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De cette autorité royale, ainsi superposée aux libertés civiques sortira nécessairement plus d'aisance privée et plus de force nationale.
Nous allons essayer de dire comment les trois questions les plus épineuses de la politique française, pourront selon toute vraisemblance, être réglées.
Par la liberté d'association et la renaissance des grands corps, compagnies et communautés autonomes, on tendra nécessairement à la suppression du budget des cultes et de celui des universités. Les universités et les cultes doivent suffire à eux mêmes à leurs besoins.
Le catholicisme, religion traditionnelle de la France, recouvrera tous les honneurs auxquels il a droit. Un gouvernement d'illettrés et de furieux pouvait seul les lui marchander et, par exemple, exclure de la Sorbonne Louis XI et de Gerson l'enseignement de la théologie. Ce régime de petitesse sera clos. Mais il est évident que la liberté intellectuelle la plus complète régnera sur le sol français. Loin de troubler l'oeuvre de recherche scientifique et philosophique, il faut que l'État en seconde et en facilite le cours, au moyen de libéralités et de dignités accordées à tous les hommes qui s'y seront distingués. D'ailleurs, sur le ferme terrain de l'organisation et de la direction des sociétés, il ne peut y avoir conflit entre les esprits religieux et les esprits scientifiques. La politique catholique exclut l'idéologie révolutionnaire qui est en horreur chez les positivistes ; quant à la politique positiviste, ses sympathies et ses affinités avec le catholicisme sont évidentes. L'État aura seulement à pratiquer envers lui même le devoir étroit de ne point favoriser ni subventionner, comme l'a fait l'inimitable République présente, des théories qui ont pour fin prochaine ou pour objet immédiat le renversement de l'État : l'anarchie politique et ses théoriciens seront donc surveillés, et s'il existe des confessions religieuses qui tendent à cette anarchie, elles seront soumises à cette surveillance, qui est de droit naturel. Il en serait de même pour les confessions qui tendraient à desservir l'intérêt national au profit de l'Etranger.
Le roi de France constituera, lui seul ayant autorité pour entreprendre une telle réforme[1], une armée de métier, signe vivant de sa force et de notre unité, aussi nombreuse, aussi exercée que possible. Le reste des contingents nationaux serait soumis à six ou huit mois d'exercice, avec appel d'un mois, de deux ans en deux ans. Le principe de la division du travail condamne le système de la nation armée, fondée en théorie sur une grave erreur historique (les volontaires de 1792) et obtenu pratiquement par une détestable contrefaçon du système allemand.
L'usure sera poursuivie. Réprouvant toute philanthropie hypocrite, on défendra le peuple laborieux contre les agitateurs et les démagogues aussi bien que contre les agioteurs. Les abus du capitalisme, étant le prétexte de l'agitation révolutionnaire, seront observés avec vigilance. L'industrie nationale, le travail national seront protégés contre le travail et l'industrie de l'étranger, mais aussi contre les spéculateurs cosmopolites établis au milieu de nous. Un peuple sain et fort élimine de lui même ces parasites. La « bonne politique » lui rétablira ses finances. L'administration, arrachée enfin au contrôle révolutionnaire du Parlement et à la somnolente routine des bureaux, pourra devenir un auxiliaire utile.
Responsables de ces administrations devant la Couronne, les divers ministres sont pressés d'y introduire les réformes souhaitées du public. Une police financière sera constituée sur le type de la police politique, non pour ralentir les transactions, mais pour épargner aux citoyens ces ruines subites dont le pays entier subit le contrecoup. La propriété sera défendue et encouragée sous toutes ses formes, depuis le simple livret de caisse d'épargne, organe élémentaire de la défense personnelle, jusqu'à la propriété territoriale, qui forme la base physique de la patrie.

