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LA “NOUVELLE REVUE UNIVERSELLE”   

La nouvelle REVUE UNIVERSELLE (Jacques Bainville, fondateur) parait de nouveau. Politique, Histoire, Economie, Diplomatie, Lettres, Beaux-Arts, Poésie, Danse Théartrs, Cinéma.. tous est analysé par des grandes plumes.

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Samedi 7 janvier 2006

La république fut, jadis, l'objet d'une religion. Mais sa défense n'est plus assurée aujourd'hui que par les gens qui ont intérêt au malheur public.

 

 

 

 

 

On peut définir la vraie République, la République de fait, par la domination des intérêts, des passions, volontés des partis sur l'intérêt majeur du peuple français.

 

 

 

 

 

Elle est permanente impossibilité de réformes et conspiration permanente contre le salut public.

 

 

 

***

 

 

 

Il y a des animaux très inférieurs dont toutes les cellules sont propres à tous les emplois : nutrition, sensibilité ou mouvement. Ces animaux n'ont que de petits mouvements, des sensations vagues, une nutrition élémentaire.

 

 

 

 

 

Chaque élément fait mal tant de métiers divers : c'est le cas de notre constitution républicaine. Elle est amorphe, elle ne comporte ni différences cellulaires, ni division et répartition des fonctions, ni des organes distincts.

 

 

 

 

 

Représentation, gouvernement, législation, administration, tout y est confondu.

 

 

 

***

 

 

 

Il existe en France, comme partout, une masse d'hommes occupée de son pain ou de son plaisir quotidiens et qui ne sera jamais attentive à l'intérêt commun le plus général et le plus profond.

 

 

 

 

 

C'est pour elle que le régime républicain est cruel : car un tel régime la suppose capable de pourvoir spontanément à son propre salut et, comme cela n'est pas vrai, ce régime, si actif quand il ne s'agit que de sa défense, est sans action pour la défense du pays qui demeure découvert et démantelé.

 

 

 

***

 

 

 

Le pays sera-t-il capable de sentir quelque jour, unanimement, cette fatale infériorité politique, sociale et militaire de la démocratie  ?;

 

 

 

 

 

Ou, sans souci des sentiments qu'éprouve le pays, devra-t-on commencer par le débarrasser de la démocratie et lui rendre, de force, les conditions de la santé, de la puissance et du bonheur  ?;

 

 

 

***

 

 

 

Si la République réclame beaucoup de vertu de la part des républicains, cela tient justement à ce qu'elle est un gouvernement faible et grossier, que ses vertus intrinsèques sont médiocres, et que sa pauvreté naturelle a besoin d'être compensée par la bonté des individus, à condition pourtant qu'ils soient déjà eux-mêmes bons, et aussi que cette bonté puisse se déployer utilement, ce qui n'a pas lieu dans certaines Républiques où toute bonté d'ordre catholique est proscrite nominativement.

 

 

 

 

 

***

 

 

 

 

 

La République est une grosse mangeuse d'hommes. Elle les croque à moitié ou au quart, puis les rejette : ils vont refaire, dans le silence ou l'opposition, les membres ou les organes ainsi grignotés : après quoi, le Léthé dûment bu par les assemblées ou le peuple, ils reparaissent plus ou moins rafraîchis pour faire de nouveaux dégâts.

 

 

 

 

 

Les responsabilités sont tellement fractionnées en régime républicain  !

 

 

 

 

 

L'homme politique flétri, plonge, disparaît, et quelques saisons lui suffisent pour nous le rendre orné d'une amnistie quelconque, ou simplement lavé par l'amnésie publique, dans l'apparat de l'innocence ou de l'insolence : il est couronné de nouveau  !

 

 

 

***

 

 

 

La vie d'un grand pays comme la France suppose, à chaque instant, une infinité de décisions, de choix, d'initiatives rapides et continues, qui, en République, sont impossibles : c'est un type de gouvernement purement critique.

 

 

 

 

 

En temps normal, la routine administrative y est reine des bureaux. A d'autres moments, les réformes précipitées et incoordonnées prennent un caractère révolutionnaire et les mettent tous en question.

