L’heure des royalistes par Bernard Pascaud

Publié le par Lux

 

La France est-elle gouvernable démocratiquement ? Tout le monde affirme que oui. Tout le monde constate que non. Le mythe de l’Etat comme incarnation de la volonté générale a sans doute permis de développer une prégnante idéologie républicaine, mais il n’a pas réussi à créer une légitimité incontestée ni à renforcer la puissance publique. Les dernières décennies du XXe siècle ont accentué le phénomène. Les évolutions internationales, la mondialisation, l’intégration européenne, le dépérissement de l’Etat-Providence, la régionalisation ont entrainé une diminution de la souveraineté nationale.

Cette érosion de la puissance étatique s’est doublée d’une contestation accrue de la part de la société civile. Trop de dysfonctionnements de l’Etat l’ont nourrie. Les « affaires » et les scandales l’ont entretenue et amplifiée. Mais il y a plus : il y a le rapport à l’Etat devenu complètement immature. Or, il ne s’agit pas là d’une dérive anti-démocratique mais bel et bien d’une attitude induite des valeurs républicaines. La référence permanente aux droits de l’homme et la sacralisation de l’individu et de ses droits qui est son corollaire, suscite un réflexe anti-étatique . Dès lors les revendications catégorielles prennent le pas sur le point de vue civique de l’intérêt général. La culture de la compétition inhérente au système démocratique finit de creuser l’écart entre un gouvernement qui doit prendre des décisions concrètes et des citoyens-administrés qui ne veulent que sauver des acquis, mêmes indéfendables ou faire-valoir des droits mêmes anti-sociaux. Il ya là une mécanique paralysante puisque tous les rouages du système se mutent en freins. Ainsi l’Etat ne cesse de voir faiblir sa capacité d’action, se trouve contraint de rogner ses réformes, de composer en vue de rentabilité électorale, le tout avec une marge de manœuvre rendue étroite par les limites du financement et l’amputation des prérogatives régaliennes. La démocratie d’opinion prend le pas sur la démocratie de représentation. Celle-ci n’a plus guère de prestige, et la soumission à l’autorité de l’Etat va de moins en moins de soi. Ni la loi légalement votée, ni l’autorité de la chose jugée, ni les fonctions légalement attribuées n’arrêtent l’opinion dans sa contestation du pouvoir. Celui-ci n’est crédité ni d’impartialité, ni d’être le garant de l’unité nationale, ni même de compétence. En proie au soupçon permanent le pouvoir est sommé par les médias et les groupes de pression les plus variés de justifier sans cesse ses moindres décisions et de faire respecter sans délai des droits dont la réclamation le submerge. Cette démocratie d’opinion fait le siège permanent de l’appareil d’Etat. Sa voix se fait entendre par tous les contre-pouvoirs qu’elle a cru utile de mettre en place pour se prémunir d’un Etat pourtant démocratique : associations, collectifs, débats, forums, « initiatives citoyennes », « démocratie électronique » via Internet, sans oublier le pouvoir médiatique ni les interventions accrues du judiciaire.

Cette attitude est doublement ambivalente. D’une part parce qu’elle souligne la déficience de la démocratie à représenter et à servir le bien commun, alors même qu’on proclame sans cesse la vertu de ses valeurs. D’autre part parce que cette contestation et l’affaiblissement qui en résulte se double d’une forte demande à son égard. En effet, l’Etat continue à être cette instance vers laquelle on se tourne prioritairement pour faire valoir ses droits voire son salut.

Ces contradictions qui se déploient aujourd’hui de façon patente sont le fruit d’une conception libertaire de l’Etat. L’école contre-révolutionnaire n’a cessé de la dénoncer, avertissant qu’elle ne pouvait déboucher que sur l’anarchie ou le totalitarisme, c’est-à-dire dans tous les cas sur un dépérissement de la politique conçue comme le serviteur du bien commun national. C‘est assez dire combien il est opportun de faire valoir cette doctrine d’état dont l’Action française a fait son projet. Non point pour être, selon le mot de Maurras des « charlatans de la Monarchie comme il y a des charlatans de la République », mais pour montrer le bienfait qu’apporterait un Etat royal aux incontournables défis d’aujourd’hui : la nécessité de redéfinir les modalités d’action de la puissance publique et d’imaginer de nouvelles forme de citoyenneté, à la fois respectueuses des corps sociaux et du légitime désir d’être véritablement représentées. Le livre du Prince reflète cette préoccupation d’avenir. A notre place, nous déployons une semblable réflexion. Aujourd’hui peut être l’heure des royalistes, pour peu qu’ils sachent coordonner leurs naturelles diversités et orienter leurs efforts communs. L’Université d’été de l’Action française de ce mois d’août en est un signe avant-coureur. J’en reviens le cœur rempli de cette amitié qui est tout autant notre force que celle « d’avoir raison ». Organisée par le Centre royaliste d’action française, il y avait dans l’équipe d’encadrement des représentants de tout ce que le royalisme d’après-guerre peut compter de prometteur. Quant à cette jeunesse sacrifiant une partie de ses vacances pour se former dans une perspective de service désintéressé de la France, elle constitue une grâce. L’heure peut vraiment être celle des royalistes. La vraie force, ce sont les hommes unis par la même doctrine, tendus vers le même but, organisés dans la complémentarité et soudés par une indéfectible amitié.

Publié dans Pensée politique

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