
Ce que nous devons savoir démontrer, expliquer, défendre
I. Le sens des mots:
La patrie et la nation sont des réalités concrètes.
Nous n’en faisons ni des absolus, ni des principes désincarnés.
La prise en compte objective de la nation comme fait et bienfait fonde notre nationalisme..
Ø La nation est une réalité historique: un ensemble de familles habituées à constituer une unité.
Ø La patrie, c’est le sol sur lequel s’est prise cette habitude de vivre ensemble, et, par extension, le patrimoine commun de la nation, l’héritage que nous recevons de nos aïeux.
Ø Le patriotisme s’attache à défendre le sol, la terre des pères.
Ø Le nationalisme « s’applique plutôt qu’à la terre des pères, aux pères eux-mêmes, à leur sang et à leurs oeuvres. »Ch.M. C’est une triple affaire d’amour, de justice et de nécessité.
Ø L’Etat est une institution juridique, facteur essentiel de constitution d’une nation et de vie en commun des peuples qui lui sont soumis.
II. La nation française: une réalité historique:
Ø La France n’était pas une fatalité. Son unité politique est d’une précocité exceptionnelle.
Ø La France n’est pas la fille de la géographie, ni de la race, ni de la linguistique, ni de la religion. Encore moins d’un contrat. Elle est le fruit de l’histoire, de l’histoire politique, de la politique capétienne. « Les Rois ont fait la France ».
Ø L’histoire de notre pays, jusqu’à l’accession de Hugues Capet au trône, est celle des origines de la France, mais non encore celle de la France.
Ø Avec la conquête par César, la Gaule devient partie intégrante de l’Empire romain.
Ø Les invasions barbares laissent, en droit, subsister l’Empire: chaque roi (franc, burgonde,etc.) exerce sa souveraineté au nom de l’empereur. Deux populations coexistent dans chaque royaume. Peu à peu, la fusion s’opère, mais en même temps le pouvoir s’affaiblit :il n’y a pas pas d’Etat, ni de nation. Le souvenir de l’Empire hante les esprits: c’est l’Empire que Charlemagne entend reconstituer (800). Après le partage de Verdun (843), l’Empire est partagé entre les trois petits-fils de Charlemagne; mais il ne s’agit toujours pas de nations. Chacun des trois rêve de reconstituer à son profit l’unité de l’Empire. Un successeur de Louis reprendra même en Allemagne le titre d’Empereur.De même, c’est au nom de l’Empire romain que les successeurs de Charles règnent sur une partie de ce qui fut la Gaule. Il ne s’agit pas encore de la France.
Ø En 987, changement de dynastie: le duc de France Hugues Capet est « élu » roi. Les Capétiens affirment alors le principe essentiel: « le roi de France est empereur en son royaume », c’est-à-dire qu’il ne prétend pas à l’empire sur les autres pays et qu’il ne reconnaît à l’Empereur aucune autorité sur lui:une souveraineté proprement française est née.
Ø De plus, Hugues Capet, puis ses successeurs, en associant à chaque génération le fils aîné au trône du vivant du père, assurent la règle de l’hérédité de la couronne et la règle de la primogéniture qui exclut tout partage. « Il semble que les Capétiens aient eu devant les yeux les fautes de leurs prédécesseurs pour ne pas les recommencer. »J.Bainville. De la façon la plus naturelle, en faisant confiance à l’institution familiale,les Capétiens réalisèrent une continuité politique. La France tenait dès lors l’instrument politique de son avancement. Sous la direction de la dynastie capétienne qui règna huit siècles (de987 à 1792) puis de 1814 à 1848 fut rassemblé et défendu le « pré carré ».
Ø C’est avec le temps, au long des générations, que l’unité française s’est progressivement faite, et que les Français ont pris conscience de constituer une nation. La nation française est donc:
- une réalité historique, résultat d’un Etat persévérant et national.
- une oeuvre de la durée, permise par un pouvoir stable.
III. La nation: un bienfait à défendre.
Elle procure en effet à l’homme trois composantes essentielles de son identité:
- l’enracinement dans un sol: l’espace territorial est une nécessité humaine. Les frontières procèdent du désir de paix et reflètent la diversité du genre humain.
- l’appartenance à un groupe, ce peuple dont l’histoire a fait une communauté de destin. La nation est la suite des générations qui se sont succédées sur un territoire donné (la patrie) et dont la destinée est commune.
- l’identification à une culture. Par sa culture, la nation donne aux citoyens une personnalité collective. La culture est l’élément structurant de l’identité d’un peuple. C’est ce qui le distingue d’un autre peuple. Le nationalisme s’applique, plutôt qu’à la terre des pères (patriotisme), aux pères eux-mêmes, à leurs œuvres, à leur héritage moral et spirituel, plus encore que matériel. Le nationalisme prend ainsi toute sa valeur en un temps de guerre idéologique où il s’agit de sauver l’héritage national contre les assauts du cosmopolitisme.