 

 

 

 

 

Dans ce gouvernement impersonnel, où l'on convie le peuple à se défier des individus, les questions de personnes, les succès de personnes tiennent une place démesurée.

 

 

 

 

 

Dans les cas les plus favorables, quand on a affaire à des natures nobles et à des sentiments supérieurs, le grand aiguillon politique reste trop la seule gloire, ou plutôt gloriole : le goût du succès obtenu par un homme aux applaudissements des hommes d'un temps.

 

 

 

 

 

La remarque a été faite pour Napoléon, pour Thiers, pour les plus fameux conducteurs des républiques de l'antiquité et du moyen âge.

 

 

 

 

 

Il y a des paysages, il y a des domaines que s'interdisent les regards du républicain.

 

 

 

 

 

Vouloir guérir la dépopulation par un simple système d'aumônes aux familles nombreuses est naturel à un esprit qui ne veut ni ne peut céder sur les lois successorales, ni sur les lois laïques qui sont mères et filles de la démocratie.

 

 

 

 

 

Parler de notre «  magnifique domaine colonial  », sans parler de la reconstitution urgente de la marine, faute de laquelle nos colonies deviendront un fardeau et un péril, c'est aussi très républicain : la marine militaire est chose royale, dit l'histoire de la patrie. Un républicain expérimenté ne peut pas en douter, il aime mieux s'en taire en ébauchant un acte de résignation au destin.

 

 

 

 

 

Le fin mot de notre politique allemande ne tient-il pas aux mêmes scrupules constitutionnels qui défendent longs espoirs et vastes desseins  ?;

 

 

 

***

 

 

 

Au fond, en secret, dans l'intimité et la liberté parfaite du for intérieur, la République est un objet de tacite scandale pour tout patriote.

 

 

 

 

 

S'il peut se croire républicain, cependant en fait, il aime mieux voir la force française s'unir et se multiplier contre les forces étrangères que se diviser et s'épuiser elle-même dans les conflits intérieurs.

 

 

 

 

 

Quand il ne s'avoue point les muets sentiments de sa révolte généreuse au spectacle du déchirement chronique et systématique de la cité, chaque fait de guerre intestine éveille en lui une horreur certaine : ce qu'il évite de réprouver en gros, il le fait, le blâme et le repousse en détail.

 

 

 

 

 

Son républicanisme est un système auquel il peut croire, mais qu'il ne peut pas voir pratiquer sans chagrin. Il assigne aux malheureuses conséquences de la République les causes les plus diverses : tantôt les hommes méchants (dont le Droit républicain lui enseigne à révéler l'égale valeur) tantôt des partis enragés (dont le même Droit valide les conflits et prescrit le gouvernement).

 

 

 

 

 

Si bien qu'il est républicain sans consentir aux effets naturels de la République ni à ses conditions.

 

 

 

 

 

Mais il est patriote de la même manière : il veut relever sa patrie sans vouloir le moyen de son relèvement, il veut garder la République sans en admettre ni les fruits ni la fleur.

 

 

 

***

 

 

 

Ne pouvant parvenir à rendre les résultats de la République conformes aux lois de la raison, ni aux conseils de la prévoyance, on essaie d'altérer le texte de ces lois inécrites afin de nous fermer les yeux sur des résultats désolants.

 

 

 

 

 

Les phénomènes de triste insouciance et de honteuse impéritie, dont il est impossible de contester l'éclat, on s'efforce de leur conférer la reconnaissance de droit : ils sont normaux, puisque la norme est le régime  !

 

 

 

 

 

L'esprit du régime rejoint et égale ainsi la stupidité de son être matériel; dès que les choses lui font une menace trop claire, il prie les choses de lui apparaître couleur de nuit, c'est l'affaire d'un coup de lancette sur la rétine.

 

 

 

 

 

Un aveuglément théorique et volontaire confirme alors l'aveuglement pratique : les citoyens distraits ont raison de l'être, leur distraction et leur légèreté sont morales et politiques. Très sages de ne pas s'instruire. Plus sages encore de s'y refuser.

