Le duel Delanoë – Royal

Publié le par Lux


 

La dispute au sein du P. S.   est en train de se transformer en un véritable duel opposant les deux personnalités socialistes les plus populaires dans les sondages.

 

C’est désormais sur la place publique que se déroule le « combat des chefs ». Ségolène Royal et Bertrand Delanoë, les deux personnalités les plus populaires et les premières à s’être déclarées publiquement, ont commencé leurs manœuvres, et cela va continuer jusqu’au mois de novembre, époque où aura lieu le congrès de Reims. Ce congrès verra l’un ou l’autre, ou pourquoi pas, un troisième, porté à la direction du Parti. Car une première remarque s’impose : De même que Nicolas Sarkozy, dans  sa quête du pouvoir du côté de la droite, s’est d’abord emparé de l’U.M.P., de même les candidats côté socialiste ont compris que la première marche vers le pouvoir consistait à devenir chef du Parti. Pour présenter, avec quelques chances de succès,  sa candidature aux élections présidentielles, tout candidat a impérativement besoin de disposer de troupes, d’une infrastructure et surtout d’argent, et cela passe nécessairement par la conquête du Parti.

 

 

Existe-t-il encore une doctrine socialiste ?

 

En outre, aussi bien Bertrand Delanoë que Ségolène Royal cherche à se distinguer de l’autre – et de tous les autres candidats potentiels – non seulement par sa personne et sa tactique, mais aussi par le contenu doctrinal qu’il entend donner au Parti Socialiste. Car chacun d’eux, comme d’ailleurs  tous les observateurs attentifs, qu’ils soient favorables aux socialistes ou non, savent bien que le flou qui entoure aujourd’hui la « doctrine socialiste », si on peut appeler cela comme ça, ne peut continuer plus longtemps. Le P.S. est-il toujours marxiste ?  Si on croit son vocabulaire, on peut répondre par l’affirmative. Mais si l’on en croit la pratique du pouvoir lorsque les socialistes sont à la tête du gouvernement ou à la tête d’une municipalité ou d’une région, c’est moins sûr. Bref, les camarades ne feront pas l’économie d’une redéfinition des principes sur lesquels se fonde leur parti. Et alors là, le drame commence. Car depuis longtemps, comme le Parti Radical autrefois, le flou artistique qui entoure l’idéologie socialiste leur a permis de promettre aux militants et aux électeurs tout et n’importe quoi. Ils se présentent comme cet animal sortant de l’ordinaire dont parle le bon Jean de la Fontaine:   « Je suis oiseau , voyez mes ailes. Je suis poisson, voyez ma queue » ! Mais, au point où nous en sommes, cela ne peut plus continuer. Il faut choisir. Nos socialistes doivent, soit continuer a prétendre qu’ils sont marxistes et, avec  tous les bémols possibles, maintenir qu’ils souhaitent la victoire de la Révolution prolétarienne. Ou alors, comme il y a cinquante ans les socialistes allemands l’ont fait à Bad-Godesberg, ils doivent décider carrément qu’ils abandonnent le marxisme au profit de la social - démocratie. D’où les contorsions auxquelles commencent à se livrer nos deux « candidats à la candidature ». C’est ainsi que Bertrand Delanoë vient de proclamer qu’il « accepte le libéralisme ». Mais attention, le maire de Paris parle surtout du libéralisme « philosophique », celui de l’individualisme tant prisé par nos « bourgeois branchés ». Toutefois, il a été jusqu’à dire que les socialistes ne doivent  « plus prendre les termes de concurrence ou de  compétition  pour des gros mots » ! Hurlements de Ségolène qui se voit frustrée d’un riche terrain de chasse. Car la définition des principes n’est pas neutre, elle débouche sur le problème crucial des alliances.

