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LA “NOUVELLE REVUE UNIVERSELLE”   

La nouvelle REVUE UNIVERSELLE (Jacques Bainville, fondateur) parait de nouveau. Politique, Histoire, Economie, Diplomatie, Lettres, Beaux-Arts, Poésie, Danse Théartrs, Cinéma.. tous est analysé par des grandes plumes.

L'exemplaire: 15 euros.

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La Nouvelle Revue Universelle: 7 rue Constance - 75018 Paris

 

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Jeudi 3 janvier 2008

 

Le Président Sarkozy, en visite en Algérie, a jugé bon de dire : « Oui, le passé colonial a été profondément injuste, contraire aux trois mots fondateurs de notre République : liberté, égalité, fraternité ». Que doit – on en penser ?

Pour commencer, rejetons en quelques mots la prétention contenue dans la seconde partie de cette phrase. Peut-on sérieusement soutenir que la liberté règne dans une France métropolitaine gouvernée par des despotes technocratiques et dans laquelle des minorités agissantes font la loi, comme on vient de le voir à la SNCF, à la RATP et dans beaucoup de nos Universités ? Peut-on sérieusement soutenir que l’égalité règne en France métropolitaine ? Ne voyons – nous pas dans notre beau pays des pauvres et des riches, des gens bien logés et des S.D.F., des travailleurs et des chômeurs, des puissants et des misérables ? Quant à la fraternité, on peut se demander si elle tellement répandue dans cette République qui a commencé par un bain de sang, et où se déroulent périodiquement des émeutes de plus en plus violentes !

Les raisons de la colonisation de l’Algérie

Tout d’abord, rappelons que l’Algérie n’a, avant la conquête française, jamais constitué un Etat indépendant. Plusieurs siècles avant l’ère Chrétienne, après avoir subi l’influence phénicienne puis carthaginoise, toute la bordure méditerranéenne du Maghreb était soumise à Rome, comme en témoignent de nombreuses ruines dans ces trois pays ( En Algérie : Timgad et Tébessa). Au VIIème siècle, les envahisseurs venus d’Arabie ont conquis toute la région et ont même franchi le détroit de Gibraltar : l’Algérie était alors soumise au Calife, installé d’abord à Damas puis à Bagdad. Au XIIIème siècle, une dynastie venue de Mauritanie s’empara, non seulement du Maroc, mais d’un vaste triangle s’étendant de l’embouchure du Sénégal jusqu’en Tunisie. Au XVIème siècle, ce furent les ottomans ( aujourd’hui : les turcs ) qui s’emparèrent de toute la rive méridionale de la Méditerranée. Cette possession était d’ailleurs plus ou moins nominale, l’autorité du gouverneur ottoman, le Dey d’Alger, ne s’étendant qu’à quelques kilomètres autour des principales villes d’Algérie. C’est d’ailleurs de cette anarchie qu’est venue à la monarchie française l’idée de s’emparer de la côte algérienne et de ses ports. Il faut savoir en effet que depuis le XVème siècle, des navires nord-africains ( les « pirates barbaresques ») s’étaient installés dans plusieurs ports du littoral algérien, d’où ils partaient s’emparer des bateaux de commerce européens naviguant sur la Méditerranée, massacrant ceux qui résistaient et vendant les autres, hommes femmes, enfants, comme esclaves. C’était une véritable industrie qui enrichissait, non seulement les pirates eux-mêmes et leurs armateurs, mais aussi le Dey d’Alger, qui recevait une redevance sur chaque prise. C’est essentiellement pour permettre la libre circulation maritime en Méditerranée occidentale que la monarchie française avait dans ses cartons depuis Louis XIV, des plans de débarquement sur la côte algérienne. C’est d’ailleurs un roi de France, Charles X, qui, profitant d’un incident en 1830, s’empara finalement de l’Algérie.

Les colonies rapportaient – elles à la France ?

