L'État

Publié le par Lux

Il faut tendre à éliminer de l'État politique d'un grand pays tout élément de démocratie parlementaire et républicaine. Cet État politique doit être indépendant. Cet État politique doit être «  absolu  », mot qui signifie indépendant en latin, et qui doit être répété, dans son sens, par tous les esprits sains qui, n'étant pas malades, n'ont pas la peur des mots, qui est une maladie. Il y a des questions qui ne peuvent être réglées sans une indépendance souveraine : là, le chef de l'État politique doit être un souverain indépendant, donc absolu.

 

 

L'autorité, c'est la liberté, c'est le non-asservissement de l'État.

 

 

Mais il faut tendre à éliminer de la vie sociale tout étatisme. Il faut constituer, organiser la France, ou plutôt la laisser se constituer et s'organiser en une multitude de petits groupements, naturels, autonomes : véritables républiques locales, professionnelles, morales ou religieuses, d'ailleurs compénétrées les unes par les autres, mais se gouvernant par libres conseils spontanés. Le parlementarisme, expulsé de l'État central, peut se réfugier dans ces États inférieurs, à condition que l'État central soit demeuré le maître de la diplomatie, des armées de terre et de mer, de la haute police, de la haute justice, et soit assez fort pour veiller de haut à toutes les fonctions d'intérêt général.

 

l'État républicain-démocrate a, pendant cent ans, rongé la Société.

 

 

C'est au tour de la Société de ronger l'État.

 

 

Ces aveugles réactions, toutes mécaniques, se succéderont indéfiniment aussi longtemps que l'État ne sera point restauré dans son ordre, la Société dans le sien, par une volonté ordonnatrice, directrice, qui soit également capable de servir la Société et l'État.

 

Nous ne redoutons pas les États dans l'État; la vieille France, qui en était toute pétrie, ne s'en portait pas plus mal, au contraire.

 

 

-Mais il y a l'esprit de corps...

 

 

-Eh bien  ! l'esprit de corps, nous l'avons défendu partout où il a été attaqué. Nous l'avons excité partout où sa vigueur tendait à décroître. L'homme n'est pas grand'chose dans l'ordre politique ou civil, il n'y peut rien, sans l'assistance de son groupe. De la famille, de la patrie, du métier, de la ville, des syndicats fédérés et confédérés, lui vient l'essentiel de sa force de résistance.

 

 

On dit : -Oui, mais contre l'État.

 

 

Pourquoi contre l'État  ? Sinon parce que l'État sort sans cesse de son rôle, se mêle de ce qui ne le regarde pas et se désintéresse de son métier  ? Fortifions l'État central dans ses vrais centres, qui sont la haute justice, la haute police, les armées de terre et de mer, la politique extérieure, et laissons les États secondaires graviter pacifiquement autour de lui, ressortir à son arbitrage sans pouvoir entrer en conflits d'intérêts avec lui.

 

 

Mais vous avez créé une cohue de fonctionnaires, vous avez introduit parmi les citoyens non fonctionnarisés un système d'intimidation et de corruption purement étatiste.

 

 

Vous avez cru vous assurer un peuple d'esclaves  ?

 

 

Eh  ! Ces esclaves ont vu le maître, et ce maître anonyme, ce maître collectif trouve partout une race de Spartacus. «  Anarchie  !  » s'écrie-t-on. Probablement, mais si féconde, cette anarchie, que la Monarchie réparatrice peut en sortir  !

 

 

Les Français se font une très haute idée de l'État. C'est que leur pays a donné longtemps le modèle de l'État :

 

 

D'un État sans étatisme.

 

 

Vigoureux là où il était concentré dans la haute fonction de direction et de répartition.

 

 

Très lâche, très libre, presque absent, quoique partout représenté dans les endroits où l'intérêt le plus général n'était pas engagé.

 

 

Donc en son centre, très monarchique. A son extrémité, très républicain, formé d'une poussière de république dont les traces sont déterrées à chaque pas que nous faisons dans nos archives.

On dit : les Bourbons ont détruit les libertés, détruisant ainsi leur autorité. Les Bourbons n'ont pas tant détruit  ! Sous le roi qui disait l'État c'est moi, des conseils de paroisses et de petites villes exerçaient une autorité qui ferait bien pâlir les maires d'aujourd'hui  !

 

 

Non systématiques, ni délibérées, mais raisonnables et qui sortaient de la nature des choses comme de celle des hommes, logeant le pouvoir où était la compétence, mettant tout en haut la souveraine autorité politique comme elle distribuait en bas toutes les libertés, cette combinaison établissait ainsi la variation, la lutte, le conflit public, aux points ou ces agitations causaient le minimum de dégâts tandis que le maximum de stabilité et de durée était constitué et défendu aux postes nécessaires.

 

 

Les bonnes gens qui disent que ce passé est passé, mais ne peut revenir, affirment certainement ce que personne ne peut savoir, mais elles devraient consentir que la République n'est pas seulement l'absence ou le contraire d'une monarchie : elle est la diffamation de tout ce que tant de républicains voudraient emprunter à la monarchie, c'est-à-dire la stabilité, la cohérence, la responsabilité des personnes et l'ordre des choses.

 

 

Tout au contraire l'étrange structure de leur démocratie, son esprit, implique la croyance aux vertus de l'instabilité de la compétition, de l'anonymat, de l'irresponsabilité, enfin de tout ce qui compose un régime d'opinion, un gouvernement de parti, une souveraineté de nombre  !

 

 

Que le respect de l'État, que le pouvoir de l'État se dissolve à pareil jeu, c'est le contraire qui serait surprenant...

 

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