JEAN D'ORLEANS, LA FRANCE EN HERITAGE

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C'est dans un café proche des Champs-Élysées que Jean d'Orléans, protagoniste du documentaire Un nom en héritage, nous a livré les clefs de son engagement. Prévenant, direct, le petit-fils du Comte de Paris, descendant des rois de France, se partage entre son métier de cadre bancaire et ses responsabilités à la tête de l'association "Gens de France". Un premier pas vers l'action publique qui ne l'éloigne pas de ses autres centres d'intérêt et qui font de lui tout autant un homme de son temps que l'héritier de mille ans d'Histoire...

Avez-vous créé "Gens de France" en 2003 dans le but de donner un sens à votre action ?
Cette association est surtout un outil. Depuis 1997-98, j'ai fait un certain nombre de déplacements en France et à l'étranger et je me suis rendu compte qu'il y avait des actions sur lesquelles, régulièrement, on attirait mon attention. Créer "Gens de France" m'a permis d'organiser des axes de travail qui reposent à la fois sur ces demandes et mes propres centres d'intérêt, à savoir : la culture et le patrimoine, la francophonie, la vie locale et l'urbanisation, les sciences et l'éducation, le soutien aux entreprises ainsi que l'aide aux handicapés, une question à laquelle je suis sensibilisé par la maladie de l'un de mes frères et l'une de mes soeurs.

Concrètement, en quoi ces démarches consistent-elles ?
D'abord à donner un éclairage spécifique, médiatique, à une action –sociale, culturelle- menée sur le terrain. Cela va d'une visite à un centre qui aide des enfants tétraplégiques à Pau, à un voyage que j'ai effectué en Arctique et qui a permis d'organiser une conférence sur ce sujet au Muséum d'Histoire Naturelle. Dans un cas je suis spectateur, dans l'autre initiateur, mais, partout, il s'agit d'être un relais, de participer à des événements. Lors de ces voyages, je visite des usines, j'assiste à des rencontres sportives, bref, j'appréhende plusieurs secteurs d'activité, je rencontre toutes sortes de personnes...

Cette façon de communiquer est-elle un moyen de mieux vous faire connaître et de vous positionner comme héritier de la Couronne et recours éventuel ?
La communication en tant que telle ne m'intéresse pas. Elle doit toujours servir un projet. Maintenant, vous savez, ma famille a eu des hauts et des bas... même si là, on remonte un peu la pente (rires) ! Mais de toute façon, notre parole ne suffit plus. Il faut s'affirmer autrement, par l'action, le service du pays. Disons que "Gens de France" rend visible cette implication. A titre personnel, j'en ai besoin pour ne pas perdre pied...

Peut-on être républicain et rejoindre votre association ?
Tout le monde peut adhérer. La république ou la monarchie ne sont que des moyens. Ce qui est intéressant c'est le but poursuivi. Trouver un positionnement dans l'espace public. Se battre pour des causes que l'on estime justes. J'aimerais ainsi aider des entrepreneurs qui exportent notre savoir-faire à l'étranger. Mais il faut aussi alerter. Dénoncer le fait, par exemple, que la France en matière de recherche scientifique, après avoir été leader se trouve à la traîne. Trop d'ambitions politiques à courtes vues entravent le bien commun et le progrès. Elles participent, à mon sens, du déclin de notre pays depuis une trentaine d'années...

La francophonie, que vous défendez, est-elle un moyen de relever la tête ?
La culture française élève l'esprit. La francophonie ne se limite pas à la sauvegarde de la langue, elle défend un état d'esprit dans un monde par essence pluriculturel.

Vos déplacements internationaux se font-il en accord avec le gouvernement ?
Oui. Lorsque je vais au Liban ou en Louisiane, je préviens toujours ! Je garde un lien spécifique avec le Quai d'Orsay et l'ambassadeur du pays visité. Parce que, la encore, avant de me servir, j'estime devoir servir mon pays. Mais c'est vrai que parfois, j'aimerais que nous soyons plus efficaces et pouvoir, par exemple, apporter au Liban en guerre un soutien plus concret. En même temps l'association n'a que trois ans. Nous n'avons pas encore de gros moyens !

Justement, ces moyens, sur quoi reposent-ils ?
Je reverse une partie de mon salaire, le fruit de mes placements. Je suis banquier, ça aide ! Le reste provient de dons directs à "Gens de France"...

Parmi vos rencontres, laquelle vous a le plus marqué ?
Peut-être celle que j'ai eu avec Mohammed VI. Nous somme de la même génération, son père et mon grand-père s'estimaient beaucoup. Nous avons eu un entretien très, très sympathique ! Mais aller à sa rencontre fut particulier. Il faut savoir que le roi du Maroc, sécurité oblige, tient son lieu de résidence secret. J'avais une équipe de six personnes avec moi et plus j'avançais pour rencontrer Mohammed VI, plus mon équipe rétrécissait. A l'ultime virage d'un des innombrables couloirs du palais, mon dernier accompagnateur avait disparu (rires) ! En sortant, afin d'évacuer le stress, j'ai allumé une cigarette, ce qui m'arrive rarement...

Vous rejetez les étiquettes – ni de gauche, ni de droite - mais pourquoi ne pas vous exprimer sur des sujets de société -35h, précarité, insécurité...- qui intéressent les Français et permettraient de vous inscrire dans le débat public ?
Vous avez raison, mais je considère que la parole est le fruit d'un positionnement. Aujourd'hui, les Français ne me connaissent pas bien et faire entendre sa voix parmi d'autres n'a guère de sens. La crédibilité passe par l'action... Il ne suffit pas d' "être" comme l'affirment les Bourbons d'Espagne ! L'échec récent de notre famille tient peut-être au fait que nous avons simplement pris position, à l'image de mon grand-père, sans que les services rendus au pays soient connus. C'est un élément qui a dû peser dans la réflexion de De Gaulle sur notre avenir... Mes ancêtres ont construit leur légitimité sur leurs faits d'armes, j'aimerais bâtir la mienne en agissant dans les domaines culturels, sociaux et scientifiques !