De nombreuses études très sérieuses, effectuées depuis quelques années, démontrent que la colonisation ne rapportait rien à la France. Certes, « l’ Empire », comme on disait dans ma jeunesse, favorisait les exportations françaises et a fait la richesse de ports comme Marseille ou Bordeaux. Mais les dépenses engendrées par les colonies pour l’entretien des personnels civils et militaires, et surtout les investissements considérables nécessités par la création, à partir de rien, de dizaines de pays modernes en Afrique du Nord ou sub – saharienne, en Asie ou dans l’océan indien, coûtaient beaucoup plus cher à la Métropole que ce que les colonies rapportaient. Car, on l’oublie un peu vite, les territoires dont nous nous sommes emparés avaient des siècles de retard : c’étaient des déserts, ou au mieux, des territoires riches sur le plan agricole mais dépourvus de toute industrie et de toute mine, et bien sûr dont toute infrastructure moderne et tout service public étaient totalement absents. Ports, routes, chemins de fer, barrages, usines électriques, lignes téléphoniques, écoles, hôpitaux…Tout ce qui a été édifié dans ces pays avant les années 1960 a été construit par la France. En réalité, le vrai but de l’expansion coloniale était essentiellement stratégique et militaire : s’emparer d’un territoire, c’était pour la France le moyen de barrer la route aux puissances européennes, à l’Angleterre notamment. Rappelons – nous Fachoda !

La richesse humaine

La vraie richesse que nous avons reçue de l’aventure coloniale, est une richesse humaine. Je ne parle pas seulement ici de l’apport des vaillantes troupes que notre armée a pu lever dans ces territoires, notamment pendant les deux guerres mondiales. Rappelons – nous des exploits des tirailleurs et des goumiers sur le Garigliano et dans les Vosges en 1943 – 1944 ! Je veux parler d’abord des connaissances étendues que de nombreux français ont acquis de civilisations très éloignées de la nôtre, telle que la civilisation musulmane ou la civilisation chinoise. N’oublions pas que, pour cette raison, des générations « d’orientalistes » français nous ont fait honneur. Pensez à l’extraordinaire institution que constituait l’Ecole des Langues Orientales ! Il est très dommage, quoique bien compréhensible, que, par un réflexe de dépit, les français d’aujourd’hui abandonnent ces connaissances extrêmement riches. Il est clair que nous n’avons nullement à rougir de notre passé. Contrairement à ce qu’une propagande ignoble tente de faire croire, la grande masse des coloniaux n’était pas composée de brutes et d’exploiteurs. Je ne dis pas qu’il n’en existait pas, mais c’était une infime minorité. D’ailleurs, quand on interroge « hors caméra » des vieux algériens ou des vieux africains, il ne leur faut pas longtemps pour dire qu’ils étaient mieux du temps des français…

Que serait la France si elle n’avait pas été une colonie ?

Pour conclure, livrons à la réflexion de Monsieur Sarkozy et de ses ministres la pensée suivante : Que serait la France, si elle n’avait pas été pendant plus de cinq siècles, une colonie romaine ? Pensez à toutes les richesses immatérielles que Rome nous a transmises. Notre religion d’abord, puisque personne ne conteste que l’Empire romain a servi de véhicule au Christianisme dans les premiers siècles. Notre langue ensuite, puisque le français est essentiellement une langue latine. Nos fondements juridiques, puisque le droit romain est à la base du droit français. Notre art militaire : qu’était une centurie, sinon une compagnie ; qu’était une « sturma », sinon un escadron ? Nos connaissances architecturales, puisque les premiers monuments que nous ayons construits étaient les édifices romains : temples, théâtres, ponts, aqueducs, thermes… Et à travers Rome, nous avons connu la philosophie et l’art de la Grèce, du Moyen-Orient et de l’Egypte. De même, on peut être sûr que, lorsque les passions actuelles seront retombées, les nations que nous avons autrefois colonisées nous seront reconnaissantes des connaissances que nous leur avons apportées dans le domaine des techniques, des arts, des lettres et des sciences. Georges Rousseau

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Vendredi 9 novembre 2007

 

 

 

 

Le mouvement est lancé depuis la fin de la seconde guerre mondiale. La société française tend à s'américaniser. Dernier exemple en date avec le classement des cabinets d'affaires sur le marché français. Le constat est inquiétant : les Anglo-saxons, Américains en tête, trustent 21 des 25 premières places.

