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par Jacques TREMOLET de VILLERS
dans le Bulletin du Secours de France
Printemps 2008
13 mai 1958, Alger – et toute l’Algérie, chantent leur joie d’être français. Dans les jours qui suivent, les parisiens descendent dans la rue. Concert de Klaxons. Algérie Française … La Quatrième République tire sa révérence. Les petits cercles gaullistes ont bien travaillé. Ce qui était impensable, il y a trois mois seulement, devient une évidence. Il faut appeler De Gaulle au pouvoir.
L’année suivante, 13 mai 1959, nous serons déjà quelques uns. « de très jeunes gens », dit Le Figaro, dont nous faisons quand même la « Une », à manifester, contre De Gaulle, à l’Arc de Triomphe. Dix ans après, 13 mai 1968, c’est la chienlit. De Gaulle s’envole vers l’Allemagne s’assurer de la fidélité du Général Massu. Pompidou prend les rênes. L’année suivante, la France vote Non à De Gaulle qui s’en va, définitivement.
Aujourd’hui, cinquante ans après, la question algérienne n’est toujours pas réglée, ni en Algérie, ni en France. Entre-temps, l’armée a été brisée, les espérances trompées, les promesses données reniées, les harkis assassinés.
Il ne faut jamais mentir, en politique. Machiavel prétend le contraire, mais Machiavel n’a jamais gouverné ni Etat, ni Cité. Il fait de la littérature sur les Princes, mais ce sont les Princes qui agissent. Que les chefs d’Etat aient un devoir de réserve,de silence, voire, comme on le disait de nos rois, de dissimulation de leurs sentiments, pourquoi le nier ? Une telle pratique est consubstantielle à l’exercice du pouvoir. Mais quand ils parlent aux populations, qu’ils s’engagent vis-à-vis des hommes dont le métier est de risquer leur vie pour accomplir leur mission, il leur est interdit de donner l’exemple du mensonge.
Un mensonge de Chef d’Etat peut briser l’avenir de deux peuples, mettre en péril l’équilibre du monde. Que l’on songe à ce que seraient aujourd’hui, l’Algérie, le Maghreb, le Moyen-Orient, la France et l’Europe, si De Gaulle avait réalisé ce pourquoi, il avait été rappelé : une France qui enjambe la Méditerranée, première nation de l’Europe, en hommes et en richesses, première nation d’Afrique du Nord. Pour l’Eglise, un champ si immense d’évangélisation que le nombrilisme dépressif de l’après-concile en deviendrait inimaginable. Une armée, la première du monde à avoir vaincu le terrorisme ; une jeunesse dotée d’un territoire magnifique, magique et poétique. L’aventure humaine, économique et politique, religieuse et culturelle, à portée de la main. L’Islam, incapable de se replier sur lui-même, obligé qu’il aurait été à une confrontation permanente et à une cohabitation quotidienne avec l’Eglise et la laïcité. Une élite nouvelle, venue du meilleur de la terre africaine …
La France retrouvant sa mission historique en Afrique et au Moyen-Orient, avec tout ce que cela comporte de possibilités de paix, ou de ralentissement des conflits entre Israël et la Palestine, le Liban et la Syrie…
Dix huit ans après la plus grande défaite de son histoire, en 1958, la France voulait vivre, grandir, se retrouver dans le meilleur d’elle-même. Les meilleurs de ses fils découvraient, en Algérie, le bien le plus précieux au coeur des Français : la gloire. Que ce demi-siècle d’errance en dehors de nous-mêmes nous soit une leçon précieuse et définitive : 13 mai 1958, 13 mai 1968, ces deux dates nous confirment que pour la France, entre la gloire et la chienlit, il n’y a pas de milieu.