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LA “NOUVELLE REVUE UNIVERSELLE”   

La nouvelle REVUE UNIVERSELLE (Jacques Bainville, fondateur) parait de nouveau. Politique, Histoire, Economie, Diplomatie, Lettres, Beaux-Arts, Poésie, Danse Théartrs, Cinéma.. tous est analysé par des grandes plumes.

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La Nouvelle Revue Universelle: 7 rue Constance - 75018 Paris

 

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Dimanche 2 avril 2006

 

 

 

Louis, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre,

A tous ceux qui ces présentes verront, salut.





La divine Providence, en nous rappelant dans nos Etats après une longue absence, nous a imposé de grandes obligations. La paix étant le premier besoin de nos Etats, nous nous en sommes occupés sans relâche, et cette paix si nécessaire à la France comme au reste de l’Europe est signée. Une charte constitutionnelle étant sollicitée par l’état actuel du Royaume, nous l’avons promise, et nous la publions. Nous avons considéré que, bien que l’autorité toute entière résida en France dans la personne du Roi, nos prédécesseurs n’avaient point hésité à en modifier l’exercice suivant la différence des temps, que c’est ainsi que les communes ont dû leur affranchissement à Louis le Gros, la confirmation et l’extension de leurs droits à saint Louis et à Philippe le Bel, que l’ordre judiciaire a été établi et développé par les lois de Louis XI, de Henri II et de Charles IX, enfin que Louis XIV a réglé presque toutes les parties de l’administration publique par différentes ordonnances dont rien encore n’avait surpassé la sagesse. Nous avons pu, à l’exemple des Rois nos prédécesseurs, apprécier les efforts et progrès toujours croissants des lumières, les apports nouveaux que ces progrès ont introduits dans la société, la direction imposée aux esprits depuis un demi siècle, et les graves altérations qui en sont résultées. Nous avons reconnu que le vœu de nos sujets pour une charte constitutionnelle était l’expression d’un besoin réel, mais en cédant à ce vœu, nous avons pris toutes les précautions pour que cette Charte fut digne de nous et du peuple auquel nous sommes fiers de commander. Des hommes sages pris dans les premiers corps de l’Etat se sont réunis à des commissaires de notre Conseil pour travailler à cet important ouvrage.



En même temps que nous reconnaissons qu’une Constitution libre et monarchique devait remplir l’attente de l’Europe éclairée, nous avons dû nous souvenir aussi que notre premier devoir envers nos peuples était de conserver pour leur propre intérêt les droits et les prérogatives de notre couronne. Nous avons espéré qu’instruits par l’expérience, ils seraient convaincus que l’autorité suprême peut, écrite, donner aux institutions qu’elle établie la force, la permanence et la majesté dont elle est elle-même revêtue, qu’ainsi, lorsque la sagesse des Rois s’accorde librement avec le vœu des peuples, une charte constitutionnelle peut être de longue durée ; mais que, quand la violence arrache des concessions à la faiblesse du gouvernement, la liberté publique n’est pas moins en danger que le trône même. Nous avons enfin cherché les principes de la charte constitutionnelle dans le caractère français, et dans les monuments vénérables des siècles passés. Ainsi, nous avons vu dans le renouvellement de la Pairie une institution vraiment nationale, et qui doit lier tous les souvenirs à toutes les espérances, en réunissant les temps anciens et les temps modernes.



Nous avons remplacé, par la Chambre des députés, ces anciennes assemblées des Champs de Mars et de Mai, et ces chambres du tiers-état qui ont si souvent donné tout à la fois des preuves de zèle pour les intérêts du peuple, de fidélité et de respect pour l’autorité des Rois. En cherchant ainsi à renouer la chaîne des liens que de funestes écarts avaient interrompue, nous avons effacé de notre souvenir, comme nous voudrions qu’on puis les effacer de l’histoire, tous les maux qui ont affligé la patrie durant notre absence. Heureux de nous retrouver au sein de la grande famille, nous n’avons su répondre à l’amour dont nous avons tant de témoignages, qu’en prononçant des paroles de paix et de consolation. Le vœu le plus cher à notre cœur, c’est que tous les Français vivent en frères, et que jamais aucun souvenir amer ne trouble la sécurité qui doit suivre l’acte solennel que nous leur accordons aujourd’hui.



Sûrs de nos intentions, forts de notre conscience, nous nous engageons devant l’assemblée qui nous écoute à être fidèles à cette charte constitutionnelle, nous réservant d’en jurer le maintien avec une nouvelle solennité devant les autels de Celui qui pèse dans la même balance les Rois et les Nations.