 

L'influence des pratiques américaines envahit autant le fond des pratiques judiciaires que les procédures qui les accompagnent. Les emprunts se multiplient, de la judiciarisation de l'espace privé1 à l'échelon politique où l'on tente de copier le modèle présidentiel. Sur un plan plus formel, les lois Sarbanes-Oxley (adoptées en 2002 dans la foulée du scandale Enron) ont trouvé leur pendant dans la loi de sécurité financière, un an plus tard en France. Le gouvernement réfléchit à l'instauration d'un système français de class actions, autrement dit, à la mise en place d'une « action de groupe » permettant à un grand nombre de personnes (des consommateurs ou des petits actionnaires) de faire reconnaître leurs droits.2 D'une manière générale, il est curieux de constater que ce processus d'américanisation intervient presque systématiquement par le biais de l'entreprise.

 

 

 

SaIaire double

 

Les cabinets d'avocats étant des entreprises comme les autres, leurs patrons ne font pas de sentiment. Pis, ils poursuivent leur irrésistible ascension sur le territoire français. Si 21 cabinets étrangers s'affichent aux vingt-cinq premières places des plus gros cabinets d'affaires sur le marché français, la société Bredin et Prat sauve l'honneur se hissant à la première place du classement : 40,16 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 31,9 % de parts de marchés. Les cabinets DVMB3 et Gide Loyerette Nouel n'ont pas à rougir de leur quatrième et cinquième place. Seuls ces trois cabinets français parviennent à tirer leur épingle d'un jeu dans lequel la concurrence est impitoyable. Les raisons d'un tel succès des cabinets américains ?   Des salaires plus que confortables : quand un bon avocat français gagne 450 000 euros, il est rémunéré, à talent et temps de travail identique, à 750 000 euros dans un cabinet britannique et un million d'euros dans un cabinet d'outre-atlantique.

 

Bien sûr ces « cadors du barreau » ne sont pas légion. Deux tiers des avocats d'affaires ont parfois du mal à joindre les deux bouts, mais la tendance persiste. Au point que des Français ont répondu à l'appel des sirènes. Au moins, l'ancien ministre et actuel député Jean-François Copé n'a pas commis de faute de goût en collaborant (à temps partiel) avec le cabinet Gide Loyrette Nouel. De même la ministre de l'Économie et des Finances, Christine Lagarde, a-t-elle sacrifié une large partie de ses intérêts personnels en abandonnant son lucratif et prestigieux poste de présidente du comité stratégique mondial du plus important cabinet d'affaires américain Baker & McKenzie.Mais l'ancien ministre de la justice, Pascal Clément, réélu député en juin dernier, n'a pas eu autant de scrupules. Il a été embauché (à prix d'or ?) par le cabinet Orrick Herrignton (13 milliards d'euros de CA).   Sic transit gloria mundi...

 

                                                                                                                                              Philippe Estissac

                                Politique Magazine n° 57  Novembre 2007

 

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Mardi 24 juillet 2007

 

En Turquie, les élections législatives ont vu la victoire du parti AKP que les médias européens persistent à qualifier d'islamiste modéré. Pour voir plus clair dans la vie politique d'un pays qui influence beaucoup la politique européenne, nous retranscrivons l'article que Gilles VARANGE a publié dans le numéro de juillet-août de "POLITIQUE MAGAZINE".07cfcf3288a2a2b5aa06df8bb6b98fb4.jpg

Derrière le paravent de la candidature à I'Union européenne, les hommes de l'AKP poursuivent l'islamisation rampante de la société.

Les journalistes occidentaux sont à plaindre: ils sont condamnés à tenter d'expliquer à leur public les affrontements politiques en cours en Turquie à la lueur des enseignements de la vulgate démocratique. Voilà en effet, dans ce pays candidat à l'entrée dans l'Union européenne, un camp laïc et un camp islamiste engagés dans une bataille politique de plus en plus acharnée sans que nos medias puissent, comme ils sont accoutumés à le faire, désigner à l'opinion les “bons” qu'il est urgent de soutenir et les méchants” qu'il convient de condamner. Dans cette affaire, le “bon choix démocratique” relève en effet du casse-tête insoluble. Comment trancher en faveur d'un des deux camps en présence quand l'un se veut Ie défenseur de la sacro-sainte laïcité face aux risques du fondamentalisme musulman et quand l'autre se fait le chantre des valeurs démocratiques et de l'engagement pro-européen face à la menace d'un putsch militaire ?


