constitué un Etat indépendant. Plusieurs siècles avant l’ère Chrétienne, après avoir subi l’influence phénicienne puis carthaginoise, toute la bordure méditerranéenne du Maghreb était soumise à Rome, comme en témoignent de nombreuses ruines dans ces trois pays ( En Algérie : Timgad et Tébessa). Au VIIème siècle, les envahisseurs venus d’Arabie ont conquis toute la région et ont même franchi le détroit de Gibraltar : l’Algérie était alors soumise au Calife, installé d’abord à Damas puis à Bagdad. Au XIIIème siècle, une dynastie venue de Mauritanie s’empara, non seulement du Maroc, mais d’un vaste triangle s’étendant de l’embouchure du Sénégal jusqu’en Tunisie. Au XVIème siècle, ce furent les ottomans ( aujourd’hui : les turcs ) qui s’emparèrent de toute la rive méridionale de la Méditerranée. Cette possession était d’ailleurs plus ou moins nominale, l’autorité du gouverneur ottoman, le Dey d’Alger, ne s’étendant qu’à quelques kilomètres autour des principales villes d’Algérie. C’est d’ailleurs de cette anarchie qu’est venue à la monarchie française l’idée de s’emparer de la côte algérienne et de ses ports. Il faut savoir en effet que depuis le XVème siècle, des navires nord-africains ( les « pirates barbaresques ») s’étaient installés dans plusieurs ports du littoral algérien, d’où ils partaient s’emparer des bateaux de commerce européens naviguant sur la Méditerranée, massacrant ceux qui résistaient et vendant les autres, hommes femmes, enfants, comme esclaves. C’était une véritable industrie qui enrichissait, non seulement les pirates eux-mêmes et leurs armateurs, mais aussi le Dey d’Alger, qui recevait une redevance sur chaque prise. C’est essentiellement pour permettre la libre circulation maritime en Méditerranée occidentale que la monarchie française avait dans ses cartons depuis Louis XIV, des plans de débarquement sur la côte algérienne. C’est d’ailleurs un roi de France, Charles X, qui, profitant d’un incident en 1830, s’empara finalement de l’Algérie.

Les colonies rapportaient – elles à la France ?

De nombreuses études très sérieuses, effectuées depuis quelques années, démontrent que la colonisation ne rapportait rien à la France. Certes, « l’ Empire », comme on disait dans ma jeunesse, favorisait les exportations françaises et a fait la richesse de ports comme Marseille ou Bordeaux. Mais les dépenses engendrées par les colonies pour l’entretien des personnels civils et militaires, et surtout les investissements considérables nécessités par la création, à partir de rien, de dizaines de pays modernes en Afrique du Nord ou sub – saharienne, en Asie ou dans l’océan indien, coûtaient beaucoup plus cher à la Métropole que ce que les colonies rapportaient. Car, on l’oublie un peu vite, les territoires dont nous nous sommes emparés avaient des siècles de retard : c’étaient des déserts, ou au mieux, des territoires riches sur le plan agricole mais dépourvus de toute industrie et de toute mine, et bien sûr dont toute infrastructure moderne et tout service public étaient totalement absents. Ports, routes, chemins de fer, barrages, usines électriques, lignes téléphoniques, écoles, hôpitaux…Tout ce qui a été édifié dans ces pays avant les années 1960 a été construit par la France. En réalité, le vrai but de l’expansion coloniale était essentiellement stratégique et militaire : s’emparer d’un territoire, c’était pour la France le moyen de barrer la route aux puissances européennes, à l’Angleterre notamment. Rappelons – nous Fachoda !

La richesse humaine

La vraie richesse que nous avons reçue de l’aventure coloniale, est une richesse humaine. Je ne parle pas seulement ici de l’apport des vaillantes troupes que notre armée a pu lever dans ces territoires, notamment pendant les deux guerres mondiales. Rappelons – nous des exploits des tirailleurs et des goumiers sur le Garigliano et dans les Vosges en 1943 – 1944 ! Je veux parler d’abord des connaissances étendues que de nombreux français ont acquis de civilisations très éloignées de la nôtre, telle que la civilisation musulmane ou la civilisation chinoise. N’oublions pas que, pour cette raison, des générations « d’orientalistes » français nous ont fait honneur. Pensez à l’extraordinaire institution que constituait l’Ecole des Langues Orientales ! Il est très dommage, quoique bien compréhensible, que, par un réflexe de dépit, les français d’aujourd’hui abandonnent ces connaissances extrêmement riches. Il est clair que nous n’avons nullement à rougir de notre passé. Contrairement à ce qu’une propagande ignoble tente de faire croire, la grande masse des coloniaux n’était pas composée de brutes et d’exploiteurs. Je ne dis pas qu’il n’en existait pas, mais c’était une infime minorité. D’ailleurs, quand on interroge « hors caméra » des vieux algériens ou des vieux africains, il ne leur faut pas longtemps pour dire qu’ils étaient mieux du temps des français…

Que serait la France si elle n’avait pas été une colonie ?

