homélie de Monseigneur ELLUL de l'Eglise du SACRE COEUR à MARSEILLE

Publié le par Lux

6 novembre 2010.

Basilique du Sacré-Cœur de Marseille.

 

Chers Frères et Sœurs,

C’est toujours impressionnant de vous voir si nombreux participer à cette messe du souvenir, chanter et prier pour nos chers défunts, à quelques jours du 2 novembre, commémoration de tous les fidèles défunts.

Cet après-midi, nous prions et nous nous souvenons de nos parents et amis restés dans cette terre d’Algérie, du Maroc et de Tunisie, dont les cendres sont dans l’attente de la résurrection.

Vers eux vont toutes nos intentions de prières, pour que le Seigneur les reçoive dans sa lumière et dans sa paix. Nous prions également pour tous ceux de notre communauté, décédés depuis notre dernière messe des défunts.

Ce que nous avons vécu en Algérie, le monde continue de le vivre, et plus particulièrement ces jours-ci, au Moyen-Orient, avec les difficultés et les drames de ces dernières semaines, alors que le Synode des évêques pour le Moyen-Orient, réunis autour du pape Benoît XVI vient de se terminer.

Cortège d’assassinats, de drames familiaux, qui nous rappellent nos propres drames en Algérie : celui des deuils, de la mort, des disparitions et de notre départ de la terre qui nous a vu naître.

Ce que nous essayons de ne plus vivre, après tant d’efforts pour nous insérer dans nos différentes paroisses, dans nos divers lieux de vie, nos frères et sœurs chrétiens, le vivent désormais, avec ces meurtres ignobles, où on va de nos jours, jusque dans les églises pour massacrer, tuer et détruire.

C’est avec peine que nous lisons quotidiennement les appels des différents évêques d’Irak, demandant notre aide par la prière, pour les chrétiens de ces pays. Toutes les fois, en lisant, en regardant la télévision, en prenant des nouvelles du synode, je me disais que nous n’avions pas eu ce soutien. Bien au contraire, nous sommes partis d’Algérie dans le silence, comme si enfin ceux qui nous avaient trahis, étaient soulagés de nous voir quitter cette terre qui nous a vu naître, en laisser nos églises, nos morts, nos souvenirs, notre vie chrétienne, au lieu même de l’enracinement de l’Evangile du Christ ; et là, - et il faut sans cesse et encore le mentionner - : là où les premiers porteurs de la parole salvatrice du Seigneur, avaient proclamé l’amour et la paix par un vivant témoignage, là où ils étaient inhumés, au milieu de nombreux

martyrs chrétiens qui avaient donné leurs vies pour Dieu, nous avons vécu nous-même, les prenant pour exemple.

Terre chrétienne par excellence, terre évangélisée dès l’origine du christianisme, terre qui fut soumise au VIème siècle et dont les chrétiens, après avoir résistés, furent contraints par le glaive et la torture, d’abjurer leur foi en Christ, car sinon c’était la mort ou la dhimitude.

Désormais, il est de bon ton de dire, toujours et encore que cette terre est une terre d’Islam. Nous savons bien que non !

Prenons garde que dans quelques années, certains ne disent pas cela de la France ou de l’Europe, dont on ne mentionne même plus les racines chrétiennes !

Le temps du témoignage vient, où comme pour les chrétiens du Moyen-Orient, le traitement des informations écrites ou télévisuelles est un savant dosage, qu’il s’agisse de chrétiens où les faits sont sinon occultés, du moins minimisés, … et d’autres attentats ou violations de cimetières ; là tous les médias se déchaînent. Comment dans ces conditions, être témoins de l’amour du Christ et pardonner ? Comme c’est difficile lorsque l’on vit dans la peur et la crainte !

C’est vrai que nul n’est à l’abri de la terreur, mais une fois encore, la communauté chrétienne paie un lourd tribu à la violence qui creuse son sillon, comme cela arriva pendant la guerre d’Algérie et se continua après notre départ, pour culminer après des milliers de morts algériens et dans l’enlèvement des moines de Tibbirines, dont on ne retrouva que les têtes, morts égorgés.