Pourtant, alors que dans les années 70, avec des gens comme Renouvin, la pensée royaliste semblait redynamisée, aujourd'hui, elle manque singulièrement d'échos...
C'est vrai. Parce que mon grand-père avait les moyens. Il faut avoir les moyens de son action. Et force est de reconnaître qu'on ne les a plus tout à fait... J'essaie de reconstruire cette force. Les trois ans à venir seront à cet égard déterminant... Mais un prince peut avoir son rôle à jouer dans le cadre du système républicain !

Souscrivez vous, alors, à la formule de l'historien Marc Bloch selon lequel " il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération" ?
Tout a fait. On ne peut pas gommer deux cent ans d'histoire. Il faut créer notre propre voie avec ce double héritage monarchique et républicain...

De ce point de vue, vous vous inscrivez dans la lignée de votre père et de votre grand-père...
Oui. Il faut faire la synthèse. C'est un concept d'actualité !

Quelles valeurs vous a transmis le défunt Comte de Paris ?
J'ai vécu dix ans dans son sillage. Chez lui, la liberté de pensée et d'expression était essentielle. Sa capacité d'écoute était extraordinaire, il pesait chacun de ses actes. Enfin, l'intérêt de la France primait à ses yeux. Par extension, il se sentait proche des hommes politiques qui s'identifiaient au pays. A l'image de De Gaulle et de Mitterrand, même si, sur l'action de ce dernier, je suis en désaccord avec lui ! D'ailleurs, il n'aimait pas qu'on lui tienne tête sur un certains nombre de sujets. C'était un homme un peu seul, surtout sur la fin, compliqué... mais pas au sens négatif. J'ai eu avec lui de vrais échanges lors de nos déplacements. Nous parlions de tout, ou presque...

Quels sont, dans l'histoire, vos autres modèles ?
Parmi les rois, ma sensibilité me rapprocherait de Louis-Philippe. J'aime aussi Saint-Louis pour son sens de la justice, Henri IV pour sa proximité avec le peuple. Louis XIV c'est l'apogée, mais aussi le commencement de la fin. S'isoler n'est jamais bon et il faut transmettre le pouvoir quand il est encore temps. Plus récemment, j'admire Jean-Paul II, un précurseur et un meneur qui a su délivrer des signes forts et, dans un autre genre, Ronald Reagan, qui a redonné confiance à une Amérique en proie au doute...

Trouvez vous que la France doute, aujourd'hui ?
Oui, parce qu'on décourage les énergies vives de notre pays. Que ce soit ceux qui veulent avoir des enfants, ceux qui se battent pour créer des entreprises, ceux qui souhaitent embaucher, ceux qui désirent mettre de l'argent de côté pour leur retraite ou ceux qui aimeraient transmettre leur patrimoine... Pour tout vous dire, je pense que les politiques n'ont plus le sens de l'intérêt général !

Souffrez vous de l'image –un peu froide, hautaine- que les médias ont pu donner de vous ?
Par rapport aux médias, ce dont je souffre c'est qu'ils voient souvent le mauvais côté des choses. J'en ai pris mon parti et je continue à avancer. Mais c'est vrai qu'il y a des personnes qui n'aiment pas les Orléans... Nous recevons des courriers d'insultes terribles. Malgré tout, j'essaie de tenir bon, de canaliser mon énergie et de l'orienter à des fins positives...

Lorsque vos activités se relâchent, quels sont vos loisirs ? Vous êtes cinéphile, fan de James Bond paraît-il...
Oui, mais mon frère François est encore plus calé que moi ! Après vous avoir quitté, j'irais voir Casino Royale... Mon Bond préféré est Octopussy. Je me rends au cinéma en moyenne une fois par semaine. J'aime aussi les séries type 24h. La cinquième saison rattrape la quatrième, d'ailleurs. Je suis également un inconditionnel d'Audiard. Flic ou voyou m'enchante. Le dialogue entre Galabru et les chefs mafieux est un régal (il mime une scène) ! Quand j'ai le moral dans les chaussettes, je me repasse ce film ou un bon vieux Rabbi Jacob !...

Le sport participe aussi de votre hygiène de vie ?
Certainement ! Petit j'ai fait du foot. A l'université, du volley-ball et du rugby. J'ai acheté ma première planche à voile en 1978. A Paris je nage en piscine, mais je préfère les sports d'extérieur : golf et chasse.

La lecture ?
Je viens de terminer "la Tragédie du Président" de Giesbert ; là encore, un constat terrible pour nos politiques. Au-delà, ce qui me passionne, ce sont les romans décryptant le fonctionnement des services secrets américains. J'adore Tom Clancy.

Et la musique ?
Mon séjour aux Etats-Unis m'a fait connaître mon groupe préféré : U2. Aussi non, j'aime la musique baroque et le jazz. Je trouve Norah Jones magnifique. Et "les Indes Galantes" de Rameau, au piano, admirable...

Au fond, à 41 ans, que manque t-il à votre épanouissement : fonder une famille ou vous accomplir, en tant que prince, en renouant un jour le fil de la royauté ?
Les deux (rires) ! Mais d'abord, fonder une famille. Cela m'apporterait, si je puis dire, le troisième pied au trépied qui me manque. Et puis, avancer au service de mon pays ; ça, j'y aspire fort !

Propos recueillis par Olivier Rajchman pour Téléstar.fr

Publié dans Pensée politique

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