Terminer l'Histoire

Publié le par Lux

Le président de la République avait le choix entre deux conceptions de la diplomatie à mettre en œuvre : une conception républicaine et une autre dans la grande tradition de la France de toujours. La première est incarnée par Bernard Kouchener, l'autre par Hubert Védrine.

Le président a choisi! Ce sera Bernard Kouchener! C'est le choix de la philosophie géopolitique héritière de la République, ayant eu comme représentant Danton et Clemenceau, deux va-t-en guerre voulant répandre par la guerre, les droits de l’homme. Cette politique a plus détruit que construit, hélas, par son droit d’ingérence, c'est-à-dire faire la guerre à toutes les dictatures.

L’autre conception est l’héritière de la diplomatie française, réaliste qui a su construire une paix durable : Richelieu, Mazarin, Talleyrand et même Delcassé. Hubert Védrine était dans cette tradition à la quelle nous nous revendiquons.

La nouvelle donne diplomatique

En janvier, Hubert Védrine avait publié "Continuer l’histoire", dans la collection Fayard exposant sa conception de la diplomatie, mondiale, européenne est française.-        

La première partie s’intitule « occidental vertigo ». Il brosse un tableau des relations internationales depuis 1989. Deux visions du monde s’affrontent, l’une croyant à la « fin de l’histoire » où la démocratie libérale se répandra naturellement dans le monde (thèse de Francis Fukuyama). L’autre véhiculée par Samuel Huntington voyant se profiler un choc de civilisation. Les occidentaux, optimistes, ont plutôt partagé la première option. La realpolitik était abandonnée, car jugée trop cynique pour se concentrer sur la propagation béate des droits de l’homme. La déclaration du 8 septembre 2000 décrit les aspirations universelles de liberté, égalité et de tolérance. Certes, Bush père, et Clinton, ont épousé ce concept, mais avec réalisme, contrairement à Bush-junior qui a fait de la démocratisation du monde, après le 11 septembre, l’axe de sa politique internationale, reprenant la vision messianique des USA. Bush compte démocratiser le monde par les armes, contrairement aux européens, qui ont le même objectif mais par la voie pacifique. Mais le sud y voit un néo-colonialisme.

Hubert Védrine note que la démocratie ne s’impose pas naturellement partout. Elle est un phénomène complexe et compatible dans des sociétés homogènes (japon 1945) et non hétérogène (Irak 2003) et marche rarement  quand elle est imposée par la force.

« Les peuples n’aiment pas les missionnaires armés » Robespierre.

En outre, il constate qu’il est difficile d’avoir une diplomatie cohérence dans une démocratie médiatisée, avec une opinion publique plus ou moins manipulée. Déjà, Guizot fit la remarque au XIXème siècle :  « C’est l’un des inconvénients du gouvernement parlementaire, que les évènements et les questions, au moment, où elles apparaissent et tombent dans le domaine de la discussion, grandissent démesurément et prennent aux yeux du public, une importance de toute proportion avec la vérité des choses et les intérêts du pays ». Il remarque que l’émergence économique comme la Chine et l’Inde rend plus difficile d’imposer les valeurs occidentales.

La deuxième partie exprime la construction d’un monde meilleur. Hubert Védrine reconnaît que le capitalisme est le seul système économique qui a sorti le monde de la pénurie. Mais, il   s’en prend au capitalisme financier, bien loin du capitalisme rhénan. La croissance du commerce est plus forte que celle de la production, incitant à une spéculation. Ainsi, il juge l’analyse des altermondialistes pertinents mais qui ne proposent rien de concret. A juste titre, il met en lumière le paradoxe des « altermondialistes » libertaire prônant un Etat-mondial, qui aura le monopole de violence, il serait donc totalitaire « sur quelle lune se réfugieront les opposants » demande-t-il, avec ironie.

En outre, pour lui, la théorie multilatéraliste est préconisée par des modérés, voulant contrôler la mondialisation, en lâchant un peu de la souveraineté, mais l’abandon du rôle de l’Etat qui accroît la mondialisation. Autre paradoxe ! Les européistes ne sont pas épargnés. Ils souhaitent n’avoir qu’un membre permanent à l’ONU, geste purement symbolique, voir idéologique, mais dénué de sens politique, puisque nous perdrons des voix, donc de l’influence.

La défense de l'Etat-Nation

Hubert Védrine a le mérite de ne pas se cantonner aux critiques mais de formuler des propositions concrètes et réalistes. Il propose d’élargir le conseil de sécurité à des pays émergents, d’autres continents, par soucis d’équilibre. D’autres réformes de cette institution sont évoquées sans le faire évoluer vers un Etat-mondial.

