Etat de siège…éditorial de Politique Magazine (n°46 Novembre 2006)

Publié le par Lux

Etat de siège…

 

Les autorités et les fonctionnaires en charge de l'ordre public redoutent le renouvellement des émeutes de banlieues : le simple anniversaire de celles de novembre 2005 pourrait en donner l'occasion. Les dernières agressions de policiers, de CRS, de fonctionnaires de la Brigade anti-criminalité (BAC) à Corbeil, aux Mureaux, à Epinay suffisent à donner le ton de la lutte : ce sont des guets-apens avec embuscades suivis d'assauts d'une violence extrême en bandes organisées et nombreuses s'acharnant sur des effectifs minimes en position défensive. Il aurait pu y avoir mort d'hommes. Les prochaines fois, qui pourra l'éviter ? Les représentants de l'ordre sont désormais devenus des cibles. Pire : les pompiers aussi !Les rapports des préfets et ceux des Renseignements généraux vont tous dans le même sens : la situation générale en banlieue se dégrade à un rythme accéléré. Les maires, toutes tendances confondues, sont inquiets : ils ont trop le sentiment que leurs efforts n'arrivent pas à enclencher des processus positifs de resocialisation des bandes, des populations, des cités, des zones, voire des territoires dont force est de constater qu'ils n'ont plus de rapports avec la société française : économie parallèle, en grande partie criminelle, lois propres aux milieux considérés sans lien avec aucune juridiction nationale, moeurs totalement étrangères à nos usages historiques.

Comme il n'est plus possible, en l'état actuel des choses, de réinvestir ces territoires, en dépit des milliards d'euros dépensés (presque 4 milliards prévus au budget 2007, sans compter les autres budgets locaux et les para-budgets), c'est l'ensemble des populations englobées dans ces zones ou vivant dans leur périphérie qui, qu'elles le veuillent ou non, se trouvent prises dans ce dispositif de contre-société où le désordre apparent recèle, en réalité, des contraintes terribles dont la première est la loi du silence qui n'est autre que la loi de la peur : il est demandé à tous une complicité passive sinon active ; l'active viendra quand un système d'impôt parallèle, prélevé impunément, sera mis en place, ce qui ne tardera guère.

 

Pour le moment, il n'y a pas de projet politique qui se dégage de ces émeutes, de ces violences, de ces zones dites de non-droit. Ce qui rassure les hommes de gouvernement pour la simple raison qu'ils ne souhaitent pas voir arriver sur leur terrain si bien balisé des concurrences imprévisibles, non identifiées et surtout étrangères au système qu'ils pensent maîtriser et qu'ils ne voudraient pas voir exploser.  Puisqu’ils en vivent.  Tant que leurs cartographies et leurs machineries électorales ne sont pas atteintes, les hommes de partis et de gouvernement, malgré tous les appels de détresse et les mises en garde, jugeront la question secondaire.  Un Rachid Kaci, un Mourad Ghazli - et ce ne sont pas les seuls - ont parfaitement perçu l'hypocrisie profonde de tous les tenants du système.

« La loi de la République sera respectée » : c'est le genre de phrases énergiques et qui ne coûtent rien, par lesquelles il est facile de faire semblant de résoudre un problème que le système, par nature, non seulement ne pourra pas résoudre, mais encore ne fera qu'aggraver. Et ce n'est pas en parlant d'encadrement militaire que le problème sera traité.

En effet, si les violences urbaines se sont multipliées de manière exponentielle (par 10 enIO ans), dépassant les 100 000 actes délictueux dont quelques-uns sont maintenant commis avec armes et même avec armes à feu et tirs réels, il ne faut pas y voir je ne sais quel phénomène sociologique venu de nulle part, dû à une évolution incontrôlée, incontrôlable et donc, en quelque sorte, normale de l'agrégat social. C'est l'art des politiciens et des experts des organismes officiels et du journalisme mondain de faire ce genre de pseudo-analyse. Non, ces violences sont directement liées à l'existence des zones qui échappent concrètement à l'autorité de l'État. Or ces zones ne cessent de s'étendre ; elles constellent le territoire sur le pourtour des mégapoles.

 

Et si la situation continue à se détériorer ? Si le terrorisme islamiste s'en mêle ? Ira-t-on jusqu'à employer l'armée ? Et si la situation internationale s'aggrave et qu'il faille faire face à trop d'engagements, que se passera-t-il ? Et l'État, prisonnier de son système pervers, de sa communication, de journalistes qui vont jusqu'à susciter l'émeute, aura-t-il la force et le courage de soutenir une action de sauvegarde nationale et de revitalisation sociale que les populations, concrètement, attendent ? Action qu'il leur doit par devoir et par charité. Ou bien, selon son penchant, connu, archi-connu, entraîné par le système, ira-t-il Jusqu'à trahir ses soldats, ses défenseurs, ses représentants, jusqu'à trahir, même et surtout, les populations qui lui sont confiées et qui lui font encore confiance, surtout celles qui, dans ces territoires contestés, se sentent et se veulent françaises et qui auront donner des gages de cet attachement.

Les abandons sont tellement dans la logique du système que le pire aujourd'hui devient en effet envisageable. La vérité est qu'en France le problème politique fondamental est celui de l'État. Il est douteux que les prochaines échéances électorales suffisent à le traiter. Ni même que c'en soit le bon moyen. Il n'y a d'espérance que dans la fin du système.

 

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Publié dans Actualité nationale

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