Où va la République ? Où va la France ?

Publié le par Lux

 

 

 

 

Les institutions républicaines et les principes sur lesquels elles sont fondées s'écroulent un peu plus chaque jour devant nous. Ce n'est pas nous qui nous en plaindrons! Mais la France, elle, continue à décliner de plus en plus, et cela, c'est grave…

 

L'ambiance pré-électorale est délétère ! A peine l'affaire du Contrat Première Embauche était-elle terminée, que débutait l'affaire Clearstream… Et on a l'impression qu'une nouvelle affaire est déjà en train de mijoter et débordera dès que la précédente sera réglée…

 

Refus de la légalité …

 

L'affaire du CPE était déjà révélatrice d'une nette tendance à un refus de la légalité. Une loi, dûment votée par le parlement, déclarée valide par le Conseil constitutionnel et promulguée par le Président de la République, est purement et simplement envoyée aux oubliettes en raison des manifestations de rue. En cela, le régime montre son vrai visage : il abandonne les oripeaux cérémonieux de la République bourgeoise de 1875 et revient à ses origines, quand la Convention, assemblée prétendument détentrice de la souveraineté nationale, délibérait en fait sous la pression du Comité de Salut Public et de la Section des Piques et sous la  menace de la guillotine, comme les premiers chefs de la révolution en ont fait l'amère expérience…On nous rebat les oreilles avec le prétendu "Etat de droit" dont, paraît-il, notre pays à la chance d'être doté, mais ce légalisme disparaît comme par miracle dès que les manifestations de rue atteignent une certaine ampleur ! On comprend que les étrangers             considèrent cette situation avec un effarement teinté de mépris.

 …et utilisation de la puissance publique

De même, l'affaire Clearstream montre avec quel mépris de la légalité nos élites politiques agissent. Car dans cette affaire, les services de renseignements, c'est-à-dire les moyens de la puissance publique au plus haut niveau, ont, semble-t-il, été mis au service d'intérêts privés. Qu'une telle enquête ait été menée dans le secret, cela se conçoit, mais qu’un homme-clef de ces services ait pu agir sans en informer sur le champ les autorités dont il dépend, c'est-à-dire le  Premier ministre ( à l'époque, Monsieur Raffarin ) et le Ministre de la Défense nationale (Madame Alliot-Marie), et qu'il ait agi sur les instructions d'un ministre dont il ne dépendait pas : Monsieur de Villepin ( à l'époque, seulement  Ministre des Affaires étrangères ), il y a de quoi être stupéfait !

                                          

L'ambition personnelle est à la seule règle

La réalité, tout au moins telle que le monde des médias semble la  pressentir, est qu'il  s'agirait  d'un nouvel épisode du  duel feutré que se livrent depuis plusieurs années maintenant le duo formé du Président de la République et de Dominique de Villepin, d'une part, et de leur ennemi juré Nicolas Sarkozy, d'autre part. Qui a pipé les dés dans cette embrouille , nous ne le saurons sans doute jamais, mais il s’agit toujours de financements politiques et de règlements de comptes personnels. Dès lors, c'est bien la tare de la démocratie à la française, je veux dire l'ambition démesurée des éventuels candidats à l'élection présidentielle et de leurs écuries respectives, qui est la véritable cause de ces dérèglements politiques. Tous les hommes politiques français de quelque importance, voire quelques seconds couteaux, ont les yeux fixés sur cet objectif, et sur lui seul. Pour parvenir au pouvoir suprême, c'est la guerre, il n'y a pas d'autre mot ! Notons que le camp de la prétendue " droite " n'est pas le seul à offrir le spectacle désolant de l'ambition démesurée de ses dirigeants; la gauche n'est pas mieux lotie ! Du côté socialiste, on trouve au moins quatre candidats potentiels à l'élection présidentielle : Messieurs Hollande, Fabius, Strauss-Kahn et Lang, sans parler du "candidat-ectoplasme", je veux dire Monsieur Lionel Jospin. Toutes ces personnes se livrent à des duels à fleuret moucheté, en attendant mieux. Et je te donne une interview avec petites phrases assassines, et je te fais une déclaration devant les militants du Larzac, et je te publie en livre contenant quelques révélations désabusées sur les camarades …le tout, à seule fin  qu'on parle de moi comme candidat à la seule élection qui compte ! Il n'est pas étonnant que, par contraste, Madame Ségolène Royal caracole en tête des sondages : elle est jeune, souriante et sympathique…Elle n'a pas de programme, me direz-vous, mais est-ce que cela a de l'importance aux yeux  de l'opinion publique ? Car, comme le disait un homme politique bien oublié : " Un des bienfaits de la démocratie, c'est qu'elle permet l'accession aux plus hautes fonctions de ceux qui y sont le moins préparés. "

Un régime fondé sur l'argent

La démocratie n'est pas seulement le règne de la médiocrité, elle est aussi le règne de l'argent ! Car le fond de l'affaire Clearstream, c'est la corruption. Elle découle en effet d'une première affaire, déjà pendante devant la justice, la vente des "  frégates de Taïwan ". A la fin des années quatre-vingt dix, la France vend à la République de Taïwan six frégates dotées d'un armement électronique extrêmement performant. Mais des rumeurs commencent à courir assez vite selon lesquelles le pays acheteur aurait payé des " commissions ", d'un montant total de cinq cent millions de dollars, à certains hommes politiques français. Bien entendu, ces montants auraient été versés dans des comptes ouverts dans divers paradis fiscaux.  Selon certains, ce sont ces sommes, ou partie de ces sommes, qui auraient transité par l’organisme compensateur Clear-stream…Vraie ou fausse, authentique ou truquée, c'est cette présomption qui empoisonne cette affaire ! Elle montre, une fois de plus, que dans une République, l'odeur de l'argent n'est jamais loin.  Car les campagnes électorales coûtent cher ! Il faut beaucoup d'argent pour financer les apparitions à la télévision, pour payer les spécialistes en communication, pour donner des "subventions" à certains groupes influents, sans compter le coût des cocktails, des transports, des restaurants et des hôtels, des réunions de camarades et des manifestations diverses…                  

 Et la France dans tout cela ?

Malheureusement, pendant que nos excellences perdent leur temps à  ce "combat des chefs", la situation de notre pays continue à se détériorer. Certes nos grandes entreprises se défendent bien, car elles ont depuis longtemps délocalisé la plus grande partie de leur production. Mais les petites et moyennes entreprises, qui forment la trame fondamentale de notre économie, ont beaucoup plus de mal à subsister, car elles n'ont guère la possibilité de s'expatrier et elles supportent donc de plein fouet les charges aberrantes que leur font supporter le système français. On ne le répètera jamais assez : la France vit, depuis trente ans, au-dessus de ses moyens. Dépenses publiques, sécurité sociale, subventions non-justifiées, aides financières accordées sans travail en contrepartie, privilèges indus des personnels des administrations et des entreprises publiques, tout cela pèse d'un poids trop lourd ! C'est à remédier à ce problème gravissime que les princes qui nous gouvernent devraient consacrer tout leur temps, au lieu d'essayer de devenir " le Calife à la place du Calife "…       

Georges ROUSSEAU

Publié dans Pensée politique

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