 

 

 

 

 

Comprenons la nécessité naturelle de cette philosophie, il n'en est pas d'autre permise en gouvernement d'opinion; comprenons aussi quelle décadence elle dénote et multiplie, surtout quels dangers elle annonce. Au bas mot, en termes concrets, elle doit nous représenter cinq cent mille jeunes Français couchés, froids et sanglotants sur leur terre mal défendue.

 

 

 

 

 

( Ces lignes de Charles Maurras sont de 1913 )

par Lux publié dans : textes de Charles Maurras
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Lundi 2 janvier 2006

Il n'y a point de vexations soit légales, soit illégales, que l'Administration française ne se trouve permises contre le contribuable et l'administré. Il n'est point d'insolences que n'osent les bureaux contre les citoyens. Un César anonyme et impersonnel, tout puissant, mais irresponsable et inconscient, s'applique à molester le Français depuis le berceau. Soit qu'il vive seul, soit qu'il veuille s'associer, le citoyen français est assuré de rencontrer à tous les pas de son chemin le César État, le César bureau, qui lui impose ou lui propose soit ses directions avec ses prohibitions, soit ses marchandises avec ses subventions.

 

 

Celles des affaires publiques que le citoyen connaît le mieux sont soumises à la surveillance ou au bon plaisir de l'État. Sans l'État, un père de famille, un conseil municipal, un bureau de société, un simple comité de fêtes ne peuvent décider presque rien en ce qui les touche de plus près et qui les intéresse immédiatement. Associations volontaires, comme les sociétés morales et politiques, ou associations naturelles, comme la famille, la commune et la province, tous les rassemblements de citoyens sont tantôt frappés d'inertie par les lois de l'État, tantôt même interdits par le caprice des chefs temporaires de l'État...

 

 

Non seulement l'État ennuie et tracasse le citoyen français, mais il lui inflige des commodités dangereuses. Il le sert en des cas où celui ci devrait se servir lui même. Il le déshabitue de la réflexion et de l'action personnelle. Ainsi l'État endort et atrophie chez le citoyen la fonction civique. Le citoyen devient ignorant, paresseux et lâche. Il perd le sens et l'esprit public. Traité en mineur, il devient digne de retomber en tutelle. Les intérêts prochains de sa communauté ne le touchent ni ne l'occupent. Des curateurs gérant l'avoir communautaire, il les laisse faire ; il s'isole de ses concitoyens. Il retourne à la condition individualiste du sauvage et du primitif.

 

 

Par une suite naturelle de ce régime, des villes de dix mille âmes ne renferment souvent pas un seul de leurs citoyens qui soit digne d'elles. Pourquoi faire des citoyens, en des lieux où l'État centralisé prend à forfait toutes les besognes civiques ? Mais ces besognes, il est vrai que l'État les fait mal, étant mal outillé pour les faire. Nos différentes communautés glissent ainsi à une décadence profonde, où l'État lui même les suit : pauvre d'hommes, la France sera bientôt pauvre de tout.

 

 

Considérant que les âges de vraie et solide prospérité nationale furent, en France, ceux où le Pouvoir royal, indépendant et maître des attributions propres de l'État, n'empêchait point les différents corps, compagnies et communautés de la nation de gérer librement leurs intérêts particuliers ;

 

 

Considérant que la décadence de la Monarchie nationale suivit sous les Bourbons la décadence de ces corps, compagnies et communautés : chaque empiétements du pouvoir royal sur leur autonomie étant aussi marqué par l'amoindrissement secret de ce pouvoir ;

 

 

Considérant que ces éclatantes leçons donnés au Roi et à la France par huit siècles d'expérience historique ne seront point perdues pour la France ni pour le Roi :

 

 

Le Pouvoir royal ne peut désormais manquer de tendre, avec fermeté, quoique avec sagesse et moyennant les délais et précautions indispensables dans la pratique, à rétablir l'usage de ces libertés partout où l'intérêt supérieur de la Patrie et de l'État n'exigera pas le déploiement de l'autorité.