Quoi qu'on ait prétendu, cet espoir d'une renaissance française n'est point une chimère, car la vitalité du pays, si elle est menacée, ne parait pas très gravement atteinte. Moralement, physiquement et financièrement, nous sommes très riches encore ; mais on gaspille nos richesses et on les administre mal. Celui qui guérira les deux plaies politiques qui nous ont été faites depuis cent ans, panarchisme administratif, anarchisme d'État, l'État sans maître, l'Administration maîtresse de tout, guérira le principe de nos misères. Nous sommes royalistes parce que nous considérons que la royauté est seule capable d'opérer l'une et l'autre médication.
Un parlement, créé par l'élection, dépend aussi de l'élection. Un Parlement ne confère donc à l'État ni l'autorité ni l'indépendance. Mais un chef d'État plébiscité se trouve dans les mêmes conditions qu'un Parlement. Si on le nomme à temps, quelle prime on offre aux plus vastes agitations électorales ! Et quel trouble périodique dans l'État ! Le président des États Unis d'Amérique n'ose, même dans les conjonctures d'une très haute gravité, prendre une seule décision, trancher un débat important, donner un ordre précis, aussitôt qu'approche la date de l'élection présidentielle : le malheureux craint, en effet, en fournissant un avis quelconque, de s'aliéner un groupe quelconque d'électeurs[2]. Si on nomme à vie ce président quelle prime on offre à l'assassinat et, en tout cas, quelles révolutions, quelle agitation, quels transports de fièvre malsaine on prépare pour l'instant de sa succession ! C'est le régime qui perdit la malheureuse Pologne ; car au lieu de réduire et de circonscrire la compétition gouvernementale à une classe, à une caste, à une famille, il l'étend au pays entier !
De plus, ce dictateur n'est responsable que pour un temps, au maximum le temps de sa vie complète. S'il évite les fautes et les imprudences d'un ordre trop direct et trop immédiat, rien ne l'empêche de compromettre, de grever et de sacrifier l'avenir du pays. Tel est le propre de la dictature personnelle. Voilà pourquoi nous demandons le pouvoir souverain non pour un homme, non pour un peuple, mais pour une famille représentante de ce peuple et elle même représentée par un homme.
Nous espérons qu'on ne nous répondra point de sornettes sur le hasard de la naissance. Comme si l'élection n'avait point ses hasards ! Comme si ces derniers hasards n'étaient point pires que les premiers ! On élève un Dauphin en vue du trône ; on ne fait pas l'éducation d'un candidat à la présidence de la République. Jamais d'ailleurs, ni en aucun pays, non point même chez les tribus les plus sauvages, le hasard naturel de l'hérédité n'éleva sur le trône une succession de médiocrités comparables à la série Carnot - Périer - Faure Loubet. Ce quadruple néant fut cependant porté au fauteuil présidentiel par le choix de deux assemblées unies en Congrès solennel.
Le système de l'hérédité monarchique suppose, d'après un sentiment naturel de prévoyance domestique (qui peut manquer une fois mais qui se retrouve neuf fois sur dix), que le chef de l'État ne jouera point facilement l'avenir de sa dynastie et dans tous ses calculs appellera la prudence et la réflexion. Ces vertus vraiment paternelles, propres aux pères et aux chefs de famille, ont précisément distingué la Maison Capétienne dans son oeuvre de constitution de la France. Ses princes se sont appliqués, d'un règne à l'autre, à ne point trop gagner dans une seule entreprise, de crainte de trop perdre ultérieurement comme il est arrivé à des Napoléon. Mais, à la différence de Napoléon 1er et de Napoléon III, qui tous deux laissèrent la France plus petite qu'ils ne l'avaient trouvée, les descendants d'Hugues Capet ont tous transmis leur héritage tel qu'ils l'avaient eu de leurs devanciers ou augmenté de quelque province.