A ces causes,

Nous avons volontairement, et par le libre exercice de notre autorité royale, accordé et accordons, fait concession et octroi à nos sujets, tant pour nous que pour nos successeurs, et à toujours, de la charte constitutionnelle qui suit :



Droits publics des Français.



Article premier. Les Français sont égaux devant la loi, quels que soient d’ailleurs leurs titres et leurs rangs.

2. Ils contribuent indistinctement, dans la proportion de leur fortune, aux charges de l’Etat.

3. Ils sont tous également admissibles aux emplois civils et militaires.

4. Leur liberté individuelle est également garantie, personne ne pouvant être poursuivi ni arrêté que dans les cas prévus par la loi, et dans la forme qu’elle prescrit.

5. Chacun professe sa religion avec une égale liberté, et obtient pour son culte la même protection.

6. Cependant la religion catholique, apostolique et romaine, est la religion de l’Etat.

7. Les ministres de la religion catholique, apostolique et romaine, et ceux des autres cultes chrétiens, reçoivent seuls des traitements du trésor royal.

8. Les Français ont le droit de publier et de faire imprimer leurs opinions, en se conformant aux lois qui doivent réprimer les abus de cette liberté.

9. Toutes les propriétés sont inviolables, sans aucune exception de celles qu’on appelle nationales, la loi ne mettant aucune différence entre elles.

10. L’Etat peut exiger le sacrifice d’une propriété, pour cause d’intérêt public légalement constaté, mais avec une indemnité préalable.

11. Toutes recherches des opinions et votes émis jusqu’à la restauration sont interdites. Le même oubli est commandé aux tribunaux et aux citoyens.

12. La conscription est abolie. Le mode de recrutement de l’armée de terre et de mer est déterminé par une loi.



Formes du Gouvernement du Roi.



13. La personne du Roi est inviolable et sacrée. Ses ministres sont responsables. Au Roi seul appartient la puissance exécutive.

14. Le Roi est le chef suprême de l’Etat, commande les forces de terre et de mer, déclare la guerre, fait les traités de paix, d’alliance et de commerce, nomme à tous les emplois d’administration publique, et fait les règlements et ordonnances nécessaires pour l’exécution des lois et la sûreté de l’Etat.

15. La puissance législative s’exerce collectivement par le Roi, la Chambre des pairs et la Chambre des députés des départements.

16. Le Roi propose la loi.

17. La proposition de loi est portée, au gré du Roi, à la Chambre des Pairs ou à celle des députés, exceptée la loi de l’impôt, qui doit être adressée d’abord à la Chambre des députés.

18. Toute loi doit être discutée et votée librement par la majorité de chacune des deux chambres.

19. Les Chambres ont la faculté de supplier le Roi de proposer une loi sur quelqu’objet que ce soit, et d’indiquer ce qui leur paraît convenable que la loi contienne.

20. Cette demande pourra être faite par chacune des deux Chambres, mais après avoir été discutée en comité secret ; elle ne sera envoyée à l’autre Chambre par celle qui l’aura proposée, qu’après un délai de dix jours.

21. Si la proposition est adoptée par l’autre Chambre, elle sera mise sous les yeux du Roi ; si elle est rejetée, elle ne pourra être représentée dans la même session.

22. Le Roi seul sanctionne et promulgue la loi.

23. La liste civile est fixée pour toute la durée du règne, par le première législature assemblée depuis l’avènement du Roi.

De la Chambre des pairs.



24. La Chambre des pairs est une portion essentielle de la puissance législative.

25. Elle est convoquée par le Roi en même temps que la Chambre des députés des départements. La session de l’une commence et finit en même temps que celle de l’autre.

26. Toute assemblée de la Chambre des pairs qui serait tenue hors du temps de la session de la Chambre des députés ou qui ne serait pas ordonnée par le Roi, est illicite et nulle de plein droit.

27. La nomination des pairs appartient au Roi. Leur nombre est illimité ; il peut en varier les dignités, les nommer à vie ou les rendre héréditaires selon sa volonté.

28. Les pairs ont entrée dans la Chambre à vingt-cinq ans, et voix délibérative à trente ans seulement.

29. La Chambre des pairs est présidée par le Chancelier de France, et, en son absence, par un pair nommé par le Roi.

30. Les membres de la famille royale et les princes du sang sont pairs par le droit de la naissance. Ils siègent immédiatement après le président, mais ils n’ont voix délibérative qu’à vingt-cinq ans.

31. Les Princes ne peuvent prendre séance à la Chambre que de l’ordre du Roi, exprimé pour chaque session par un message, à peine de nullité de tout ce qui aurait été fait en leur présence.