Le massacre de Bagdad est survenu, accompagné de menaces contre les chrétiens coptes d’Egypte… « Il ne faut pas que le sort des chrétiens d’Orient, écrivait le mardi 2 novembre, un quotidien catholique, passe au second plan, balayé par les inquiétudes des Occidentaux pour eux-mêmes. La solidarité doit être sans faille, et la discrétion des réactions, au lendemain de l’attentat de Bagdad peut apparaître comme un mauvais signe… et les défenseurs des Droits de l’Homme, de par le monde, doivent se mobiliser pour eux, au nom de la liberté religieuse et de la liberté de conscience. » (La Croix 2 nov 2010). Le Père Pascal Gollnisch, nouveau directeur de l’Œuvre d’Orient, rappelleait que "ce n’est pas le premier geste anti-chrétien : depuis 2003, des dizaines d’églises ont été attaquées, des prêtres et de nombreux fidèles ont été assassinés, des chrétiens sont enlevés et/ou violentés quotidiennement…

"Si vous ne connaissez pas l’enfer, venez chez nous !" disait tout récemment Mgr Sako, archevêque chaldéen de Kirkuk, que nous avions reçu ici au Sacré-Cœur, pour la messe de l’œuvre d’Orient…Je cite : « Mais qui en parle dit-il ? Qui demande qu’une enquête permette d’établir les conditions de l’assaut donné à la cathédrale Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours" ? Il y en a assez de déplacer des populations ! Le XXe siècle a déjà allégrement donné en la matière ! Car outre le fait que l’on donne raison à des barbus frustres et manipulés, dit-il, il faut tout de même rappeler que ces chrétiens sont chez eux ! » Fin de citation.

Évangélisé par saint Thomas, l’Irak a d’abord été à majorité chrétienne avant d’être musulmane. Aujourd’hui, les chrétiens irakiens sont devenus des étrangers dans leur propre pays (...) ainsi deux prêtres syriaques catholiques du diocèse de Bagdad, ont péri le 31 octobre 2010, avec près de 46 morts et 50 blessés.

Voulez-vous, Frères et Sœurs, qu’avec nos défunts d’Algérie, qu’avec le rappel de nos prêtres décédés, nous faisions mémoire d’eux aussi en cette messe de Requiem et nous prononcions leurs noms : il s’agit du P. Wassim Sabiha, 27 ans, et du P. Thaer Saad Abd Al, 32 ans, qui étaient deux jeunes prêtres.

Et Mgr Sako d’ajouter : « Il faut imaginer le choc effroyable provoqué dans nos communautés par la tragédie de ce week-end. Les gens ont peur. Ils n’ont plus de patience, plus d’espoir. »

Oui, pourrions-nous dire à Mgr Sako, tout cela nous le savons, nous l’avons expérimenté, nous l’avons vécu. Le Cardinal Jean-Louis Tauran, nous rappelait dans cette basilique, en septembre dernier, que nous les chrétiens, les catholiques, nous avions encore et toujours à professer notre foi chrétienne, à la démontrer humblement dans la prière et l’amour, le pardon, comme le fit le Christ sur la croix.

A nous, frères et sœurs, pour pouvoir en rayonner, de déjà nous entendre entre nous, dans nos communautés, dans nos groupes. Nos différentes Associations se veulent complémentaires et porteurs de valeurs que nous avons à cœur de défendre.

Comme je le disais l’an dernier, faisons la paix, soyons des artisans de paix. Dans deux ans, nous célébrerons les 50 ans de notre retour d’Algérie. Irons-nous montrer nos dissensions, nos différences ? Ou bien serons-nous unis, mains dans la main, pour montrer combien l’Evangile que nous essayons de vivre, nous inspire des actes d’amour et de pardon. « Une fois élevé de terre, disait Jésus à ses disciples, j’attirerai à moi tous les hommes. »

Que le Seigneur nous montre la grandeur de son amour et de notre vocation de baptisés ! Nous avons puisé dans notre terre ensemencée par les premiers chrétiens, la force du témoignage. Il ne faut pas que des dissensions qui n’ont rien à voir avec notre foi chrétienne, viennent ternir notre vision de l’avenir.

Car notre avenir est en Dieu, non sur cette terre. Dans le temps qui nous est imparti de vivre, restons unis, comme des frères et des sœurs, enfants d’un même père. Il me semble que nos chers défunts nous le demandent, ne les décevons pas.

Au contraire, commençons à préparer ces célébrations dans la paix et le souvenir de ceux qui nous ont donné la vie et la foi. Vers eux vont toutes nos prières, leur demandant, à eux qui sont auprès du Seigneur dans le lumière de la résurrection, de dispenser sur nous et sur cette terre, la paix si nécessaire, pour vivre en harmonie avec tous.

Tel est notre souhait en cette messe des défunts d’Algérie et d’Afrique du Nord. Oui, souvenons-nous, dans la prière de tous nos défunts !

Qu’ils reposent dans la paix.

Amen.

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