Pour conclure, livrons à la réflexion de Monsieur Sarkozy et de ses ministres la pensée suivante : Que serait la France, si elle n’avait pas été pendant plus de cinq siècles, une colonie romaine ? Pensez à toutes les richesses immatérielles que Rome nous a transmises. Notre religion d’abord, puisque personne ne conteste que l’Empire romain a servi de véhicule au Christianisme dans les premiers siècles. Notre langue ensuite, puisque le français est essentiellement une langue latine. Nos fondements juridiques, puisque le droit romain est à la base du droit français. Notre art militaire : qu’était une centurie, sinon une compagnie ; qu’était une « sturma », sinon un escadron ? Nos connaissances architecturales, puisque les premiers monuments que nous ayons construits étaient les édifices romains : temples, théâtres, ponts, aqueducs, thermes… Et à travers Rome, nous avons connu la philosophie et l’art de la Grèce, du Moyen-Orient et de l’Egypte. De même, on peut être sûr que, lorsque les passions actuelles seront retombées, les nations que nous avons autrefois colonisées nous seront reconnaissantes des connaissances que nous leur avons apportées dans le domaine des techniques, des arts, des lettres et des sciences. Georges Rousseau

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Vendredi 9 novembre 2007

 

 

 

 

Le mouvement est lancé depuis la fin de la seconde guerre mondiale. La société française tend à s'américaniser. Dernier exemple en date avec le classement des cabinets d'affaires sur le marché français. Le constat est inquiétant : les Anglo-saxons, Américains en tête, trustent 21 des 25 premières places.

 

L'influence des pratiques américaines envahit autant le fond des pratiques judiciaires que les procédures qui les accompagnent. Les emprunts se multiplient, de la judiciarisation de l'espace privé1 à l'échelon politique où l'on tente de copier le modèle présidentiel. Sur un plan plus formel, les lois Sarbanes-Oxley (adoptées en 2002 dans la foulée du scandale Enron) ont trouvé leur pendant dans la loi de sécurité financière, un an plus tard en France. Le gouvernement réfléchit à l'instauration d'un système français de class actions, autrement dit, à la mise en place d'une « action de groupe » permettant à un grand nombre de personnes (des consommateurs ou des petits actionnaires) de faire reconnaître leurs droits.2 D'une manière générale, il est curieux de constater que ce processus d'américanisation intervient presque systématiquement par le biais de l'entreprise.

 

 

 

SaIaire double

 

Les cabinets d'avocats étant des entreprises comme les autres, leurs patrons ne font pas de sentiment. Pis, ils poursuivent leur irrésistible ascension sur le territoire français. Si 21 cabinets étrangers s'affichent aux vingt-cinq premières places des plus gros cabinets d'affaires sur le marché français, la société Bredin et Prat sauve l'honneur se hissant à la première place du classement : 40,16 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 31,9 % de parts de marchés. Les cabinets DVMB3 et Gide Loyerette Nouel n'ont pas à rougir de leur quatrième et cinquième place. Seuls ces trois cabinets français parviennent à tirer leur épingle d'un jeu dans lequel la concurrence est impitoyable. Les raisons d'un tel succès des cabinets américains ?   Des salaires plus que confortables : quand un bon avocat français gagne 450 000 euros, il est rémunéré, à talent et temps de travail identique, à 750 000 euros dans un cabinet britannique et un million d'euros dans un cabinet d'outre-atlantique.

 

Bien sûr ces « cadors du barreau » ne sont pas légion. Deux tiers des avocats d'affaires ont parfois du mal à joindre les deux bouts, mais la tendance persiste. Au point que des Français ont répondu à l'appel des sirènes. Au moins, l'ancien ministre et actuel député Jean-François Copé n'a pas commis de faute de goût en collaborant (à temps partiel) avec le cabinet Gide Loyrette Nouel. De même la ministre de l'Économie et des Finances, Christine Lagarde, a-t-elle sacrifié une large partie de ses intérêts personnels en abandonnant son lucratif et prestigieux poste de présidente du comité stratégique mondial du plus important cabinet d'affaires américain Baker & McKenzie.Mais l'ancien ministre de la justice, Pascal Clément, réélu député en juin dernier, n'a pas eu autant de scrupules. Il a été embauché (à prix d'or ?) par le cabinet Orrick Herrignton (13 milliards d'euros de CA).   Sic transit gloria mundi...

 

                                                                                                                                              Philippe Estissac

                                Politique Magazine n° 57  Novembre 2007

 

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