 

 

C'est à dire que :

 

 

Les familles s'organiseront comme il leur plaira. On testera comme on voudra. Les pères qui voudront constituer à la suite de leurs descendants des biens héréditaires, incessibles et insaisissables, en auront toute liberté. Reconnues enfin pour des associations naturelles, les familles pourront acquérir des droits analogues à ceux des citoyens, posséder en commun un avoir honorifique et moral comme un avoir matériel.

 

 

Les communes et les pays (ou arrondissements), par une suite de mesures libératrices prudemment sériées, deviendront maîtres de régler selon leur gré leurs affaires propres, disposant de leur ordre intérieur sans intervention de l'État, décidant des affaires qui sont familières ou qui peuvent l'être à chacun de leurs membres et n'étant bornés, dans cet honnête et raisonnable liberté, que par le bien commun et la sûreté du royaume.

 

 

Ces vastes régions qui s'étendent autour de nos grandes villes (Lyon, Bordeaux, Marseille, Lille, Nancy, Toulouse, Rouen, Montpellier, Grenoble, Besançon, Limoges, Clermont, etc.) seront reconnues par la loi et délivrées du sectionnement départemental, qui est absurde et anarchique ; les territoires agglomérés autour de ces capitales naturelles obtiendront progressivement l'autonomie, en tout ce qui touche leurs affaires particulières, sans engager l'intérêt national ; de grands conseils provinciaux, sous le contrôle, supérieur mais éloigné, de l'État, concour­ront au réveil et à la renaissance du corps entier de la patrie que la politique jacobine a diminué.

 

 

Les associations professionnelles, confessionnelles et morales jouissant de la plus complète liberté, seront soumises au droit commun, et considé­rées comme des personnes civiles autonomes, faisant leur police elles-mêmes par cet esprit de corps qui est le principe de tous les progrès ; elles seront capables de posséder, d'acquérir, d'aliéner, d'acquitter des impôts, de payer des amendes et d'être même, en cas d'indignité légale, retranchées de la vie commune à temps ou à perpétuité.

 

 

Au résumé, le citoyen, dans toute la sphère où il est compétent et intéressé directement, dans tout ce qu'il a le pouvoir de connaître et donc de juger, est présentement un esclave. Le pouvoir royal lui rendra la disposition et la souveraineté de ce domaine qui lui fut arraché sans droit, sans utilité, et au péril même de la force de la patrie.

 

 

Voilà ce que fera le roi pour les libertés. Il les rendra aux citoyens. Il en sera le garant, le défenseur et le gendarme. Examinons ce qu'il fera pour l'autorité, ainsi chassée du détail intérieur de la vie civile.

par Lux publié dans : textes de Charles Maurras
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Lundi 2 janvier 2006

Rectifions sans trêve l'erreur qu'on fait sur nos doctrines. On croit que la Monarchie est considérée par nous comme le «  couronnement  » (une espèce de toit ou de dôme  !) donné à l'édifice politique français.

 

Cela a été enseigné parfois chez nos aînés et chez nos devanciers.

 

 

 

 

 

 

A l'Action française, point du tout. La Monarchie française y est reconnue pour la pierre angulaire ou, mieux, la fondation ou, l'outil de l'édification.

 

 

 

 

 

 

La Monarchie est nécessaire. Avec elle, tout est possible; sans elle, rien de sûr. Elle n'est pas la fin : la fin, c'est la sûreté, c'est la grandeur, la prospérité et la gloire de la patrie. Elle est le moyen indispensable, l'instrument dont on ne se passe pas, fût-on Richelieu ou Bismarck, ou Colbert.

 

 

 

 

 

 

À l'axiome «  politique d'abord  » répond ce corollaire «  d'abord le Roi  ».

 

 

 

 

 

 

On démontre la nécessité de la Monarchie comme un théorème.

