Un instant monarchique...

Publié le par Lux

Vu sur le blog de Jean-Philippe Chauvin.

Les royalistes (et les autres...) se demandent souvent ce que serait, concrètement, une Monarchie royale en France, et ils se réfugient parfois dans une sorte de mythe complètement déconnecté des réalités. Or, nous vivons actuellement un moment très intéressant dans notre vie politique, ce que je qualifie d’ « instant monarchique » qui, comme le terme l’indique, n’est que provisoire et ne saurait durer plus que quelques semaines, le temps qu’arrive l’échéance électorale. Certains s’étonneront de mon propos à l’heure où les candidats rivalisent de discours et de promesses, de chiffres et d’applaudissements, etc. et que les panneaux électoraux se couvrent de sourires enjôleurs et de déclarations péremptoires… Comment ? Au moment où les électeurs sont appelés aux urnes, nous serions en Monarchie ? N’y a-t-il pas là une contradiction ?

 

Loin de moi l’idée de nier la lutte présidentielle ou le fait que nous soyons sous la Ve République ! Je suis, comme les lecteurs de ce blog, le déroulement de la campagne, mais il y a autre chose, que peu remarquent, sans doute, mais qui n’échappe pas aux observateurs avertis. En effet, M. Chirac, dans la situation actuelle, s’il n’est pas le Roi, fait « office de » : n’ayant plus de réélection à espérer, il joue sans doute plus facilement, mais de façon inaudible du fait de la focalisation des médias sur les joutes présentes, le rôle de « monarque » arbitral, assurant, malgré les fureurs électorales dont il se tient à l’écart, la permanence de l’Etat, sa représentation dans le pays comme à l’étranger, la parole du Politique sur les problèmes de l’environnement, de la Défense ou des grands projets nationaux. Quand les candidats se disputent les faveurs de l’Opinion reine, il assure l’indépendance et les valeurs de l’Etat, fût-il républicain…, et il se contente de les rappeler, dans le cadre de la Constitution de la Cinquième République, sans se préoccuper des manœuvres et des intérêts électoraux de l’un ou de l’autre. Au-dessus des querelles partisanes (dont il fût d’ailleurs souvent l’acteur jadis, lorsqu’il pouvait espérer encore (re)conquérir le fauteuil présidentiel, lorsqu’il était ce « prétendant de la République » acharné à « prendre l’Etat »), il « règne » encore et se déplace à travers le pays, accompagné de « l’héritier », son petit-fils Martin, qu’il semble ainsi « présenter » aux Français par le biais des médias qui ne « floutent » plus son visage de gamin de dix ans… Sentant sa fin venir (le 6 mai, son successeur aura un nom, un visage…), il rend visite à tous les grands corps de l’Etat et leur fait ses adieux, comme un Roi qui rappelle, au-delà de ses adieux, que, s’il s’en va, « l’Etat demeure ».

 

Bien sûr, M. Chirac n’est pas le Roi, et il lui reste sans doute quelques années à vivre après son « départ à la retraite ». Mais, cette situation ressemble sans doute à ce que serait une Monarchie qui, elle, préserverait vraiment la situation arbitrale de la magistrature suprême de l’Etat en s’inscrivant dans la continuité dynastique et ne dépendant, ni en amont ni en aval, d’une élection qui divise quand le faîte de l’Etat devrait rassembler ou surplomber les différences partisanes, ne reconnaissant que des Français et non des étiquettes, arbitrant sans être juge et partie comme en République. Imaginez que les joutes électorales, qui ne seraient sans doute pas moins vives ni moins passionnantes, s’appliqueraient, dans le cadre d’une Nouvelle Monarchie, à désigner le Chancelier du Royaume ou le Premier Ministre (peu importe la dénomination), les députés et les conseillers régionaux et municipaux.

 

Avec ce petit effort d’imagination, sans doute comprendrez-vous mieux, ainsi, tout l’intérêt de cette Monarchie dynastique que j’appelle de mes vœux et dont je ressens aujourd’hui, dans cet espace de temps réduit et si particulier d’un Chef de l’Etat qui se trouve libéré de toutes les contraintes du « Système de l’Opinion » et de la Démocratie électorale, toute la force et les potentialités.

 

Mais cet « instant monarchique » n’est que passager et il n’est qu’un mirage au milieu de la République, au cœur même de sa « matrice ». Oui, il faut sortir de cette matrice présidentielle, républicaine, et renouer avec la Monarchie dans la durée, celle qui s’inscrit dans la nature même, par la naissance et la mort, le passage de relais d’un père à son fils dont la mère est la condition même parce qu’elle porte le Roi, « celui qui adviendra ».

 

Pour le reste, la Monarchie ne changera pas les hommes (elle n’a d’ailleurs pas à le faire, elle se contente de les prendre comme ils sont) et ne supprimera pas les joutes électorales mais elle en sera le garde-fou tout comme ce trait d’union nécessaire au-delà des partisans et des barricades de la droite comme de la gauche. M. Chirac nous en montre la ressemblance, il n’en est que plus nécessaire de retrouver le modèle, celui là même qui a fait notre pays et a encore tant à apporter à nos concitoyens.

 

Publié dans Pensée politique

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