EUTHANASIE

Publié le par Lux

EUTHANASIE

 

Le refus du mystère

par Jacques Trémolet de Villers

 

 

 

LE BATTAGE médiatique, orchestré autour de la souffrance et de la mort de Chantal Sébire, outre son caractère obscène, a posé deux questions fondamentales. La première concerne le rôle de la loi, et celui du médecin. La seconde, plus grave, à mon sens, révèle un très inquiétant état des moeurs.

 

  A quoi tendait la requête présentée au tribunal par l’avocat de Chantal Sébire ? A obtenir de ce tribunal un refus dont il serait tiré parti pour demander, à cor et à cri, un changement de la loi. Le Bâtonnier de Paris s’es fendu d’un article pour rappeler que tel était le rôle des avocats pour faire « tomber les murs qui emprisonnent les âmes ».

 

L’image était déplacée. Les seuls murs qui tiennent notre âme dans la prison temporelle sont ceux de notre corps. L’avocat doit-il se transformer en auxiliaire du bourreau pour que la mort, donnée avec son aide, libère notre esprit de son corps douloureux ? Où allons nous?    Nous allons à l’absurde. C’est logique puisque nous refusons le mystère.

 

La loi, aujourd’hui, interdit au médecin de faire le geste qui tue. Le médecin est un être redoutable. Il dispose de connaissances qui lui donnent, sur le patient qui s’abandonne à lui, un vrai pouvoir de vie et de mort. Celui qui soulage la douleur, soigne le corps et, parfois, parvient à le guérir, peut être, plus facilement encore, celui qui tue. C’est pour protéger le patient d’un excès de pouvoir de son médecin et protéger le médecin contre lui-même que les écoles de médecine,   ou les Etats, ont, depuis toujours, réglementé cet art supérieur et terrible. Le serment d’Hippocrate n’a pas d’autre sens. Il est la marque certaine d’un haut degré de rationalité, c’est-à-dire de civilisation.

 

  Par principe, cette déontologie du respect de la vie par celui qui, pouvant la sauver, peut aussi, par les mêmes moyens, la détruire, ne souffre pas d’exception. Même dans les législations comportant l’usage de la peine de mort, l’administration de cette peine n’a jamais été confiée à des médecins. Je sais bien que c’est le docteur Guillotin qui inventa la guillotine – afin de faire moins souffrir les condamnés –mais ce n’est pas lui,  ni ses confrères, qui ont manié le couperet.

 

  Il y a une hostilité radicale et de principe, absolument intolérante de la moindre exception, entre le médecin et la mort. Par nature, par vocation et par essence, le médecin est l’ennemi de la mort.   La requête de Chantal Sébire tendait à mettre entre son médecin et elle, le juge qui dirait au médecin « tue !». Ce texte, s’il était voté, ne consisterait pas à dire au médecin « tu peux tuer, dans telles circonstances …. »  mais, « si cela t’est demandé, dans les formes que nous avons prévues par le texte, tu dois tuer ». Ici, il n’y a pas de milieu. La faculté devient une obligation, la permission devient un droit, et ce droit, pour être opposable, exige une sanction. Un droit qui n’a pas de sanction n’est pas un droit. C’est un voeu, un souhait, une parole verbale – flatus vocis. La sanction du droit du malade à mourir selon ses volontés avec l’assistance active de son médecin est l’obligation pour ce médecin d’obéir à son malade, c’est-à-dire, en l’espèce, de lui donner la mort.

 

Pour exercer, contre la vocation, l’honneur et la liberté du médecin, une telle contrainte, il faut évidemment un texte qui ait l’apparence et les moyens de coercition de la loi. 