Si donc, en vue de nous éviter les inutiles et périlleuses compétitions électorales, pour prévenir le retour périodique des agitations et enfin pour avoir la paix, si, disons nous, l'on convient de confier le pouvoir à une famille, il est évident que c'est à la plus digne, à la plus ancienne et à la plus illustre des familles françaises que doit revenir cet honneur. Ni la famille Bonaparte, quelque glorieux qu'ait été son rôle historique, ni aucune autre maison française, quelques services qui aient été rendus à la nation, n'offre de garanties comparables à celle de la race des Capétiens. Elle n'a même point d'aînée en Europe, et elle est à nous. Bien mieux que cela, elle est Nous. Son histoire est la nôtre. La figure de notre terre porte partout son nom et son souvenir. Comme Ivan le Grand fut surnommé le Rassembleur de la terre russe, cette dynastie peut être appelée Rassembleuse de la terre française[3]. Sans elle, il n'y aurait point de France. Cela est d'une rigueur absolue.
Les souvenirs de Rome ont fait l'unité italienne. La réalité de la race et de la langue germanique, unie aux traditions de Charlemagne et du Saint Empire, a fait l'unité allemande. L'unité britannique est résultée de la condition insulaire. Mais l'unité française, oeuvre de politique, de la plus souple, de la plus longue et de la plus ferme politique autoritaire, résulte et résulte exclusivement de desseins continués pendant 1 000 ans par la Maison de France. Cette unité, si solide qu'elle semble aujourd'hui spontanée et naturelle, est l'oeuvre unique de nos princes. La nature s'était contentée de rendre cette unité possible, non nécessaire, ni fatale : ces princes l'ont formée et façonnée comme un artisan donne un tour personnel à quelque matière choisie.
Dynastie véritablement terrienne et paysanne, puisqu'elle a arrondi sa terre et composé notre pays, mais dont on ne peut dire au juste si c'est l'audace ou la sagesse qui l'ont mieux caractérisée ! La politique des Hohenzollern, si fatale à la France, mais si avantageuse à tout le peuple allemand, n'est elle même qu'un bon décalque et un plagiat raisonné de la politique des Capétiens.
Bien que partie d'un certain point du pays, cette dynastie populaire et militaire s'est peu à peu étendue jusqu'aux confins de l'ancienne Gaule ; sa tradition s'est amalgamée à toutes les nôtres. Les libertés que nous font fait perdre cent ans de césarisme et d'anarchie sont celles que nos pères conquéraient autrefois sous le règne des Capétiens et que ceux ci reconnaissaient en de solennelles consécrations. La royauté et les libertés sont mortes ensemble. Tout annonce qu'elles devront renaître de concert.
Il est une France idéale, disent dans leur mauvais langage, les rhéteurs, d'origine anglaise, allemande, helvétique, qui président à l'Église républicaine. Nous sommes citoyens d'une France réelle. Par la France, nous entendons une réalité plus chère et plus belle que tout, et non une idée nuageuse. Pulcherrima rerum, comme disait de sa propre patrie le Romain : nous entendons le sol et ses variétés, le sang et ses riches nuances, les traditions, les intérêts, les sentiments. Nous songeons aux maisons, aux autels, aux tombeaux où dorment de saintes dépouilles. Cette France réelle, étant ce qu'elle est et ayant besoin de Monarchie, postule, par définition, ayant été ce qu'elle fut, la Monarchie du chef de la Maison de France. Celui ci, étant ce qu'il est, correspond à ces convenances et à ces nécessités. Le peuple est prêt à le sentir. Puissent les esprits cultivés reconnaître ce rapport naturel d'une grande nation et d'une longue souche de princes, en comprenant enfin la formule de notre avenir national ;
« Ce que nos ancêtres ont fait par coutume et par sentiment, le poursuivre nous mêmes avec l'assurance et la netteté scientifiques, par raison et par volonté ».
[1]Est-il utile de répéter que dans un sujet aussi délicat, la volonté du Dictateur et Roi s'exerce avec plus d'indépendance encore que dans les autres-? Nous n'indiquons que le principe. En République, les intérêts de l'État et ceux de l'armée sont divergents et rivaux. En Monarchie, ils sont alliés et convergent. L'État peut s'y préoccuper
d'avoir une armée plus solide et de meilleure qualité en même temps que d'alléger le fardeau économique et social du militarisme.
[2]Les six lignes depuis « Le Président » sont de Frédéric Amouretti.
[3]Phrase de Frédéric Amouretti.