32. Toutes les délibérations de la Chambre des pairs sont secrètes.

33. La Chambre des pairs connaît des crimes de haute trahison et des attentats à la sûreté de l’Etat qui seront définis par la loi.

34. Aucun pair ne peut être arrêté que de l’autorité de la Chambre et jugé que par elle en matière criminelle.



De la Chambre des députés des départements.



35. La Chambre des députés sera composée des députés élus par les collèges électoraux dont l’organisation sera déterminée par des lois.

36. Chaque département envoie le même nombre de députés qu’il a eu jusqu’à présent.

37. Les députés seront élus pour cinq ans, et de manière que la Chambre soit renouvelée chaque année par cinquième.

38. Aucun député ne peut être admis dans la Chambre s’il n’est âgé de quarante ans, et s’il ne paie une contribution directe de mille francs.

39. Si néanmoins il ne se trouvait pas dans le département cinquante personnes de l’âge indiqué payant au moins mille francs de contribution directe, leur nombre sera complété par les plus imposés au dessus de mille francs, et ceux ci peuvent être élus communément avec les premiers.

40. Les électeurs qui concourent à la nomination des députés ne peuvent avoir le droit de suffrage s’ils ne paient une contribution directe de trois cents francs, et s’ils n’ont au moins trente ans.

41. Les présidents des collèges électoraux seront nommés par le Roi, et de droit membres des collèges.

42. La moitié au moins des députés sera choisie parmi des éligibles qui ont leur domicile politique dans le département.

43. Le président de la Chambre des députés est nommé par le Roi, sur une liste de cinq membres présentés par la Chambre.

44. Les séances de la Chambre sont publiques ; mais la demande de cinq membres suffit pour qu’elle se forme en comité secret.

45. La Chambre se partage en bureaux pour discuter les projets qui lui ont été présentés de la part du Roi.

46. Aucun amendement ne peut être fait à une loi, s’il n’a été proposé ou consenti par le Roi, et s’il n’a été renvoyé et discuté dans les bureaux.

47. La Chambre des députés reçoit toutes les propositions d’impôts ; ce n’est qu’après que ces propositions ont été admises, qu’elles peuvent être portées à la Chambre des pairs.

48. Aucun impôt ne peut être établi ni perçu, s’il n’a été consenti par les deux Chambres et sanctionné par le Roi.

49.L’impôt foncier n’est consenti que pour un an. Les impositions indirectes peuvent l’être pour plusieurs années.

50. Le Roi convoque chaque année les deux Chambres ; il les proroge, et peut dissoudre celle des députés des départements ; mais, dans ce cas, il doit en convoquer une nouvelle dans le délai de trois mois.

51. Aucune contrainte par corps ne peut être exercée contre un membre de la Chambre, durant la session, et dans les six semaines qui l’auront précédée ou suivie.

52. Aucun membre de la Chambre ne peut, pendant la durée de la session, être poursuivi ni arrêté en matière criminelle, sauf le cas de flagrant délit, qu’après que la Chambre a permis sa poursuite.

53. Toute pétition à l’une ou à l’autre des Chambres ne peut être faite et présentée que par écrit. La loi interdit d’en apporter en personne et à la barre.



Des Ministres.



54. Les ministres peuvent être membres de la Chambre des pairs ou de la Chambre des députés. Ils ont en outre leur entrée dans l’une ou l’autre Chambre, et doivent être entendus quand ils le demandent.

55. La Chambre des députés a le droit d’accuser les ministres et de les traduire devant la Chambre des pairs, qui seule a celui de les juger.

56. Ils ne peuvent être accusés que pour fait de trahison ou de concussion. Des lois particulières spécifieront cette nature de délits, et en détermineront la poursuite.



De l’ordre judiciaire.



57. Toute justice émane du Roi. Elle s’administre en son nom par des juges qu’il nomme et qu’il institue.

58. Les juges nommés par le Roi sont inamovibles.

59. Les cours et tribunaux ordinaires actuellement existants sont maintenus. Il n’y sera rien changé qu’en vertu d’une loi.

60. L’institution actuelle des juges de commerce est conservée.

61. La justice de paix est également conservée. Les juges de paix, quoique nommés par le Roi, ne sont pas inamovibles.

62. Nul ne pourra être distrait de ses juges naturels.

63. Il ne pourra en conséquence être créé de commissions et tribunaux extraordinaires. Ne sont pas comprises sous cette dénomination les juridictions prévôtales, si leur établissement est jugé nécessaire.

64. Les décrets seront publiés en matière criminelle, à moins que cette publicité ne soit dangereuse pour l’ordre et les mœurs, et, dans ce cas le tribunal le déclare par un jugement.

65. L’institution des jurés est conservée. Les changements qu’une plus longue expérience ferait juger nécessaire, ne peuvent être effectués que par une loi.