 

 

 

 

 

 

La volonté de conserver notre patrie française une fois posée comme postulat, tout s'enchaîne, tout se déduit d'un mouvement inéluctable. La fantaisie, le choix lui-même n'y ont plus de part : si vous avez résolu d'être patriote, vous serez obligatoirement royaliste. Mais, si vous êtes ainsi conduit à la monarchie, vous n'êtes pas libre d'obliquer vers le libéralisme, vers le démocratisme ou leurs succédanés. La raison le veut. Il faut la suivre et aller ou elle conduit, admettre ce qu'elle impose : la reconstitution, la restauration et la réorganisation sur des bases organiques, de la Patrie.

 

 

 

N'étant pas les charlatans de la Monarchie, comme il y a des charlatans de la Démocratie, nous n'avons jamais enseigné que la Monarchie détournât par sa seule présence les maux dont la guerre civile ou la guerre étrangère, les épidémies physiques ou les pestes morales peuvent menacer les nations.

 

 

 

 

 

 

Ce que nous disons, c'est que, dans les pays qui sont faits comme la France, la Monarchie héréditaire réunit les meilleures conditions, les seules conditions réelles de défense contre ces fléaux.

 

 

 

 

 

 

La Monarchie n'est pas incapable d'erreur, mais elle est mieux armée que tout autre pouvoir pour la démêler, s'en garantir et, en cas de malheur, revenir à la vérité en procédant aux réparations nécessaires. Qu'une crise d'évolution économique ou sociale, intellectuelle ou religieuse se produise, la Monarchie peut y présider soit heureusement, soit avec un minimum de dégâts.

 

 

 

 

 

 

Si, pris dans un cyclone comme l'histoire en a vu parfois se déchaîner, on essuie quelque révolution brutale, le passage est moins rude, le renversement moins complet quand cela se produit sous un chef, sous un prince dont la succession, étant réglée d'avance, exclura tout conflit de compétiteurs.

 

 

 

 

 

 

La crise sociale morale ou religieuse ne sera pas aggravée et envenimée par une crise de l'État : l'État tient par sa propre force.

 

 

 

 

 

 

Ainsi, en Monarchie, les intérêts supérieurs les plus étendus, les plus graves sont placés dans une atmosphère assez haute et assez sereine pour qu'on puisse espérer que les vents n'y remontent pas. Si, malgré tout, ils s'y élèvent, eh bien, tant pis  ! Le genre humain, au maximum de la détresse, aura eu le maximum de ses garanties. Le malheur est-il immense, on doit se dire que le fléau serait plus fréquent, plus complet et plus douloureux si le pouvoir suprême était placé plus bas et exposé légalement au ballottage électoral, aux compétitions militaires.

 

 

 

 

 

 

Rappelez-vous de ce qu'à été notre Révolution, tant qu'une ombre de Monarchie l'a retenue, et ce qu'elle a été après le 10 août, dès que les folies de l'esprit et les cupidités du coeur eurent le chant libre à travers les assemblées titubantes  ! La Terreur qui n'était qu'un phénomène d'anarchie devint un système, une Loi, un Régime, une Règle, et c'est cela précisément dont un patriote et un homme d'ordre doivent trembler.

 

 

 

 

 

 

Même déchue, démoralisée, éperdue, la Monarchie emporte en elle-même le sentiment (et elle donne aux autres la notion) d'une responsabilité, d'une mémoire, d'une prévision, toutes choses dont les Parlements démocratiques sont dépourvus.

 

 

 

 

 

 

La Monarchie confère à la politique les avantages de la personnalité humaine; le régime républicain dissout ses desseins et ses actes dans une collectivité sans nom et partant sans honneur.

 

 

 

 

 

 

Dès lors, comme la Monarchie représente naturellement la capacité du plus grand bien et du moindre mal, la République signifie la possibilité permanente du pire mal, du moindre bien.

 

 

 

 

 

 

Il y a sans doute des doses du mal et du bien, il y a des données qui dépendent des circonstances, des peuples et des hommes : nul régime ne crée les hommes, les peuples, ni leurs conditions intellectuelles et morales. Mais, manifestement, la mise en oeuvre républicaine gaspille et pervertit les admirables ressources d'esprit et de coeur qui lui sont fournies par la France et par les Français.

