Le mot du Président : Le retour au principe de réalité

Publié le par Lux

 

Un jour de la seconde guerre mondiale, afin de redonner courage à ses compatriotes, Churchill eut ce mot : «Ce n’est pas la fin, ce n’est même pas le commencement de la fin, c’est la fin du commencement.» Il faisait ainsi allusion au renversement de situation qui s’esquissait. Ce qui s’appliquait à la guerre semble aujourd’hui pouvoir s’appliquer à l’euro.

 

C’est le système même de la zone euro qui se trouve remis en cause. Même si on n’en est pas encore à envisager, comme il serait souhaitable, la transformation de l’euro en monnaie commune et non plus unique, se dessine un retour aux réalités qui est en soi porteur d’espérance. La crise grecque, c’est la leçon de réalisme économique donnée à l’aberration idéologique du fédéralisme européen.

 Et il n’y a pas que la Grèce ! D’autres Etats surendettés sont en cause. Avoir voulu imposer à des Etats si différents sur le plan des productions une monnaie surévaluée, adaptée à des pays d’industrialisation puissante et concurrentielle, relevait d’un parti pris optimiste, déconnecté des réalités nationales. On en voit aujourd’hui les conséquences économiques et sociales, avec leur cortège de sacrifices et de mécontentements induits des solutions mises en œuvre. La baisse des salaires et des retraites, la hausse des impôts, donc la baisse de la consommation et de la croissance, ne sont pas des scénarios écrits dans la seule langue d’Homère. C’est tout l’espace de la Babel européiste qui risque d’en faire les frais, même si la peur des mots retient nos politiques de parler d’austérité ou de rigueur.

 

 Dans ces conditions un fort réchauffement social est à craindre, spécialement en France où le “travailler plus pour gagner moins” est un cas de figure peu susceptible d’être bien entendu…S’il y avait au moins une situation politique inspirant la confiance et permettant les actions à long terme ! La décision présidentielle d’inscrire dans la Constitution l’obligation de lutte contre les déficits publics est d’ailleurs un aveu intéressant quant aux risques encourus par un Etat soumis à l’instabilité électorale. Mais comment serait-ce le cas alors que les Etats sont court-circuités par les instances européennes ? Il n’est pourtant pas aberrant d’affirmer que la France devrait pouvoir mener souverainement sa politique de lutte contre les déficits, pour la croissance et l’emploi ! La vérité, cest que chez nous les grandes manœuvres électorales priment désormais toute autre considération. La politique ou l’art de faire vivre ensemble devrait inciter au rassemblement Le contexte exigerait une union nationale. Au lieu de cela la surenchère électoraliste pousse aux propositions les plus aberrantes.

 

Cette situation, grosse de bien des périls, peut néanmoins constituer la fin d’un commen-cement à deux points de vue.

 

Sur la question de l’euro, la remise en cause est réelle; elle peut entraîner des évolutions heureuses que l’idéologie supranationale ne pourra pas toujours contourner. Même si des fédéralistes dogmatiques s’arcboutent sur leur fond de commerce, d’autres lâchent du leste, spécialement en Allemagne. C’est un signe important.

 

 Sur la question politique, il va devenir possible d’entamer une nouvelle étape dans nos démonstrations de salut public. Car la crise a généré une inquiétude légitime qui en appelle à l’Etat. Dès son déclenchement, c’est bien vers l’Etat national et non vers la Commission européenne que les mouvements sociaux se sont tournés. Un Etat dont il est attendu qu’il prenne en charge le bien commun, qu’il défende la société nationale, qu’il se place au-dessus des logiques marchandes. Même si cela est encore confus, il y a là comme la reconnaissance du “politique d’abord”.La référence au cadre national relocalise l’attente d’une politique réaliste, et provoque le désamour d’une Europe qui ne protège pas. Ce besoin d’Etat souverain pour préserver l’être de la nation, à nous de démontrer qu’il est en adéquation réaliste avec la définition de la royauté française, «traditionnelle dans ses principes et moderne par ses institutions.» Le retour au principe de réalité exige le retour du Prince réel.

 

Bernard PASCAUD

Publié dans Actualité nationale

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