66. La peine de la confiscation des biens est abolie et ne pourra être rétablie.

67. Le Roi a le devoir de faire grâce et celui de commuer les peines.

68. Le code civil et les lois actuellement existantes qui ne sont pas contraires à la présente Charte restent en vigueur jusqu’à ce qu’il y soit légalement dérogé.





Droits particuliers garantis par l’Etat.



69. Les militaires en activité de service, les officiers et soldats en retraite, les veuves, les officiers et soldats pensionnés, conserveront leurs grades, honneurs et pensions.

70. La dette publique est garantie. Toute espèce d’engagement pris par l’Etat avec ses créanciers est inviolable.

71. La noblesse ancienne reprend ses titres. La nouvelle conserve les siens. Le Roi fait des nobles à volonté, mais il ne leur accorde que des rangs et des honneurs sans aucune exemption des charges et des devoirs de la société.

72. La légion d’honneur est maintenue. Le Roi déterminera les règlements décernant la décoration.

73. Les colonies seront régies par des lois et des règlements particuliers.

74. Le Roi et ses successeurs jureront dans la solennité de leur sacre d’observer fidèlement la présente Charte constitutionnelle.



Articles transitoires.



75. Les députés des départements de France qui siégeaient au corps législatif lors du dernier ajournement, continueront de siéger à la Chambre des députés jusqu’à remplacement.

76.Le premier renouvellement d’un cinquième de la Chambre des députés aura lieu au plus tard de l’année 1816, suivant l’ordre établi entre les séries.





Nous ordonnons que la présente Charte constitutionnelle mise sous les yeux du Sénat et du corps législatif conformément à notre proclamation du 2 mai soit envoyée incontinent à la Chambre des pairs et à celle des députés.



Donné à Paris, l’an de grâce mil huit cent quatorze, de notre règne le dix-neuvième.1




Louis



1 La minute originale de la Charte constitutionnelle du 4 juin 1814 est conservée en réserve du Musée de l’Histoire de France (Archives nationales) sous la cote AE/I/29. Elle est signée par Louis XVIII et scellée de son sceau de cire verte. Le Ministre de l’Intérieur, l’abbé de Montesquiou-Fezensac, a signé la Charte tandis que le Chancelier a posé son visa. Le manuscrit sur parchemin est composé de six feuillets.

par Lux publié dans : Histoire
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Mardi 28 mars 2006

 

 

Cent CINQUANTE ans après 1789, et dans un ébranlement général dont nous ne pouvons prévoir les suites, il est facile au contraire de dresser un tableau synoptique de la Révolution dite des Droits de l'Homme et de la fulgurante carrière de Bonaparte, fils de cette même Révolution. Je m'y suis efforcé en m'aidant des principaux travaux de langue française publiés depuis soixante ans et qui ont remis les choses au point, notamment en ce qui constitue la Terreur, Robespierre, le rôle de la Sûreté générale et la courbe napoléonienne qui va  d'Arcole à Waterloo. Cette Histoire est un drame très cohésif, dont toutes les parties se tiennent et s'enchaînent. Drame religieux et philosophique, auquel succède une guerre civile d'une effroyable férocité que l'intervention d'un soldat conquérant transporte au dehors, sur les champs de bataille de l'Europe. Balzac avait bien vu qu'il existe une pathologie et une clinique des peuples et nations comme il en est des individus. Il suffit d'attendre, avec la collaboration du temps, que s'en soient dégagées les grandes lignes.

 

A beaucoup de Français, à quatre générations de Français, on a fait croire que la Révolution de 1789 avait apporté la civilisation et à ce qu'on appela un progrès, une révélation celle de la personnalité humaine, et un bienfait la liberté. C'est une erreur grossière, dont l'ambition a fait un mensonge. Le christianisme a transformé la personnalité humaine par la charité, dont la «fraternité » révolutionnaire est la caricature. Quant à la liberté, elle est l'émanation de la conscience et un idéal toujours poursuivi, jamais atteint.

 

Mouvement des foules et de l'instinct, la Révolution, maladie et fléau, s'est incarnée dans deux hommes : Robespierre et Bonaparte. Ce dernier a revendiqué à plusieurs reprises cette généalogie politique. Puis le cours des événements l'a amené à; à se convaincre qu'il était quelque chose de plus que " Robespierre à cheval » et il est entré, sans doute sous l'influence de Talleyrand, dans les projets dynastiques que l'on connaît. Comme Robespierre, sous une autre forme, il a couru après un mirage, qui devait le conduire à Sainte Hélène, celui de Robespierre l'ayant conduit au 9 thermidor et à l'échafaud.