Un pouvoir de “dernière instance”

Devant pareil dilemme, il faut comprendre l’ébahissement éprouvé par nos gens de micro et de stylo découvrant soudain des vérités qui ne les avaient jamais effleurés jusqu'à ce jour, à savoir qu'on peut être républicain et laïc sans être démocrate et qu'on peut se vouloir à l'inverse démocrate à seule fin d'assurer le règne de la religion. Pire encore: la situation actuelle en Turquie apporte une éclatante confirmation aux théories du très décrié sociologue américain Samuel Huntington, prophète unanimement vilipendé du “Choc des civilisations”. Notre universitaire avait provoqué un beau scandale en prétendant que les rivalités entre les grandes civilisations historiques étaient appelées, non seulement à se réveiller, mais à devenir l'une des données fondamentales des relations internationales. Et comme si cette première provocation ne suffisait pas, le lucide professeur formulait une prédiction encore plus insupportable: I'instauration de régimes démocratiques dans le monde musulman, assurait-il, aurait pour principal effet d'y amener mécaniquement au pouvoir, par la simple logique du suffrage universel, les éléments les plus populaires, c'est-à-dire les plus religieux et les plus radicalisés.
L’évolution des choses à Bagdad avait déjà démontré la validité de cette dernière thèse d'Huntington. La situation en Turquie est en train d'en apporter une illustration supplémentaire. Certes, l'organisation d'élections libres et le multipartisme n'y sont pas de création récente comme en Irak. C'est en 1945, sept ans après la mort de Mustafa Kemal, dit “Kemal Atatürk” (le Turc Père), que le règne du parti unique a pris fin en Turquie. Mais cette introduction de la démocratie s'accommodait d'une restriction de taille: la haute hiérarchie militaire se réservait un pouvoir de “dernière instance”, lui permettant d'intervenir directement dans la vie politique nationale chaque fois que les principes sacrés du kémalisme - au premier rang desquels figure le respect de la laïcité - lui paraîtraient bafoués par un gouvernement en place. Le moins qu'on puisse dire est que cette clause n'était pas de pure forme puisque, depuis 1960, les dirigeants de l'armée n'ont pas hésité à renverser à quatre reprises des gouvernements parfaitement légaux et à jeter en prison le Premier ministre en fonction quand ils ne le pendaient pas haut et court comme ce fut le cas pour le malheureux Menderes. En 1980 encore, le putsch des militaires fut suivi de l'emprisonnement de 30 000 personnes sans qu'aucun de nos médias songeât à établir la moindre comparaison désobligeante entre la “République” militaire kémaliste et le régime chilien du général Augusto Pinochet. ffe33c08b37a1d5bebf533dd3cb06834.jpg
Le dernier coup d'Etat des prétoriens turcs remonte à 1997 et ce fut alors le chef du gouvernement islamiste de l'époque, le vieux Necmettin Erbakan, qui fut fermement invité à s'en aller croupir dans une geôle laïque et républicaine. Mais la leçon ne fut pas perdue par ses disciples, dont les actuels Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Recep Tayyip Erdogan et Abdullah Gül. Ces derniers comprirent très vite la prodigieuse opportunité qu'était susceptible de leur apporter la demande d'adhésion à l'Union européenne. Dès lors que la Turquie devenait officiellement candidate à l'entrée dans l'Europe, il était en effet extrêmement difficile aux responsables de l'Armée de continuer à intervenir dans la vie politique sans s'attirer les foudres d'une commission de Bruxelles très sourcilleuse sur “le respect des critères démocratiques”. Le piège ainsi tendu a admirablement fonctionné: depuis le retour au pouvoir du mouvement islamiste reconstitué sous le nouveau sigle AKP (Parti de la justice et du déve!oppement) en novembre 2002, les généraux n'ont plus osé bouger le petit doigt de peur d'être accusés d'enrayer le processus d'adhésion de leur pays à l'Europe des Vingt-sept.

Le piège continue de fonctionner

Cette situation eût pu durer longtemps encore si les islamistes, déjà maîtres du gouvernement, du parlement et d'une majorité de municipalités, n'avaient décidé de pousser plus loin encore leur avantage en tentant de s'emparer de la présidence de la République à la faveur de I'expiration, le 16 mai dernier, du mandat du chef de l'Etat, Ahmet Necdet Sezer. Forts de l'islamisation rampante de la société mise en œuvre depuis leur arrivée au pouvoir, les dirigeants de I'AKP ne craignaient pas de partir ainsi à I'assaut d'une position éminemment stratégique: c'est le président de la République, élu par le Parlement, qui détient le pouvoir de nomination à la tête de I'armée et aux postes-clés de la magistrature et de l'administration. La prétention des islamistes a se rendre maîtres de ce dernier môle de résistance laïque ne pouvait donc qu'être interprétée comme une insupportable agression par les militaires et les représentants du pouvoir judiciaire. Ceux-ci ont aussitôt mobilisé leurs partisans dans la rue et utilisé tous les artifices de procédure imaginables pour faire échouer au Parlement la candidature à la présidence du ministre des Affaires étrangères Abdullah Gül.
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Les laïcs : “Ni USA ni Union européenne”