 

 

Le problème des alliances

 

En effet, un seul coup d’œil aux chiffres fait apparaître que le Parti Socialiste ne peut, à lui seul, espérer gagner une élection présidentielle ni même une élection législative. Il lui faut des alliés. Mais vers qui se tourner ? S’il penche vers la gauche comme l’avait fait en son temps François Mitterrand, il n’est pas sûr que cela soit suffisant. Car les choses ont beaucoup évolué depuis 1981. D’abord, le Parti Communiste s’est écroulé et n’arrive plus à dépasser 3,5 % des voix au niveau national. L’extrême - gauche fait, comme on dit au théâtre, un « succès d’estime », mais n’atteint pas au total plus de 5 ou 6 % des votes. Reste les verts, mais ce groupe émietté ne fait plus recette : tout le monde est plus ou moins écologiste de nos jours ! Alors, beaucoup de socialistes se demandent s’il ne faudrait pas se tourner de l’autre côté. Par un réflexe très « Quatrième République », ils penchent vers le Centre. Mais ils se trompent de République ! Qu’on le veuille ou non, l’élection présidentielle et les élections législatives au scrutin majoritaire, se font, fondamentalement : « bloc contre bloc », c’est à dire : droite contre gauche. Et d’ailleurs, qu’est-ce que le centre ?  Ou bien c’est un autre nom de la droite, comme l’était l’UDF et avant elle le CNI,  segment qui a pris maintenant le nom de « Nouveau Centre »,  avec lequel les socialistes ne peuvent pas penser à s’allier, sauf peut-être pour des élections locales. Ou c’est le ventre mou, le « marais » d’inspiration plus ou moins démocrate-chrétienne.  On pense alors à François Bayrou, et c’est évidemment vers lui que penche Ségolène Royal, qui, depuis l’ élection présidentielle, sait faire les additions…

 

Le grand écart

 

Cela amène nos deux candidats, et tous les autres postulants qui ne sont pas encore déclarés, à un exercice difficile, auquel seuls excellent les « grands animaux politiques », tels que François Mitterrand : le grand écart ! Et hop, un pied à droite, un pied à gauche ! Mais l’exercice est très difficile, car le dosage doit être subtil : une cuillère à café de droite, une cuillère à soupe de bonne conscience style démocrate-chrétien, une louche de socialisme proudhonien et une pincée, que dis-je, un soupçon, de marxisme ! Car il faut ne faire fuir personne… Le gros bataillon des instituteurs et professeurs de collège, soutien sans faille du P.S., souvent plus ou moins anti-cléricaux,  et les cadres et cols blancs des P.T.T et des administrations centrales, appartenant souvent aux loges, doivent cohabiter avec  des tas de bourgeois branchés et des minets bayroutistes, souvent élevés dans nos bonnes écoles religieuses… Mais après tout, si c’est pour le bien du Parti, et surtout, si c’est pour revenir au pouvoir, qu’on a quitté il y a si longtemps, pourquoi pas ! Il y aura bien , de - ci, de - là, des intellectuels qui feront la moue en se demandant à quoi ressemble idéologiquement cette « contribution », cette « proposition », ou même cette « synthèse », mais qui s’en souciera ? L’essentiel c’est d’obtenir les voix, après on s’arrange, tous les démocrates vous le diront !

 

L’appel de François Hollande

                                       

 

C’est pourquoi l’appel lancé par François Hollande dans Le Monde du 30 mai a peu de chance de réussir à désamorcer le combat des chefs. D’abord,  parce lui-même se verrait bien dans le rôle de « rassembleur », au cas où les deux premiers candidats échoueraient. Ensuite parce que les dix questions qu’à son avis, il est indispensable de régler au terme du débat qui aura lieu  lors du congrès de Reims, sont des questions pratiques et non doctrinales. Autrement dit, lui - même esquive le véritable débat, ce qui, il faut le dire, n’augure pas vraiment bien du résultat de ce congrès.

                                   

                                                                                            

 Georges Rousseau

La lettre de La Restauration Nationale

                         Juin 2008

Publié dans Actualité nationale

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