 

 

 

La République a besoin de s'imposer aux consciences puisqu'elle repose sur des volontés.

 

 

 

 

 

 

Elle a besoin de la foi, de l'enthousiasme des sujets, qui sont ses électeurs et qui, nominalement, constitutionnellement, ont ses destinées dans leurs mains. Au contraire, la Monarchie existe par le fait qu'elle existe. Elle n'a pas besoin de consulter à chaque instant un prétendu souverain électeur. Il lui suffit en somme d'être reconnue, tolérée, et son principe ne l'oblige pas à harceler les gens, à aller les sommer constamment de la trouver belle.

 

 

 

 

 

 

La République est une idéologie, pour ne pas dire une logomachie. La Monarchie est une réalité.

 

 

 

 

 

 

Celle-ci n'a besoin que d'être trouvée acceptable. L'autre exige que l'on suive ses rites, et gare à qui sera suspect de ne pas fêter le décadi de bon coeur  !

 

 

 

Si la plupart d'entre les nouveaux royalistes sont arrivés à vouloir la monarchie par la passion du salut national, il en est qui y sont parvenus aussi par goût des libertés locales, ou des réformes sociales, ou de l'ordre public, ou du progrès de l'intelligence et de la civilisation...

 

 

 

Ces biens divers : sécurité nationale, organisation économique, culture personnelle, justice sociale, ne font donc pas deux groupes opposés, s'excluant l'un l'autre. Nous les concevons réunis, et nous voyons que de tels biens, dans un pays comme la France, naissent, croissent ou déclinent selon les hauts et les bas de leur condition commune : la Monarchie.

par Lux publié dans : textes de Charles Maurras
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Samedi 31 décembre 2005

La nature dit que les hommes naissent et croissent en famille, qu'ils sont père, frères, enfants, que les sentiments publics ne peuvent pas ne pas être pénétrés profondément par les sentiments domestiques : légiférer dans l'État comme s'il n'y avait ni paternité ni hérédité dans la race humaine, c'est espérer que les races se composeront éternellement d'une majorité de Brutus.

 

 

 

La nature dit aussi que les grands intérêts publics comportent une part notable et respectable de tractations silencieuses et de délibérations secrètes : légiférer dans l'État comme si tout devait y être public, c'est compter qu'on n'inventera point un système d'information générale tellement étendu et perfectionné que chacun aura l'illusion de tout connaître, tandis qu'il sera impossible de rien savoir de ce qui vaudra la peine d'être connu...

 

 

 

Les lois naturelles sont des nécessités : elles viennent à bout des lois écrites, qui sont des volontés la plupart du temps arbitraires.

 

 

 

En reconnaissant la nature, on la règle, on la discipline, on la fait servir au bien général. En la niant, comme le font les Républiques démocratiques, toutes ses impulsions, toutes ses résistances légalement interdites sont déchaînées en fait, l'égale répression du Meilleur et du Pire valant à celui-ci une espèce d'honneur; d'injustes sévérités contre la transmission héréditaire rendent presque honorable le népotisme le plus effréné; la ridicule prétention de tout traiter sur la place publique confère une espèce de dignité politique aux cachotteries ténébreuses des farceurs qui mettent le secret d'État au seul service des intérêts privés ou des intérêts de parti.

 

C'est le régime qu'il faut mettre en cause.

 

 

 

 

 

 

Ou nous changerons quelque chose, ET L'ESSENTIEL, au régime, à la république, ou l'asservissement à l'Étranger se fera sans difficulté.

 

 

 

 

 

 

Les réactions particulières et éparses sont excellentes, de tout point, mais elles ne suffisent pas. Elles ne serviront qu'à la condition qu'on en tire les éléments d'une réaction plus vaste et portant droit au centre commun des paresses, des inerties, des incohérences et des perversités politiques dont nous mourons. Des hommes sont des fous ou des scélérats. Qu'est leur part de nocivité auprès de celle du régime  ! Le Bloc des gauches est un grand coupable. Mais le Bloc national fut un grand innocent.