 

La Révolution de 48 est une réduction de celle de 1789, de même que le Second Empire est une réduction du premier. L'aboutissement est le même, et Sedan copie Waterloo. C'est le Waterloo d'un imbécile.

 

Du 4 septembre 1870 à nos jours, la Révolution est entrée dans cette forme torpide qu'on appelle la démocratie parlementaire et qui est le régime des assemblées.

 

Par son impréparation militaire la démocratie a valu à la France la guerre de 1914 1918 et une nouvelle invasion de quatre ans. Beaucoup, et nous sommes de ceux là, commencent à trouver ver qu'en voilà assez.

 

La Révolution a fait deux illustres victimes dans les personnes du prince des poètes, André Chénier et du prince des savants, Lavoisier. La démocratie  Maurras l'a remarqué   est en train d'en faire une troisième qui est la France. Nous en avons la preuve manifeste dans la baisse constante de la natalité, mal inflexible auquel on ne cherche même plus de remède et que l'on se contente de constater.

 

Les derniers défenseurs du régime démocratie qui jadis a tué la Grèce, la mieux douée de beaucoup des nations antiques, s'efforcent d'établir démarcation entre ce régime et la démagogie. Cette démarcation n'existe pas. Au point de vue de l'Enseignement, de la Défense nationale, du tonus moral, des finances et de l'économie du pays, dé démocratie et démagogie partent des mêmes causes 1 aboutir aux mêmes effets. Il faut ou lutter coi elles et leur commune source révolutionnaire, périr.

 

Nous avons montré la Révolution telle qu'elle son produit, Bonaparte, tel qu'il fut et d'après textes. Nous n'avons avancé aucun fait sans apporter la preuve et notre exposé est, en tous points, de notoriété historique. Il ne s'agit pas ici d'un pamphlet. Le ton peut être parfois vif, mais un fils qui voit tuer sa mère sous ses yeux et célébrer cet assassinat, cette profanation, comme une merveille veille d'intelligence et d'humanité, ne saurait contenir sa légitime colère et ménager les bourreaux. Il faut d'ailleurs distinguer, parmi ceux ci, les in( inconscients, les demi conscients, et les conscients; c'est ce que nous avons fait.

 

La révolution russe, la révolution espagnole ont été copiées sur la révolution de 1789. Les mêmes excès, les mêmes abominations, les mêmes fièvres vaines, les mêmes hécatombes les ont marquées. Elles s'éclairent réciproquement et plus les années passent, plus cette ressemblance ou, mieux, cette filiation s'accentueront.

 

Pendant tout le XIXe siècle a couru cette explication de la Révolution de .1789 qu'elle était une réaction de la Gaule autochtone envahie contre l'envahisseur franc. Ainsi s'expliquaient ses fureurs par d'immenses injustices accumulées au cours des âges, confirmant à l'aide de textes juridiques une expropriation initiale. L'esprit des lois, pour employer le langage de Montesquieu, n'était ainsi qu'une lente acclimatation à l'esclavage. La simplicité de cette thèse en fit le succès et Drumont, lui-même, l'avait en partie adoptée comme contrefort à l'invasion juive.

 

 

 

Mais notre plus grand historien Fustel de Coulanges, le Thucydide français, la réfuta, et sans réplique, dans son magistral ouvrage les Institutions politiques de l'ancienne France. Il y démontra, textes en mains, que l'invasion franque avait été en fait une infiltration, un lent amalgame, si ce n'est une véritable absorption et les travaux de Camille Jullian ont confirmé cette explication, En même temps, Fustel de Coulanges, dans une page célèbre, condamnait sans appel la démocratie.

par Lux publié dans : Histoire
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Vendredi 24 mars 2006

 

Si la correspondance et les proclamations de Bonaparte, devenu Napoléon, nous livrent la succession des faits, victoires, batailles « à peu près gagnées », selon le mot de Talleyrand, projets abandonnés, puis repris, elles ne nous font rien connaître du travail psychologique qui amena le fils de la Révolution, le Premier Consul, victorieux, l'homme de l'expédition d'Égypte, à se faire sacrer Empereur, avec la belle et désirable Joséphine comme Impératrice et à se constituer, aux Tuileries. une Cour à l'image de celle des rois. Je dis à l'image, il faudrait dire « à la caricature ». Aventure tragicomique que domine, pour la politique étrangère, la railleuse figure de Talleyrand murmurant : « Quel malheur qu'un si grand homme soit si mal élevé! » Insensible pour la conservation, ou la perte de la vie humaine, comme les types de son espèce chez qui le don militaire, cette algèbre des champs de bataille, remplace tout, ce personnage insulaire, né dans une île, mort dans une autre, et toujours borné par la mer, ignorant de la vie spirituelle, manquait d'un sens comique élevé qui lui eût fait sentir celui de son propre personnage.