Les islamistes auraient pu choisir de s'incliner et d'attendre prudemment une occasion plus propice. Ils ont au contraire accepté l'épreuve de force, mus par la conviction que l'Armée, une fois de plus, n'oserait pas affronter les foudres de I'Union européenne en prenant le risque d'un putsch. Ils ont convoqué les électeurs pour un scrutin législatif anticipé le 22 juillet prochain après avoir annoncé leur intention de réformer la Constitution par la voie parlementaire et d'instaurer l'élection du président de la République au suffrage universel direct. Le président sortant Sezer a immédiatement riposté en appelant à l'organisation d'un référendum populaire sur cette question du mode d'élection du chef de l'Etat. Le blocage des institutions est donc total et la Turquie offre depuis des semaines aux observateurs un spectacle pour le moins inattendu: ce sont Ies islamistes, très légalement élus et disposant d'une majorité absolue au Parlement, qui se réfugient derrière le respect des principes démocratiques et de leurs engagements européens tandis que des millions de militants très jeunes et modernistes pour la plupart, encouragés dans l'ombre par Ies militaires, défilent dans les rues de toutes Ies grandes métropoles du pays au cri de: “Ni USA. ni Union européenne”. Combat surréaliste pour des Européens puisqu'il oppose des républicains laïcs, nationalistes et anti-européens à des islamistes prétendument démocrates et européistes.
Pour ubuesque qu'elle puisse paraître, cette affaire possède au moins le mérite d'obliger les tenants du laïcisme kémaliste à jeter le masque et à apparaître enfin pour ce qu'ils furent dès l'origine: les sectateurs d'un régime militarisé et violemment xénophobe. Un régime qui a toujours nié la réalité du génocide arménien et s'est employé par les pires moyens à pousser à I' exil les millions de Grecs installés en Asie mineure depuis des millénaires. Un régime qui, s'appuyant sur une historiographie fantasmagorique et délirante, continue d'enseigner dans ses écoles et ses universités l'existence d'un peuplement turc en Anatolie depuis la plus haute antiquité, très antérieur à I'implantation grecque et arménienne alors qu'en réalité les premiers nomades turcophones n'apparurent dans la région qu'aux alentours de l'an mille de notre ère. Un régime qui, sous l'impulsion de la propre fille adoptive d'Atatürk, Afet Iman, introductrice des “sciences raciales” dans son pays et disciple de l'anthropologue suisse Eugène Pittard, auteur de “Les Races et I'Histoire”, décrivait ses compatriotes comme “de purs Aryens, descendants d’une race prodigieuse, conquérante et supérieure”, thèses qui n'étaient pas innocentes puisqu'elles ont justifié la perpétuation d’une insidieuse persécution antichrétienne jusqu'à nos jours, non plus pour raisons religieuses mais ethniques. En 1945, vivaient encore 500 000 chrétiens à Istanbul. Il en reste aujourd'hui moins de 5.000. Décidément, qu'elle soit laïque ou islamiste, la Turquie n'a rien à faire dans l'Union européenne ...
Gilles VARANGE
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Lundi 2 juillet 2007

Le président de la République avait le choix entre deux conceptions de la diplomatie à mettre en œuvre : une conception républicaine et une autre dans la grande tradition de la France de toujours. La première est incarnée par Bernard Kouchener, l'autre par Hubert Védrine.

Le président a choisi! Ce sera Bernard Kouchener! C'est le choix de la philosophie géopolitique héritière de la République, ayant eu comme représentant Danton et Clemenceau, deux va-t-en guerre voulant répandre par la guerre, les droits de l’homme. Cette politique a plus détruit que construit, hélas, par son droit d’ingérence, c'est-à-dire faire la guerre à toutes les dictatures.

