Démocratie royale, pourquoi pas ? Par Bernard Pascaud

Publié le par Lux

 

Le récent conflit social lié à la réforme des retraites a confirmé la contradiction interne du processus démocratique : privilégier le droit individuel au détriment du lien social. Il a démontré simultanément que le centre de pilotage de toute politique reste en France d'ordre électoraliste. Enfin, il illustre combien l'action gouvernementale est vouée à se soucier du court terme (l'attitude à tenir face aux revendications immédiates) plutôt qu'à privilégier la vision du bien commun qui tient compte du temps long. Même la fermeté du pouvoir entre dans cette grille d'interprétation : tout recul l'aurait disqualifié auprès de ses bases, celle qui lui demeure fidèle et celle qu'il a besoin de reconquérir. Quant à l'opposition elle reçoit comme du pain béni cette occasion d'exploitation de la crise générale de confiance que traverse le gouvernement. L'effort de mobilisation des jeunes (qui ne sont en rien concernés par la dite réforme) est à cet égard très significatif. Il est l'habituel détournement de mineurs, en âge ou en conscience politique, qu'à la faveur de mouvements sociaux, réactivent tous les vautours politiciens en prévision de cette course contre la montre toujours recommencée des élections à venir. Confirmation permanente et post mortem des démonstrations maurrassiennes sur les pratiques démocratiques.

 

Cependant, si rien ne semble changer, la " crise de la démocratie " est bien réelle. Elle est tout d'abord une crise de confiance à l'égard des représentants élus. Les symptômes qui en témoignent sont désormais récurrents : abstention, volatilité électo-rale, vote protestataire, désaffection à l'égard des partis. Certains ajouteraient : populisme. Mais la crise est plus profonde : elle est celle du consen-tement, ce qui revient à mettre en cause le modèle théorique du contrat social hérité des Lumières. Selon cette théorie l'homme est un être libre par nature. Il ne peut donc pas aliéner sa liberté et, par conséquent ne peut accepter un pouvoir non consenti. Tel est le processus de légitimation du pouvoir démocratique. Or, aujourd'hui le fossé apparaît si croissant entre l'opinion publique et les décisions des partis de gouvernement que le consentement qui rend le pouvoir démocratique légitime n'apparaît plus comme l'articulation de la théorie de la liberté avec celle du pouvoir. Ce qui prime, c'est le débat démocratique plus que le fondement théorique de la légitimité. On parle de démocratie confisquée et de dénis de démocratie presque constamment.

Nombreux sont donc les analystes qui essaient de "repenser la démocratie".afin d'en concevoir le renouveau. Chacun y va de sa proposition et de sa formule : " démocratie participative ", " démocratie de proximité ", " démocratie citoyenne ". Pierre Rosanvallon préconise une citoyenneté active qui ne se satisfasse pas d'un simple passage aux urnes mais qui soit une participation aux débats publics. De son côté Marcel Gauchet explore depuis des années de nouvelles voies pour une " démocratie cohérente " autour des trois éléments que sont le droit, l'histoire et l'Etat-nation, afin de redonner confiance en l'action politique. On pourrait multiplier les exemples. Citons encore l'Indien Amartya Sen, le prix Nobel d'économie de 1998, pour qui la démocratie ne se limite pas à la pratique de l'élection mais a pour essence la discussion, qualifiée par lui d' " exercice de la raison publique ". 

 Tout ceci pour dire qu'en dépit des rigueurs idéologiques qui gravitent autour du thème démocratique, il y a une attente de nouvelles procédures qui restent à inventer. Ne laissons pas un mot piégé oblitérer notre réflexion et nous exclure du débat. L'enjeu est en la conception d'un pouvoir politique légitimé par un réel consentement, sinon un consensus. Dans ce contexte, les roya-listes peuvent trouver leur place dans la discussion. Le Prince Jean n'écrit-il pas dans son livre : " En fait, ce que beaucoup appellent démocratie n'est en réalité qu'un système où le peuple a le pouvoir de donner son avis, de consentir aux lois et, surtout, d'être garanti dans ses libertés : autant d'éléments qui n'excluent nullement, bien au contraire, la forme monarchique du pouvoir." L'explicitation de cet " au contraire " constitue une feuille de route susceptible de rendre aimable le projet royaliste.

Dans le même temps le Duc de Vendôme nous dit son inquiétude dont l'objet est l'harmonie sociale française. Il écrit dans le dernier éditorial de Gens de France : " Notre pays doit par tous les moyens résister à la désagrégation sociale. C'est sur ce point que je souhaite faire entendre ma voix."

 
 

Voilà des axes de travail qui doivent nous mobiliser. En gardant à l'esprit l'adage de Louis XIV: " On ne fait jamais rien d'extraordinaire, de grand et de beau, qu'en y pensant plus souvent et mieux que les autres. "

Publié dans Actualité nationale

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