 

 

 

On connaît sa phrase célèbre : « J'ai fait la plupart de mes plans de campagne avec les rêves de mes soldats endormis. » C'est à dire qu'il réalisait leurs voeux secrets qui lui parvenaient à travers le silence des nuits. Mais lui même que souhaitait il, que voulait il en dehors, pour le présent, de la beauté fondante et ferme de Joséphine et, pour l'avenir, de l'extase de la postérité? Ni dans ses conversations avec Roederer, où l'on entend le mieux sa parole impérieuse dominant ses hésitations, ni dans le fatras grandiloquent du Mémorial, il n'est possible de le discerner.

 

 

 

Au 10 août, voyant Louis XVI se rendre, vaincu sans combat, de son palais des Tuileries à l'assemblée législative, Bonaparte murmura : « Che coglione! » Il eût pu s'appliquer ce mot cruel à lui-même quand il s'embarqua sur le Bellérophon pour demander, « comme Thémistocle », asile à l'Angleterre. Tel Gribouille, lointain parent de Thémistocle, il se jetait à l'eau de peur de se noyer. Marchand, le héros de Fachoda, disait de lui : " Il ignorait la puissance de la mer et il croyait qu'on peut conquérir le monde par la terre, alors qu'on ne peut le conquérir que par la mer... » Marchand ajoutait : « cela l'Angleterre l'a toujours su. " Bonaparte disait aussi « Mon imagination est morte à Saint Jean d'Acre. » Or son imagination était le grand levier de sa fortune, mais sans but précis, contrairement à celle de Jules César. Car on englobe, sous le terme générique de " dictateurs » des types humains bien différents, les uns centripètes, comme le vainqueur des Gaules et qui voulait créer une barrière permanente devant l'invasion des barbares, les autres centrifuges, tel Sylla qui voulait prévenir Mithridate en allant l'attaquer en Grèce.

 

 

 

Coaliser l'Europe contre l'Angleterre, isoler et bloquer l'Angleterre, telle était, sans aucun doute, la pensée maîtresse de Napoléon, parvenu au pouvoir suprême grâce au coup d'État de Brumaire. Première étape; apprendre aux peuples d'Europe « la liberté », soit par la persuasion, soit par la force armée. Deuxième étape : remplacer sur les trônes les dynasties héréditaires par des dynasties napoléoniennes, dociles aux grands projets du roi des rois, de Napoléon en personne. Un tel dessein dépassait les possibilités d'une vie humaine et, quand celui qui, hier encore, était Bonaparte le comprit,   sans doute avec l'aide de Talleyrand,   il conçut la répudiation de Joséphine, le renoncement au petit madras créole, coquettement noué autour des cheveux et, comme compensation, la couche, présumée féconde, de Marie Louise.

 

 

 

Les divers désirs d'un même homme prennent toujours à peu près la même forme. Napoléon, comme son premier «moi » Bonaparte, était né sous le signe de la vitesse. Quand il avait envie d'une femme, il la lui fallait tout de suite et la précipitation était, comme aux armées, sa tactique. La hâte de traiter aussitôt après la victoire lui masqua la fragilité de traités ainsi conclus sur le tambour. Il bâcla ses coalitions. Il n'observa pas la règle de la sagesse provençale : « Sian pas pressa. » Nous ne sommes pas pressés. » C'est ainsi qu'en amour comme en politique il se comporta à la façon d'un puceau. S'il avait lu les Liaisons dangereuses de Laclos, il ne les avait sans doute pas comprises.

 

 

 

Mais le voici, en brûlant et brouillant les étapes, à l'apogée de la gloire, au bulletin de victoire. d'Austerlitz :

 

 

 

Austerlitz, 12 frimaire an XIV

(3 décembre 1805).

 

 

 

 

 

 

Soldats, je suis content de vous. Vous avez, à la journée d'Austerlitz, justifié tout ce que j'attendais de votre intrépidité. Vous avez décoré vos aigles d'une immortelle gloire. Une armée de 100.000 hommes, commandée par les empereurs de Russie et d'Autriche, a été en moins de quatre heures ou coupée ou dispersée. Ce qui a échappé à votre ter s'est noyé dans les lacs. Quarante drapeaux, les étendards de la garde impériale de Russie, cent vingt pièces de canon, vingt généraux, plus de 30.000 prisonniers sont le résultat de cette journée à jamais célèbre. Cette infanterie tant vantée et en nombre supérieur n'a pu résister à votre choc, et désormais vous n'avez plus de rivaux à redouter. Ainsi, en deux mois, cette troisième coalition a été vaincue et dissoute. La paix ne peut plus être éloignée : mais, comme je l'ai promis a mon peuple avant de passer le Rhin, je ne ferai qu'une paix qui nous donne des garanties et assure des récompenses à nos alliés.