L’autre conception est l’héritière de la diplomatie française, réaliste qui a su construire une paix durable : Richelieu, Mazarin, Talleyrand et même Delcassé. Hubert Védrine était dans cette tradition à la quelle nous nous revendiquons.

La nouvelle donne diplomatique

En janvier, Hubert Védrine avait publié "Continuer l’histoire", dans la collection Fayard exposant sa conception de la diplomatie, mondiale, européenne est française.-        

La première partie s’intitule « occidental vertigo ». Il brosse un tableau des relations internationales depuis 1989. Deux visions du monde s’affrontent, l’une croyant à la « fin de l’histoire » où la démocratie libérale se répandra naturellement dans le monde (thèse de Francis Fukuyama). L’autre véhiculée par Samuel Huntington voyant se profiler un choc de civilisation. Les occidentaux, optimistes, ont plutôt partagé la première option. La realpolitik était abandonnée, car jugée trop cynique pour se concentrer sur la propagation béate des droits de l’homme. La déclaration du 8 septembre 2000 décrit les aspirations universelles de liberté, égalité et de tolérance. Certes, Bush père, et Clinton, ont épousé ce concept, mais avec réalisme, contrairement à Bush-junior qui a fait de la démocratisation du monde, après le 11 septembre, l’axe de sa politique internationale, reprenant la vision messianique des USA. Bush compte démocratiser le monde par les armes, contrairement aux européens, qui ont le même objectif mais par la voie pacifique. Mais le sud y voit un néo-colonialisme.

Hubert Védrine note que la démocratie ne s’impose pas naturellement partout. Elle est un phénomène complexe et compatible dans des sociétés homogènes (japon 1945) et non hétérogène (Irak 2003) et marche rarement  quand elle est imposée par la force.

« Les peuples n’aiment pas les missionnaires armés » Robespierre.

En outre, il constate qu’il est difficile d’avoir une diplomatie cohérence dans une démocratie médiatisée, avec une opinion publique plus ou moins manipulée. Déjà, Guizot fit la remarque au XIXème siècle :  « C’est l’un des inconvénients du gouvernement parlementaire, que les évènements et les questions, au moment, où elles apparaissent et tombent dans le domaine de la discussion, grandissent démesurément et prennent aux yeux du public, une importance de toute proportion avec la vérité des choses et les intérêts du pays ». Il remarque que l’émergence économique comme la Chine et l’Inde rend plus difficile d’imposer les valeurs occidentales.

La deuxième partie exprime la construction d’un monde meilleur. Hubert Védrine reconnaît que le capitalisme est le seul système économique qui a sorti le monde de la pénurie. Mais, il   s’en prend au capitalisme financier, bien loin du capitalisme rhénan. La croissance du commerce est plus forte que celle de la production, incitant à une spéculation. Ainsi, il juge l’analyse des altermondialistes pertinents mais qui ne proposent rien de concret. A juste titre, il met en lumière le paradoxe des « altermondialistes » libertaire prônant un Etat-mondial, qui aura le monopole de violence, il serait donc totalitaire « sur quelle lune se réfugieront les opposants » demande-t-il, avec ironie.

En outre, pour lui, la théorie multilatéraliste est préconisée par des modérés, voulant contrôler la mondialisation, en lâchant un peu de la souveraineté, mais l’abandon du rôle de l’Etat qui accroît la mondialisation. Autre paradoxe ! Les européistes ne sont pas épargnés. Ils souhaitent n’avoir qu’un membre permanent à l’ONU, geste purement symbolique, voir idéologique, mais dénué de sens politique, puisque nous perdrons des voix, donc de l’influence.

La défense de l'Etat-Nation

Hubert Védrine a le mérite de ne pas se cantonner aux critiques mais de formuler des propositions concrètes et réalistes. Il propose d’élargir le conseil de sécurité à des pays émergents, d’autres continents, par soucis d’équilibre. D’autres réformes de cette institution sont évoquées sans le faire évoluer vers un Etat-mondial.

Les flux migratoires seront des grands défit pour demain. Dans sa modération et son bon sens, Hubert Védrine est constant. Il suggère aux pays en voie de développement, non une aide financière, qui ont montré leurs inutilités, mais des réformes structurelles basées sur l’Etat-Nation, un minimum de sécurité et de solidarité nationale.