Les flux migratoires seront des grands défit pour demain. Dans sa modération et son bon sens, Hubert Védrine est constant. Il suggère aux pays en voie de développement, non une aide financière, qui ont montré leurs inutilités, mais des réformes structurelles basées sur l’Etat-Nation, un minimum de sécurité et de solidarité nationale.

Selon lui, un monde avec des Etats-Nation est nécessaire pour éviter un choc de civilisation comme au Moyen-Orient. Dans la cité de Dieu, Saint-Augustin ne dit pas mieux :

"A eux donc de voir s’il convient à des gens de bien de se réjouir de l’étendue de l’empire. Car c’est l’injustice des ennemis contre lesquels on a mené des justes guerres qui a aidé l’empire de s’accroître : à coup sûr, il serait resté de peu d’étendue, si des voisins justes et paisibles n’avaient attiré la guerre sur eux par aucune offense. Ainsi pour le bonheur de l’humanité, il n’y aurait eu que de petits royaumes, heureux de vivre en plein accord avec leurs voisins ; et par la suite, l’Univers aurait compté de nombreux Etats, comme la cité de nombreuses familles. (...) Au reste, vivre en plein accord avec un bon voisin est sans nul doute une félicité plus grande que de subjuguer par la guerre un voisin méchant. » (IV, XV)

Cette défense de l’Etat-Nation est révolutionnaire dans la pensée unique !

Le rôle de l'Europe

La Troisième partie est consacrée à l’Europe. Selon lui, elle souffre d’une absence de définition. Il ne peut avoir de relance du projet européen sans identité européenne. Les critères formulés de Copenhague ne suffisent pas puisque le Sénégal, le Japon, l’Inde et le Brésil sont des démocraties libérales, mais pas européen. Les Européens devraient dés maintenant définir une liste définitive des futurs pays membres, au nombre de moins de dix. Ce qui exclu la Turquie.

Hubert Védrine expose sa conception géopolitique européenne, basée sur trois cercles : les pays de la zone euro, les autres pays européens, puis comme le dit Romano Prodi « anneaux des pays amis » dont la Turquie.

L’Europe doit aussi définir le rôle des Etats-Nations, entité naturelle à la démocratie :

« En effet. La nation est le socle de la démocratie moderne. Nous en avons un contre-exemple parfait en Irak. L’intervention américaine a été désastreuse car les Américains ont cru pouvoir apporter la démocratie à une entité qui n’était pas nationale. En soulevant le couvercle de la tyrannie, ils n’ont pas ­libéré l’aspiration d’un peuple à l’autonomie politique, mais ils ont déchaîné les forces infernales de la guerre civile religieuse. » Alain Finkielkraut.

 Quelle serait l’utilité d’élire un président de la République si celui-ci n’a plus aucun pouvoir ? Il prône une construction à géométrie variable, par des relances des projets européens : recherche, industrie…

Il déplore un manque de volonté de l’Europe, de construire une puissance européenne, par esprit de pacifisme, ou droits de l’hommiste… Pourtant, un utile au multilatéralisme Elle doit définir sa place dans le monde.

Enfin, il garde le meilleur pour la fin : la France.

 

Le paradoxe français

Il voit un paradoxe de la vision de la France sur la mondialisation. Alors que la mondialisation fait avancer des concepts issus de 1789, comme la liberté, et la démocratie, la France a peur d’elle.

 Dans ce monde, la France a des atouts, de par sa géographie mondiale, son histoire, sa culture, des secteurs économiques innovants. Elle reste une puissance influente. Certes, elle a des difficultés, son modèle social doit s’adopter, sans perdre l’essentiel. Une dette surélevée, handicapant les générations futures, et une paupérisation de la classe moyenne.

Il s’en prend aux repentances pour satisfaire des lobbies aux lois déterminant une vérité historique. Certes, la France doit regarder honnêtement son histoire, non pour se flageoler mais pour tirer les leçons du passé pour construire l’avenir. Nous reconnaissons là, l’empirisme organisateur cher à Maurras : la mise à profit des bonheur du passé en vue de l’avenir que tout esprit bien né souhaite à son pays »

La diplomatie française doit conjurer sur différents tableaux : tradition classique ou réaliste, atlantiste, européiste, droit de l’hommiste et multilatéralisme, tous ces courants diplomatiques peuvent servir pour l’intérêt de la France, objectif final de toute politique étrangère d’un pays.

 

Hubert Védrine s’inscrit dans la tradition française en prônant une géopolitique basé sur le réalisme, l’équilibre des puissances et non sur une idéologie. La France doit être un arbitre dans le monde et les autres nations l’attendent ainsi. En cas de retour du roi, celui-ci devrait prendre Huber Védrine comme ministre des affaires étrangères.

                                                                                                                Gaston Bacci

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