« Dictionnaire du communisme »

Publié le par Lux

Communisme_2

Article de Yvan Blot


Ce livre sort au même moment que le « Livre noir de la Révolution française » et nous retrouvons le rôle majeur de Stéphane Courtois. Cette fois, il a rassemblé vingt auteurs parmi les meilleurs spécialistes du communisme comme Françoise Thom, Marc Lazar, Pierre Rigoulot ou Jacques Rupnik.

C’est un dictionnaire qui commence par le mot « Adhésion » et finit par le mot « Zhou Enlai ». Deux introductions fort intéressantes, qui s’intitulent « Le communisme en questions » et « Temps forts », précèdent le dictionnaire proprement dit.


Le premier texte insiste sur l’unité du phénomène communiste. L’idée communiste de mettre en commun les biens a toujours existé. Le mot date de la Révolution française, curieux hasard ! Au XIXe siècle, il émerge d’une synthèse entre passions, égalitarisme et scientisme. C’est la base de l’utopie révolutionnaire de Marx. Le 7 novembre 1917, Lénine crée le premier gouvernement communiste en Russie. Il invente un régime totalitaire inédit dirigé par une nomenklatura toute-puissante et bardée de privilèges, le discours du régime demeurant égalitariste. Il emprunte la terreur comme moyen de gouvernement permanent à la Révolution française.

Le mot « Totalitarisme » est né en Italie en 1924 mais la théorie du totalitarisme qui englobe les régimes fascistes et communistes date plutôt de 1939 avec le pacte Hitler/Staline. Comme l’écrit Stéphane Courtois, « parti unique, idéologie obligatoire, embrigadement de la jeunesse, projet de créer un homme nouveau, éloge de la force et de la violence, volonté affichée d’expansion, terreur comme moyen de gouvernement, puissances des polices politiques, discriminations de groupes sociaux entiers, système concentrationnaire, crimes, fusillés de masse : autant de similitude qui incitaient à la comparaison ».

Mais la victoire du communisme avec les alliés sur le nazisme va occulter la mémoire des crimes du communisme qui mettront en avant ceux de Hitler pour mieux se disculper. Depuis la chute des pays de l’Est, beaucoup d’archives se sont ouvertes (une partie des russes mais la totalité de celles de l’Allemagne de l’Est, par exemple). On a donc eu « une révolution documentaire » faiblement exploitée, hélas, par les médias occidentaux. C’est ainsi qu’on a découvert la famine en Ukraine, niée par Edouard Herriot lors de son voyage en URSS, ou la Grande Terreur de 1938.

Deux illustrations sur cette « révolution documentaire » montrent tout l’intérêt de cet ouvrage : l’affaire de Katyn et l’histoire de la Grande Terreur stalinienne de 1937-1938.

Au procès de Nuremberg, les Soviétiques imputent aux Allemands les massacres de milliers d’officiers polonais à Katyn. Radio Berlin avait révélé le crime en 1943. Une commission de la Croix-Rouge polonaise liée à la Résistance aboutit à la même conclusion. « Pourtant les Alliés choisissent d’imputer le crime au IIIe Reich. La censure interdit de parler de Katyn autrement que comme d’un crime allemand (…). Dès septembre 1944, les communistes polonais publient à Moscou une brochure, « La Vérité sur Katyn », qui entérine la thèse soviétique. Une campagne mondiale de désinformation commence portée par tous les partis communistes. »

C’est le 13 octobre 1990 que Gorbatchev présente officiellement ses excuses au peuple polonais pour 21.857 officiers fusillés.

La Grande Terreur commence le 30 juillet 1937 et finit le 1er novembre 1938. Elle vise l’extermination de trois sortes d’ennemis du peuple : des ennemis sociaux (koulaks, religieux, « gens du passé »), des minorités ethniques (allemands, polonais, minorités asiatiques) et des cadres du parti accusés de trahison. L’opération est dirigée par Iejov puis Beria. 1.565.000 personnes ont été arrêtées dont 668.000 exécutées. Le but de la Terreur est de renforcer le pouvoir du parti en détruisant tout ce qui reste de la société civile. Avant 1968, avec le livre de Robert Conquest, cette terreur a été ignorée voire niée par les médias occidentaux.

L’ambiguïté occidentale apparaît encore mieux en lisant l’article « Khmers rouges ». Ceux-ci se sont livrés à un génocide sur leur propre population entre 1975 et 1979 ; le bilan serait de 2 millions de morts sur 6 millions d’habitants. Ce sont les Vietnamiens qui brisent le régime des Khmers rouges. Ils sont condamnés à l’ONU. La Chine, les USA et la Thaïlande ravitaillent les troupes de khmers rouges. Une partie des chefs se réfugie aux USA et les autres restent au Cambodge, non inquiétés. En 2004 seulement est créé le tribunal international pour juger une soixantaine de chefs du régime génocidaire.

On l’aura compris : le livre est aussi intéressant pour étudier le communisme que pour voir une complicité fréquente de l’Occident face à ces régimes criminels. Un signe de cela : « Le 26 janvier 2006, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a le plus grand mal à faire voter à une faible majorité un texte très modéré demandant la condamnation morale des crimes des régimes communistes, les groupes politiques communistes mais aussi la gauche socialiste se prononçant contre avec véhémence. »

Sous la direction de Stéphane Courtois, « Dictionnaire du communisme », Larousse 2007, collection A présent, 646 p., 28 €.
 

Publié dans Formation politique

Commenter cet article