A propos de l’ouverture par P.Courcoural

Publié le par Lux

   

 

L’ouverture qui devrait être la manifestation d’une recherche des compétences au nom du bien commun apparaît comme une manœuvre de séduction politicienne. Sa première rentabilité a été de rassurer une partie de ses adversaires. Un président qui procède à des nominations si surprenantes eu égard ses options politiques et son camp d’origine ne peut être l’intolérant que certains s’étaient appliqué à dénoncer, se dit-on. Il n’est pas si « droitier » que cela, commentent des électeurs de Ségolène Royal et de François Bayrou qui approuvent la nouvelle pratique. « Une ouverture qui plaît » titrent les journaux. Elle fait voler en éclats les présomptions de grand danger orchestrées par les adversaires du candidat Sarkosy, habiles en manipulations alarmistes.

 

            Chantal Delsol vient d’écrire justement : « La France est restée un pays monarchiste, en ce sens que seul le roi, situé au-dessus de la mêlée, peut connaître le bien commun. On a dit, non sans raison que le président de la République était bonapartiste, le bonapartiste étant une monarchie de parvenus. » (Valeurs actuelles du 27 juillet 2007) La première phrase explique le succès de l’ouverture auprès de l’opinion publique : l’aspiration à un pouvoir efficace et au-dessus des luttes partisanes (la royauté). La seconde marque toute l’incohérence d’un système politique basé sur les pratiques les plus diviseuses et qui rêve de consensus (le monocrate plébiscité).

 

            Si un roi peut, du fait d’un pouvoir assez indépendant pour cela, n’avoir d’autres critères au choix de ses ministres que la compétence des personnes sollicitées, un monocrate élu ne peut procéder de même sans risques ni incohérences. Car le jeu des partis qui est le fondement des pratiques politiques actuelles, le rattrapera toujours. Les grincements de dents que l’ouverture a provoqué dans son propre camp en témoignent. « N’y a-t-il pas incohérence, interroge Chantal Delsol, à se faire élire sur des convictions pour ensuite s’entourer de responsables affichant des convictions contraires ? » C’est en homme de parti que le nouveau président est venu s’expliquer devant les cadres de l’UMP le 18 juillet. Il faut lire cet aveu de manoeuvre politicienne : « Je prends les meilleurs et les plus populaires au PS, qui s’effrite. Les socialistes sont là dans les fonds de cale, à colmater les brèches, pendant que moi, là-haut, avec François (Fillon), nous hissons la grande voile. » L’ouverture relève bien de la manœuvre partisane plus que de l’intérêt commun.

 

            Peut-on faire autrement ? On peut toujours faire autrement. Par exemple imaginer un homme d’Etat qui dirait : « Tout ce qui est national est nôtre, et c’est sans crainte et sans arrière-pensée que je m’adresse à tous les vrais Français, n’ayant rien à redouter d’aucuns concours de quelques points de l’horizon politique qu’ils puissent me venir. Je fais appel à tous ceux qui se rencontrent dans le même amour de la France (…) » Mais qui peut dire cela ? Celui qui l’a dit ! Philippe VIII, duc d’Orléans, au tout début du XXe siècle. Propos que peuvent reprendre à leur compte, aujourd’hui, nos princes français. « Tout ce qui est national est nôtre » Telle est la devise du plus sûr programme politique et la garantie de la meilleure ouverture qui soit ?

Publié dans Pensée politique

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