 

 

 

Promontoire étoilé, voici le bulletin correspondant de la grande armée :

 

 

 

 

 

 

Le 11 frimaire, le jour parut enfin. Le soleil se leva radieux; et cet anniversaire du couronnement de l'Empereur, où allait se passer l'un des plus beaux faits d'armes du siècle, fut une des plus belles journées de l'automne.

 

 

 

Cette bataille, que les soldats s'obstinent à appeler la journée des trois empereurs, que d'autres appellent la journée de l'anniversaire, et que l'Empereur a nommée la bataille d'Austerlitz, sera à jamais mémorable dans les fastes de la grande nation.

 

 

 

 

 

 

L'Empereur, entouré de tous les maréchaux, atten dait pour donner les derniers ordres que l'horizon tût bien éclairci. Aux premiers rayons du soleil, les ordres turent donnés, et chaque maréchal rejoignit son corps au grand galop. L'Empereur dit en passant sur le front de bandière de plusieurs régiments : " Soldats, il faut finir cette campagne par un coup de tonnerre qui confonde l'orgueil de nos ennemis ; et aussitôt les chapeaux au bout des baïonnettes et les cris de « Vive l'Empereur! »turent le véritable signal du combat. Un instant après, la canonnade se fit entendre à l'extrémité de la droite, que l'avant garde ennemie avait delà débordée ; mais la rencontre imprévue du maréchal Davout arrêta l'ennemi tout court, et le combat s'engagea.

 

 

 

Le maréchal Soult s'ébranle au même instant, se dirige sur les hauteurs du village de Pratzen avec les divisions des généraux Vandamme et Saint Hilaire, et coupe entièrement la droite de l'ennemi, dont tous les mouvements devinrent incertains. Surprise par une marche de flanc pendant qu'elle fuyait, se croyant attaquante et se voyant attaquée, elle se regarde comme à demi battue.

 

 

 

 

 

 

Le prince Murat s'ébranle avec sa cavalerie. La gauche, commandée par le maréchal Lannes, marche en échelons par régiment, comme à l'exercice. Une canonnade épouvantable s'engage sur toute la ligne. Deux cents pièces de canon et près de 200.000 hommes faisaient un bruit affreux. C'était un véritable combat de géants. Il n'y avait pas une heure qu'on se battait, et toute la gauche de l'ennemi était coupée. Sa droite se trouvait déjà arrivée a Austerlitz. quartier général des deux empereurs, qui durent faire marcher sur le champ la garde de l'rempereur de Russie pour tâcher de rétablir la communication du centre avec la gauche. Un bataillon du 4e de ligne tut chargé par la garde impériale russe à cheval, et culbuté ; mais l'Empereur n'était pas loin : il s'aperçut de ce mouvement. il ordonna au maréchal Bessières de se porter au secours de sa droite avec ses invincibles, et bientôt les deux gardes en jurent aux mains. Le succès ne pouvait être douteux : en un moment, la garde russe tut en déroute ; colonel, artillerie, étendards, tout tut enlevé. Le régiment du grand duc Constantin fut écrasé ; lui même ne dut son salut qu'à la vitesse de son cheval.

 

 

 

Des hauteurs d'Austerlitz, la deux empereurs virent la défaite de la garde russe. Au mime moment, le centre de l'armée, commandé par le maréchal Bernadotte, s'avança ; trois de ses régiments soutinrent une très belle charge de cavalerie. La gauche, commandée par le maréchal Lannes, donna trois fois ; toutes toutes les charges jurent victorieuses. La division du général Caffarelli s'est distinguée. Les divisions de cuirassiers se sont emparées des batteries de l'ennemi.

 

 

 

 

 

 

À une heure après midi la victoire était décidée. Elle n'avait pas été un moment douteuse. Pas un homme de la réserve n'avait été nécessaire et n'avait donné nulle part.

 

 

 

La canonnade ne se soutenait plus qu'à notre droite. Le corps ennemi qui avait été cerné et chassé de toutes ses hauteurs se trouvait dans un bas fond et acculé à un lac. L'Empereur s'y porta avec vingt pièces de canon. Ce corps tut chassé de position en position, et l'on vit un spectacle horrible, tel qu'on l'avait vu àAboukir, 20.000 hommes se jetant dans l'eau et se noyant dans les lacs !

