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POLITIQUE FRANÇAISE
OU
POLITIQUE PERSONNELLE
par Hilaire de Crémiers
Délégué général de La Restauration Nationale
Jacques Chirac sait profiter de toutes les occasions. La dernière semaine d'octobre, il a effectué un voyage en Chine : la France y a fait des affaires, ventes d'airbus, ventes de locomotives pour les trains de fret, des TGV en espérance et des centrales nucléaires -, mais les Chinois savent y faire : d'une part, les technologies françaises seront installées en Chine, usines d'assemblages et de montages, et, d'autre part, la France, dans les instances internationales, ne fera rien, ne pourra rien faire, même pour se défendre, contre l'immense poussée commerciale de la production chinoise à bas coûts. L'invasion n'en continuera que de plus belle. Mais ces conséquences déjà présentes ne sont pas immédiatement visibles. Donc, aux yeux de tous, c'était une bonne aubaine pour la France qui marquait ainsi des points au moment précis où la crise d'Airbus et d'EADS - crise très grave - ternissait l'image de la plus belle industrie européenne où la France, en dépit de tous les arrangements politiques, a, en principe, la plus grande part. C'était bien joué et le président de la République en a profité encore pour donner à ce voyage l'éclat d'un succès diplomatique en chantant les vertus de la « multipolarité » où la France et la Chine prennent tout leur rôle, et pour insister sur l'aspect culturel de cette rencontre, en manifestant l'intérêt qu'on lui connaît pour la très vieille civilisation chinoise. C'était nouer un lien de plus, intercivilisationnel, dont les Etats-Unis ne peuvent pas se targuer. Fort bien. Et ce voyage a en outre été excellemment médiatisé.
Chirac optimiste
A son retour, fin octobre, les nouveaux chiffres du chômage arrivaient à point nommé : le taux officiel est à 8,8 %, passant sous la barre des 9 %. Dans les circonstances actuelles, c'est un triomphe.Tout homme averti sait que les statistiques ne sont des instruments « fiables » qu'à la condition d'en analyser les données et les procédures ; mais peu importe. La petite embellie économique de ces derniers mois permet d'espérer des améliorations sensibles tant sur le plan de l'emploi que sur celui de la consommation des ménages, et donc, en conséquence, sur les recettes fiscales et sociales alors que les comptes de la nation sont grevés, de toutes parts, de dettes dont on se demande comment il sera possible de les résorber : au bas mot, plus de 2000 milliards d'euros.
Jouant de ces apparentes lumières sur un fond plutôt sombre, Jacques Chirac a donné un entretien dans le Figaro, le mardi 31 octobre. Tout est bien calculé. Et le président de la République peut se faire optimiste et rassurant. Il donne l'impression qu'il a repris les choses en main. Il met au compte de son action personnelle et de l'action du gouvernement qui est « son gouvernement », les bonnes nouvelles. Il annonce en 2007 un taux de chômage inférieur à 8 %. Il félicite Villepin, Sarkozy et Borloo nommément. Certes, dit-il, il y a le problème des banlieues mais il n'y a pas à douter que les plans de sécurité de Sarkozy et les plans Borloo de cohésion sociale - 13 milliards d'euros sur cinq ans - vont produire leur fruit : " Les choses avancent ", affirme le chef de l'Etat. Les réformes se feront à leur rythme, y compris celles concernant le statut pénal du chef de l'Etat ! Il faut oser le dire. Mais l'homme n'a jamais manqué d'audace.
Toutes ces paroles de satisfaction pour en arriver au point important de l'entretien : Jacques Chirac se représentera-t-il à la présidence Et voici la réponse superbe d'hypocrisie « Il est de ma responsabilité de président de la République de donner la priorité à l'action. La France ne peut pas se permettre de perdre six mois tous les cinq ans. Je me prononcerai le moment venu, c'est-à-dire au ler trimestre 2007 ». Et de demander aux ministres de faire leur travail jusque là ; et d'affirmer que « l'élection présidentielle, c'est une rencontre entre un homme et un peuple; tel est l'esprit du gaullisme, telle est la logique de l'élection du président au suffrage universel ». Autrement dit, les nominations internes aux partis sont totalement secondaires et voilà Sarkozy balayé. Et ayant suscité lui-même la division, Chirac fait ce que savent si bien faire les politiciens quand ils ont réussi leur coup : appeler à l'unité. "Quant à ce qui est souhaitable, je dirais qu'il faut privilégier l'esprit d'unité et de rassemblement " !
Un régime compromis
Que dire de tout cela ? Eh bien, ce que dit Nicolas Baverez dans son dernier essai Que faire ? Agenda 2007 ! (1) : le régime est malade. Le chef de l'Etat en est lui-même le destructeur. Voilà un homme qui, du temps de sa cohabitation avec François Mitterrand, ne manquait jamais de souligner le caractère parlementaire de la Constitution. C'était, à l'entendre, le Premier ministre qui, étant le chef du gouvernement, définissait et menait la politique de la nation, selon les termes de la Constitution, le président de la République n'étant en charge que des grands arbitrages. Devenu président de la République, le même Chirac , a changé de langage et, aujourd'hui, l'Elysée prend en charge l'ensemble des dossiers politiques depuis la politique étrangère jusqu'à la politique sociale, au Point qu'on peut se demander à quoi servent le Premier ministre et les membres du gouvernement, tous étant doublés par des cellules de conseillers relevant de la présidence.
Par ce dernier entretien au Figaro, Chirac veut montrer qu'il est le chef, et le chef de tous et de tout. Il assume ainsi un régime présidentiel dont tout le monde parle. C'est lui qui fixe même le calendrier et si, de son point de vue, " l'intérêt de la France l'exige ", il se représentera. La politique extérieure, la politique intérieure, la politique même des partis se trouvent ainsi asservies à son bon vouloir. Tout ça pour lui et lui seul : personne n'est dupe. Il n'est pas jusqu'aux événements de banlieue qui sont récupérés dans cette optique. Pas seulement, d'ailleurs, par Chirac mais par tous les hommes de parti.
Et, pendant ce temps, la situation réelle de la France se dégrade. Les risques d'explosion intérieure, les dangers extérieurs deviennent considérables. Il faudrait un chef de l'Etat en situation de juger et de donner de grandes orientations salutaires, un gouvernement qui gouverne vraiment et un pouvoir législatif qui ne soit pas une représentation purement partisane. Or, nous n'avons que de perpétuels candidats qui ne visent qu'à accomplir leur carrière. Comme disait le perroquet dans le conte Jaco et Lori de Jacques Bainville : « Cela finira mal ».
(1) Que faire ? Agenda 2007, Nicolas Baverez, Perrin, 16,50 euros.
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