 

Mais un tel texte, même voté à l’unanimité, ne sera jamais une loi. La loi, comme le droit, comme la médecine, comme tous les arts humains, est pour la vie. Le modèle insurpassable de la loi, le Décalogue, est un recueil de prescriptions positives et d’interdictions qui sont, toutes, pour la vie. La société est faite pour la vie. « Une loi injuste n’est pas une loi », dit saint Thomas d’Aquin, à la suite d’Aristote. Il est recommandé au citoyen, au sujet, et à ce meilleur des sujets et des citoyens qu’est le chrétien, de souffrir même les ordres absurdes, et les lois imparfaites. Mais il est prescrit au chrétien d’obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes, et, aux autres, de se souvenir qu’Antigone a proclamé pour les siècles des siècles, face au tyran « paré des oripeaux du droit », l’autorité supérieure « des ordres éternels qui ne sont pas écrits ». Ce texte prétendu loi aurait contre lui la nature et la surnature, la raison et la foi, le droit et la grâce, Aristote et saint Thomas, Antigone et Hippocrate, l’Eglise et tous les hommes qui ont gardé le sens de l’honneur.

 

 

J’ai lâché ce dernier mot, l’honneur, qui me semble la réalité la plus méprisée dans cette affaire. L’honneur, ou le respect qu’appellent, chez tous les êtres civilisés, la souffrance et la mort.

 

Je ne parle pas ici, seulement, des chrétiens. Je parle de ce sentiment, à la fois haut et naturel, qu’Anna de Noailles, la païenne qui avait tant aimé la nature et l’amour, la joie, la gloire et le plaisir, appelait « l’honneur de souffrir ».

 

Le plus horrible dans l’histoire de la malheureuse Chantal Sébire est de constater qu’il ne s’est trouvé personne, ni dans son entourage immédiat, ni dans un cercle plus large, pour venir lui dire : « Vous souffrez atrocement. Je vais porter avec vous cette souffrance, non par pitié, miséricorde ou condescendance, mais parce que votre épreuve est un honneur dont je vous demande la grâce d’être le témoin. » On achève un animal qui souffre.   C’est une charité.Mais on honore un être humain dans la douleur, parce qu’on sait qu’il est entré dans ce qui est le vrai combat de l’homme. Son dernier combat, celui qui précède la mort et la victoire, et que nous appelons précisément l’agonie, c’est-à-dire Le Combat.  « Tout homme est une histoire sacrée », et c’est au moment où le mal l’écrase si douloureusement qu’il en vient à douter de tout et particulièrement de cette vérité, qui est son honneur, que la présence d’un semblable, d’un ami, d’un frère peut soulager cette douleur dans la douleur et, sans diminuer le tourment physique, apporter, au coeur même de ce tourment, la paix de l’âme.

 

Le prêtre a ces paroles, mais aussi le fils, la fille, le cousin, le voisin, l’avocat, le médecin.  Je n’ai rien vu de cette présence humaine auprès de cette femme abandonnée.  Seuls les exploiteurs professionnels de la misère ont bavé sur les ondes et répandu leur encre sur le papier-journal. Pour l’honneur des avocats et des journalistes, je lui adresse ici post-mortem, cette plainte en forme de regret, accompagnée de cette certitude : un être qui a souffert de telles persécutions, bien pires encore dans la douleur morale qu’elles infligent que dans ses tourments physiques, a droit à toute notre compassion.  Je lui adresse aussi cette réparation : contre ceux qui, sans aucun égard pour sa souffrance et son honneur, sans respect pour elle et pour sa mort, en ont fait l’instrument de leur guerre pour leur idéologie de chacals, de tout notre honneur d’homme et de chrétien, sans que jamais rien ne puisse nous arrêter, ni nous ni, après nous, ceux qui auront reçu la même nature et la même grâce, nous témoignerons, nous lutterons, nous combattrons… et Dieu donnera sa Victoire.

 

Quotidien Présent

du 31 mars 2008

Publié dans Actualité nationale

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manon 26/05/2008 10:04

a bas l'euthanasie et par dessus tout,........................VIVE LA VIE et le roy