Avortement pile ou face

Publié le par Lux

Dans le journal sud ouest du
Dimanche 15 Novembre 2009

 



BORDEAUX. Les anti-IVG ont fait leur prière à genoux sur le parvis protégés par des barrières, sous les quolibets des défenseurs des droits de la femme. Ambiance assurée

Avortement pile ou face

Sur la place Pey-Berland devant la cathédrale hier. (PHOTO L. THEILLET)
Sur la place Pey-Berland devant la cathédrale hier. (PHOTO L. THEILLET)

On aurait cru une scène de cinoche. Un mauvais film à la mise en scène idiote. Sur le parvis de la place Pey-Berland, hier, près de 150 personnes, dont beaucoup d'enfants, prient genoux à terre en arc de cercle. On a mis le loden et les cols Claudine. Les prieurs sont encerclés de barrières devant lesquelles veillent des rangées de CRS bottés et casqués.

Juste derrière braille un peuple bigarré. Remue des banderoles, s'agite, crie dans des mégaphones, chante et rigole. Côté pile on lutte contre l'avortement qui tue « les petits enfants », côté face, on lutte pour défendre l'avortement et le droit de la femme à disposer de son corps.

Combat vain. Rosaire pour la vie, les anti-avortement viennent chaque année le 14 novembre prier afin d'expier les pêchés commis par ceux qui pratiquent l'avortement. Ils sont venus plus nombreux cette année. Christophe Pacotte a dirigé l'opération : « L'avortement est le principal combat des catholiques pratiquants. C'est le pape qui l'a dit. La jeunesse est de notre côté, en face il y a beaucoup de vieux et aussi des voyous. L'avortement est une atteinte à la vie, le pape attend une mobilisation. Nous attendons de l'État qu'il impose une politique de vie et que l'IVG soit à nouveau interdite. »

Monsieur Pacotte a huit enfants « avec la même femme, justifie-t-il. Et même une enfant handicapée. »

Trente ans après la loi Veil

Pas très loin, prie joyeusement une bande d'adolescents. 15 ans. « On vient pour défendre la vie, on a de la chance d'être né. Le foetus est une âme. On a aboli la peine de mort en France et avec l'avortement on n'a jamais autant tué ! » Charlotte, Nicolas, André... Ils sont scolarisés dans le privé, Saint Genès ou ailleurs, vont à la messe tous les dimanches, à Talence au Christ Rédempteur ou à l'église Saint-Éloi, voire Saint-Bruno.

De l'autre côté des barrières, il y a plus de 300 personnes. Du planning familial, en passant par le collectif bordelais des droits des femmes, la Maison des femmes, Ovaires et contre tout etc. Naïma Charai, conseillère régionale, est à leurs côtés. « Je me réjouis que les mouvements féministes soient si nombreux. Rien n'est acquis. Aujourd'hui pratiquer une IVG devient de plus en plus compliqué, et ce, trente ans après la loi Veil ! »

Les jeunes sont aussi de ce côté-ci de la barrière. Thomas et Émeline, amoureux de 16 ans, observent la scène, sidérés. « Interdire l'IVG, n'importe quoi. Ce serait bafouer les acquis sociétaux. Rétrograde. Je suis choqué du nombre de CRS, du fait qu'ils sont là pour protéger les manifestants religieux. Le gouvernement protège l'église ? »

« Ils ont le chapelet combatif, lâche une militante féministe. Plus nombreux d'année en année. »

Un peu avant 16 heures, la manifestation s'est dissoute sans heurt.


Auteur : ISABELLE CASTÉRA
i.castera@sudouest.com


Publié dans Actualité régionale

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