Selon lui, un monde avec des Etats-Nation est nécessaire pour éviter un choc de civilisation comme au Moyen-Orient. Dans la cité de Dieu, Saint-Augustin ne dit pas mieux :

"A eux donc de voir s’il convient à des gens de bien de se réjouir de l’étendue de l’empire. Car c’est l’injustice des ennemis contre lesquels on a mené des justes guerres qui a aidé l’empire de s’accroître : à coup sûr, il serait resté de peu d’étendue, si des voisins justes et paisibles n’avaient attiré la guerre sur eux par aucune offense. Ainsi pour le bonheur de l’humanité, il n’y aurait eu que de petits royaumes, heureux de vivre en plein accord avec leurs voisins ; et par la suite, l’Univers aurait compté de nombreux Etats, comme la cité de nombreuses familles. (...) Au reste, vivre en plein accord avec un bon voisin est sans nul doute une félicité plus grande que de subjuguer par la guerre un voisin méchant. » (IV, XV)

Cette défense de l’Etat-Nation est révolutionnaire dans la pensée unique !

Le rôle de l'Europe

La Troisième partie est consacrée à l’Europe. Selon lui, elle souffre d’une absence de définition. Il ne peut avoir de relance du projet européen sans identité européenne. Les critères formulés de Copenhague ne suffisent pas puisque le Sénégal, le Japon, l’Inde et le Brésil sont des démocraties libérales, mais pas européen. Les Européens devraient dés maintenant définir une liste définitive des futurs pays membres, au nombre de moins de dix. Ce qui exclu la Turquie.

Hubert Védrine expose sa conception géopolitique européenne, basée sur trois cercles : les pays de la zone euro, les autres pays européens, puis comme le dit Romano Prodi « anneaux des pays amis » dont la Turquie.

L’Europe doit aussi définir le rôle des Etats-Nations, entité naturelle à la démocratie :

« En effet. La nation est le socle de la démocratie moderne. Nous en avons un contre-exemple parfait en Irak. L’intervention américaine a été désastreuse car les Américains ont cru pouvoir apporter la démocratie à une entité qui n’était pas nationale. En soulevant le couvercle de la tyrannie, ils n’ont pas ­libéré l’aspiration d’un peuple à l’autonomie politique, mais ils ont déchaîné les forces infernales de la guerre civile religieuse. » Alain Finkielkraut.

 Quelle serait l’utilité d’élire un président de la République si celui-ci n’a plus aucun pouvoir ? Il prône une construction à géométrie variable, par des relances des projets européens : recherche, industrie…

Il déplore un manque de volonté de l’Europe, de construire une puissance européenne, par esprit de pacifisme, ou droits de l’hommiste… Pourtant, un utile au multilatéralisme Elle doit définir sa place dans le monde.

Enfin, il garde le meilleur pour la fin : la France.

 

Le paradoxe français

Il voit un paradoxe de la vision de la France sur la mondialisation. Alors que la mondialisation fait avancer des concepts issus de 1789, comme la liberté, et la démocratie, la France a peur d’elle.

 Dans ce monde, la France a des atouts, de par sa géographie mondiale, son histoire, sa culture, des secteurs économiques innovants. Elle reste une puissance influente. Certes, elle a des difficultés, son modèle social doit s’adopter, sans perdre l’essentiel. Une dette surélevée, handicapant les générations futures, et une paupérisation de la classe moyenne.

Il s’en prend aux repentances pour satisfaire des lobbies aux lois déterminant une vérité historique. Certes, la France doit regarder honnêtement son histoire, non pour se flageoler mais pour tirer les leçons du passé pour construire l’avenir. Nous reconnaissons là, l’empirisme organisateur cher à Maurras : la mise à profit des bonheur du passé en vue de l’avenir que tout esprit bien né souhaite à son pays »

La diplomatie française doit conjurer sur différents tableaux : tradition classique ou réaliste, atlantiste, européiste, droit de l’hommiste et multilatéralisme, tous ces courants diplomatiques peuvent servir pour l’intérêt de la France, objectif final de toute politique étrangère d’un pays.

 

Hubert Védrine s’inscrit dans la tradition française en prônant une géopolitique basé sur le réalisme, l’équilibre des puissances et non sur une idéologie. La France doit être un arbitre dans le monde et les autres nations l’attendent ainsi. En cas de retour du roi, celui-ci devrait prendre Huber Védrine comme ministre des affaires étrangères.