IV. Les nationalismes incomplets et les faux nationalismes
1. Des nationalismes incomplets: BARRES et PEGUY
Ø BARRES donnait au mot nation son véritable sens (réalité historique, héritage à défendre) mais son nationalisme n’est qu’un attachement passionné aux caractères que nous tenons de nos ancêtres. Il insiste sur les forces du sentiment, sur ce que l’on peut mobiliser avec l’affectivité. Mais il néglige la forme de l’Etat et compte sur la force du sentiment national pour restaurer la France. La tradition barrèsienne est celle d’un nationalisme sincère qui ne pose pas le problème des institutions.
Ø PEGUY ne croit pas, non plus, au rôle des institutions mais son enracinement en fait un chantre de la terre de France.
2. Les faux nationalismes
Ø Pour les distinguer du vrai nous les appelons « nationalitarismes ». Ils découlent de la doctrine du « droit des peuples à disposer d’eux mêmes » ou « principe des nationalités ». Cette théorie volontariste de la Nation-Contrat s’oppose au vrai nationalisme qui repose sur la réalité de la nation-héritage. Cette doctrine des nationalités aboutit au pur concept et la nation ainsi conçue, principe désincarné, peut se faire doctrine de combat. Ce nationalitarisme favorise ainsi l’éclosion de l’esprit de croisade idéologique.
Ø Autre forme de nationalitarisme: le culte de la race dont la nazisme offre le principal exemple. Ce critère de la race débouche sur une théorie de la puissance qui oublie, elle aussi, que la nation est une construction politique et historique pouvant regrouper plusieurs races.
V. Les caractères du nationalisme français et ses exigences.
1. Caractères
- Il repose sur la prise de conscience des devoirs et des intérêts qui découlent de notre appartenance à la nation.
- Il respecte l’ordre naturel: c’est un nationalisme organique (et non totalitaire) qui reconnaît les corps intermédiaires. La nation est d’ailleurs regardée comme un syndicat de corps intermédiaires. La liberté de la nation est garante des libertés des corps sociaux. Pour MAURRAS le nationalisme est une obligation rationnelle et mathématique; il définit une priorité: D’abord défendre la France. « La défense du tout s’impose aux parties. »
- Il est une attitude politique. Un « patriotisme réfléchi ». Au rôle du sentiment est associé celui de la raison et de l’intelligence. C’est un nationalisme conséquent, c’est-à-dire qui va jusqu’au bout de ses conséquences: la régence du nationalisme; la question du régime.
- Il n’est pas une fin en soi. Pour Maurras ni la royauté ni la nation ne sont un absolu. L’Etat n’est qu’un fonctionnaire de la société. Son autorité ne trouve son fondement que dans une défense des intérêts français qui n’empêche pas l’épanouissement des corps sociaux et favorise l’expression, dans le monde contemporain, de la civilisation issue des traditions gréco-latine et catholique.
2. Exigences
- Aimer la France. Aimer l’Etre français non comme un point de doctrine désincarné mais comme une réalité concrète.
Clémenceau à Léon Daudet : « Vous et moi nous avons une passion en commun, c’est la France. » Mistral: « Cité par cité, province par province, rivalisons d’étude, de travail et d’honneur pour glorifier diversement le nom de France. »
- Poser la question des institutions. Le « Politique d’abord » est le corollaire du nationalisme.
« La monarchie héréditaire a réussi dans l’oeuvre de l’ordre français. Le système électif a échoué dans cette même oeuvre. Pour reprendre cette oeuvre, por la continuer, nous voulons reprendre un système qui a réussi. Est-ce clair? » Ch. Maurras
- Prétendre être nationaliste et rester républicain est une contradiction. On ne peut désirer l’unité nationale et soutenir un régime qui pousse à toutes les divisions par esprit de parti.On ne peut désirer sauvegarder l’intérêt national et soutenir un régime qui vit d’intérêts partisans.
- Assurer la régence du nationalisme. En attendant de ramener l’Héritier, le roi, il convient de sauver l’héritage. En l’absence de roi, l’A.F prend en charge la défense des intérêts nationaux. Cela la conduit à refuser la politique du pire et à traiter les affaires politiques qu’en fonction de l’intérêt national..Pas d’opposition systématique par conséquent. Autre conséquence: la pratique du « compromis nationaliste »sur tel ou tel objectif précis, avec des hommes éventuellement de tous bords, sans compromission et en gardant son esprit critique. La nation est un dénominateur commun pour tous les Français. Elle peut donc être un terrain d’entente au-delà des divergences de toutes sortes.



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