 

 

 

 

 

 

Veut-on savoir d'où sont venus les pires maux  ?; Je réponds sans hésiter : du Bloc innocent.

 

 

 

Celui-ci a vu l'amélioration possible de la République et de la Démocratie, et il en a subi les moeurs abjectes et infâmes, incapables de rien restaurer, destinées à tout compromettre.

 

 

 

L'autre bloc, familier de ces infamies et de ces abjections, en tire un puissant profit personnel, mais il n'ignore pas vers quelle catastrophe il roule à des vitesses variées : méprisé d'autrui, se méprisant lui-même, désabusé depuis longtemps de ses folles idées directrices, ne croyant ni à la République, ni à la démocratie, ni à la patrie, il se sent déjà mourir, pourrir, empester.

 

 

 

Mais dans son agonie, le sentiment qui le domine est un étonnement naïf, par ce vaste pays dont il ne représente qu'une très faible portion, il est fort étonné de ne voir apparaître encore ni fossoyeur ni héritier.

 

 

 

L'un et l'autre sont là pourtant.

par Lux publié dans : textes de Charles Maurras
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Jeudi 29 décembre 2005

«  L'intérêt général est la somme des intérêts particuliers.  »

 

 

 

 

C'était la thèse libérale au milieu du XIXe siècle. Il a fallu comprendre combien elle est fausse. L'intérêt général comprend la somme des intérêts particuliers. Mais ceux-ci sont très loin de suffir à le constituer.

 

 

 

 

 

 

Il faut prendre le contre-pied de la sottise libérale et oser même dire que l'intérêt général peut comporter une soustraction faite aux intérêts particuliers les plus apparents.

 

 

 

 

 

 

Cette soustraction ne se fait pas spontanément mais d'autorité. Les particuliers y consentent lorsque l'opération est faite ou qu'ils se voient contraints de la laisser faire. Un très petit nombre est capable d'apercevoir l'utilité des sacrifices consentis par les particuliers à l'État; un plus petit nombre encore voit les dangers de certains sacrifices consentis par l'État aux particuliers.

 

 

 

 

 

 

La République joue de ces ignorances. Elle en jouit et elle en vit.

L'intérêt général, qui est que la France vive moyennant quelques sacrifices imposés à tous, cet intérêt n'a point un organe vivant, une expression concrète, un pouvoir capable de l'imposer.

 

 

 

 

 

 

On est prié de prendre garde à ce point qui, de tout temps, comporta une intervention de la souveraineté. Ce point, toujours le même, souvent à peine perceptible, mais très profond, qui s'élève sans cesse :

 

 

 

 

 

 

1° entre les intérêts privés et l'intérêt général, à chaque instant donné de la vie d'un peuple;

 

 

 

 

 

 

2° entre l'intérêt général à un instant donné et ce même intérêt général aux instants qui vont suivre.

 

 

 

 

 

 

Ce double souci est justement appelé royal, car il est ordinairement réservé aux princes : souci du bien présent de tous les citoyens, souci de l'avenir pour ces citoyens et leurs enfants.

 

 

 

 

 

 

En République, qui peut l'avoir ?

Je ne crois, certes pas, que l'intérêt mène le monde, et je crois plutôt qu'il l'immobilise et le perd, mais il est évident que les atomes particuliers et particularistes dont se composent les masses du monde sont facilement entraînés et dévoyés dans la direction de leurs intérêts les plus aveuglément égoïstes.

 

 

 

Le désintéressement agit peu, sauf en quelques héros, qui priment et emportent tout.

 

 

 

L'intérêt pur guide souvent fort le mal.

 

 

 

L'art véritable du politique est de savoir discerner le point par lequel peuvent passer ensemble et coïncider la passion et le devoir, l'intérêt privé et l'intérêt national, afin de transformer les intérêts et les passions d'un chacun en serviteurs de l'utilité générale.

par Lux publié dans : textes de Charles Maurras
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« Anne-Lorraine, tu as mis la barre très haut » -colonel Schmitt-

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