Intervention du duc de Vendôme devant les membres de la noblesse polonaise

Publié le par Lux

Parmi les gens qui ont marqué l’histoire mouvementée de leur pays, les membres de la noblesse ont joué un rôle prépondérant. C’est le point sur lequel le prince a insisté dans son allocution hier soir à Varsovie

« Vive la Pologne ! »

« L’attachement des Français pour votre pays ne saurait aller sans une admiration profonde, et sans ombre, pour ceux qui, tout au long de l’Histoire, ont le plus contribué à l’édification – et au maintien, au milieu des vicissitudes – de cette nation au destin unique, un destin qui vraiment ne ressemble à aucun autre.

C’est aux approches de l’an Mil, au moment même où nous, Français, donnions un élan décisif à la construction de notre Etat, que, des sources de la Vistule à la Baltique, a commencé le grand élan de l’unité de votre peuple.

Une volonté commune de construire l’unité nationale

« Comparaison n’est pas raison », comme on le dit chez nous, et les chemins suivis par nos deux peuples furent bien différents. La géographie ne nous a pas servis de la même manière, c’est le moins qu’on en puisse dire. Un point commun me frappe, cependant, et je tiens à le souligner ce soir : c’est que la volonté de construire l’unité nationale, dès lors qu’une expression politique efficace se trouvait en mesure de l’exprimer, a toujours rencontré des énergies neuves, surgies des profondeurs de la nation, aptes à s’adapter aux circonstances, aussi difficiles ou tragiques fussent-elles, et de les rassembler pour répondre à l’appel de la collectivité. L’influence bienheureuse et bénéfique de l’Eglise, les vertus de l’éducation, de la transmission dans les familles non seulement du savoir et de l’expérience, mais aussi de la conscience collective et de la grandeur qu’il y a à servir le bien commun, voilà ce qui a fait qu’aujourd’hui comme hier, ce pays dispose non seulement de bras et de mains mais aussi, et surtout, de têtes et de cœurs capables de lui construire un avenir.

Une force qui a maintenu l’idée polonaise

Vous tous, qui êtes ici, incarnez cette force qui, pendant déjà plus d’un millénaire, a maintenu sans faiblir l’idée polonaise. Non pas une idée désincarnée, mais au contraire un principe vivant, qui a su traverser les moments les plus difficiles. Depuis le XVIIIe siècle,

l’Histoire ne vous a pas épargnés. Elle a même parfois réussi à faire que vous paraissiez ne plus exister, ou ne plus avoir de voix, car on vous avait bâillonnés. C’est le cœur serré que je pense à ces moments-là. Comment oublier les images terribles de cette terre déchirée par les guerres, traversée par des envahisseurs successifs qui, même opposés, ne s’entendaient que pour tenter de vous écraser, pour vous déporter dans des lieux d’horreur, pour assassiner froidement d’une balle dans la nuque les meilleurs de vos fils.

J’ai le cœur serré, et pourtant, je ne peux m’empêcher, moi, Français, de penser que c’est ainsi que j’ai appris à vous aimer. Car c’est avec fierté que moi, Français, je me rappelle avoir crié à un souverain étranger qui prétendait nier votre droit à l’existence : « Vive la Pologne, Monsieur ! » C’est aussi avec une légitime fierté que je pense au roi Louis-Philippe qui a tenu à vous accueillir en amis, en frères. Pour l’exilé, le départ n’est qu’une première épreuve. L’adaptation à une terre

étrangère en est une autre, qui n’est acceptée que dans l’espérance du retour, et ne peut-être adoucie que par la chaleur d’un accueil. Avons-nous, nous Français, répondu comme il convenait? La seule chose dont je suis sûr, c’est que nos sentiments pour la Pologne, déjà si anciens, en ont été profondément et durablement bouleversés. Je n’ai pas manqué d’y penser lors de ma visite, l’an dernier, à la Bibliothèque polonaise de Paris, haut lieu s’il en est de l’émigration polonaise.

Une admiration profonde

Je suis heureux de le redire ce soir à ceux qui ont reçu la charge de cet exceptionnel héritage, et la si lourde mission de le transmettre aujourd’hui – dans des conditions matérielles dont je sais à quel point elles sont difficiles – aux générations à venir.

Je vous remercie »

Varsovie, le 12 mars 2007

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