                                                                                                                Gaston Bacci

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Mardi 27 mars 2007

Parmi les gens qui ont marqué l’histoire mouvementée de leur pays, les membres de la noblesse ont joué un rôle prépondérant. C’est le point sur lequel le prince a insisté dans son allocution hier soir à Varsovie

« Vive la Pologne ! »

« L’attachement des Français pour votre pays ne saurait aller sans une admiration profonde, et sans ombre, pour ceux qui, tout au long de l’Histoire, ont le plus contribué à l’édification – et au maintien, au milieu des vicissitudes – de cette nation au destin unique, un destin qui vraiment ne ressemble à aucun autre.

C’est aux approches de l’an Mil, au moment même où nous, Français, donnions un élan décisif à la construction de notre Etat, que, des sources de la Vistule à la Baltique, a commencé le grand élan de l’unité de votre peuple.

Une volonté commune de construire l’unité nationale

« Comparaison n’est pas raison », comme on le dit chez nous, et les chemins suivis par nos deux peuples furent bien différents. La géographie ne nous a pas servis de la même manière, c’est le moins qu’on en puisse dire. Un point commun me frappe, cependant, et je tiens à le souligner ce soir : c’est que la volonté de construire l’unité nationale, dès lors qu’une expression politique efficace se trouvait en mesure de l’exprimer, a toujours rencontré des énergies neuves, surgies des profondeurs de la nation, aptes à s’adapter aux circonstances, aussi difficiles ou tragiques fussent-elles, et de les rassembler pour répondre à l’appel de la collectivité. L’influence bienheureuse et bénéfique de l’Eglise, les vertus de l’éducation, de la transmission dans les familles non seulement du savoir et de l’expérience, mais aussi de la conscience collective et de la grandeur qu’il y a à servir le bien commun, voilà ce qui a fait qu’aujourd’hui comme hier, ce pays dispose non seulement de bras et de mains mais aussi, et surtout, de têtes et de cœurs capables de lui construire un avenir.

Une force qui a maintenu l’idée polonaise

Vous tous, qui êtes ici, incarnez cette force qui, pendant déjà plus d’un millénaire, a maintenu sans faiblir l’idée polonaise. Non pas une idée désincarnée, mais au contraire un principe vivant, qui a su traverser les moments les plus difficiles. Depuis le XVIIIe siècle,

l’Histoire ne vous a pas épargnés. Elle a même parfois réussi à faire que vous paraissiez ne plus exister, ou ne plus avoir de voix, car on vous avait bâillonnés. C’est le cœur serré que je pense à ces moments-là. Comment oublier les images terribles de cette terre déchirée par les guerres, traversée par des envahisseurs successifs qui, même opposés, ne s’entendaient que pour tenter de vous écraser, pour vous déporter dans des lieux d’horreur, pour assassiner froidement d’une balle dans la nuque les meilleurs de vos fils.

J’ai le cœur serré, et pourtant, je ne peux m’empêcher, moi, Français, de penser que c’est ainsi que j’ai appris à vous aimer. Car c’est avec fierté que moi, Français, je me rappelle avoir crié à un souverain étranger qui prétendait nier votre droit à l’existence : « Vive la Pologne, Monsieur ! » C’est aussi avec une légitime fierté que je pense au roi Louis-Philippe qui a tenu à vous accueillir en amis, en frères. Pour l’exilé, le départ n’est qu’une première épreuve. L’adaptation à une terre

étrangère en est une autre, qui n’est acceptée que dans l’espérance du retour, et ne peut-être adoucie que par la chaleur d’un accueil. Avons-nous, nous Français, répondu comme il convenait? La seule chose dont je suis sûr, c’est que nos sentiments pour la Pologne, déjà si anciens, en ont été profondément et durablement bouleversés. Je n’ai pas manqué d’y penser lors de ma visite, l’an dernier, à la Bibliothèque polonaise de Paris, haut lieu s’il en est de l’émigration polonaise.

Une admiration profonde

Je suis heureux de le redire ce soir à ceux qui ont reçu la charge de cet exceptionnel héritage, et la si lourde mission de le transmettre aujourd’hui – dans des conditions matérielles dont je sais à quel point elles sont difficiles – aux générations à venir.

Je vous remercie »

Varsovie, le 12 mars 2007

par Lux publié dans : Actualité internationale
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