 

 

 

 

 

 

Deux colonnes, chacune de 4.000 Russes, mettent bas les armes et se rendent prisonnières. Tout le parc de l'ennemi est pris. Les résultats de cette journée sont quarante drapeaux russes, parmi lesquels sont les étendards de la garde impériale, un nombre considérable de prisonniers (l'état major ne la connaît pas encore tous, on avait déjà la note de vingt mille); douze ou quinze généraux au moins, quau moins, quinze mille Russes tués, restés sur le champ de bataille. Quoique on n'ait pas encore les rapports, on peut, au premier coup d'il évaluer notre perte à huit cents hommes tués et à quinze ou seize cents blessés. Cela n'étonnera pas les militaires, qui savent que ce n'est que dans la déroute qu'on perd des hommes, et nul autre corps que le bataillon du 4e n'a été rompu. Parmi les blessés sont le général Saint Hilaire, qui, blessé au commencement de l'action, est resté sur le champ de bataille; il s'est couvert de gloire; les généraux de division Kellermann et Walther, les généraux de brigade Valhubert, Thlébault, Sébastiani, Compans et Rapp, aide de camp de l'Empereur. C'est ce dernier qui, en chargeant à la tête des grenadiers de la Garde, a pris le prince Repnine, commandant les chevaliers de la garde impériale de Russie. Quant aux hommes qui se sont distingués, c'est toute l'armée qui s'est couverte de gloire. Elle a constamment chargé aux cris de « Vive l'Empereur 1 a et l'idée de célébrer si glorieusement l'anniversaire du couronnement animait encore le soldat.

 

 

 

L'armée française, quoique nombreuse et belle, était moins nombreuse que l'armée ennemte;e ennemie, qui était forte de cent cinq mille hommes, dont quatre vingt mille Russes et vingt cinq mille Autrichiens. La moitié de cette armée est détruite; le reste a été mis en déroute complète, et la plus grande partie a jeté ses armes,

 

 

 

 

 

 

Joséphine n'est pas oubliée. L'Angleterre non plus.

 

 

 

A JOSÉPHINE

 

 

 

Austerlitz, 12 frimaire an XIV (3 décembre 1805).

 

 

 

Je t'ai expédié Lebrun du champ de bataille. J'ai battu l'armée russe et autrichienne commandée par les deux empereurs. Je me suis un peu fatigué; j'ai bivouaqué huit jours en plein air par des nuits assez fraîches. Je couche ce soir dans le château du prince de Kaunitz où je vais dormir deux ou trois heures. L'armée russe est non seulement battue, mais détruite. Je t'embrasse.

 

 

 

 

 

 

Austerlitz, 16 frimaire an XIV (7 décembre).

 

 

 

J'ai conclu une trêve. Les Russes s'en vont. La bataille d'Austerlitz est la plus belle de toutes celles que j'ai données : quarante cinq drapeaux, plus de cent cinquante pièces de canon, les étendards de la garde de Russie, vingt généraux, trente mille prisonniers, plus de vingt mille tues; spectacle horrible!

 

 

 

 

 

 

L'empereur Alexandre est au désespoir et s'en va en Russie. J'ai vu hier à mon bivouac l'empereur d'Allemagne : nous causâmes deux heures; nous sommes convenus de taire vite la paix.

 

 

 

Le temps n'est pas encore très mauvais. Voilà enfin le repos rendu au continent; il faut espérer qu'il va l'être au monde : les Anglais ne sauraient nous taire iront.

 

 

 

 

 

 

Je verrai avec bien dit plaisir le moment qui me rapprochera de toi. Adieu, ma bonne amie Je me porte assez bien et suis tort désireux de t'embrasser.

 

 

 

Austerlitz, 16 frimaire an XIV (7 décembre).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J'ai conclu un armistice; avant huit jours, la paix sera faite. Je désire apprendre que tu es arrivée à. Munich en bonne santé. Les Russes s'en vont; ils ont fait une perte immense : plus de vingt mille morts et trente mille pris. Leur armée est réduite des trois quarts. Buxhoevden, leur général en chef, est tué. J'ai trois mille blessés et sept à huit cents morts.

 

 

 

J'ai un peu mal aux yeux; c'est une maladie courante et très peu de chose. Adieu, mon amie; je désire bien te revoir.

 

 

 

 

 

 

La destinée de Bonaparte a atteint son apogée à Austerlitz, contre l'Autriche, puis à Iéna contre la Prusse, par la rencontre de sa politique et de sa psychologie. Remporter des victoires éclatantes, grâce à un don militaire exceptionnel, c'était bien; conquérir l'univers, ou une grande partie de l'univers, c'était mieux. Mais la chose la mieux assurée, la base, et sans laquelle tout branlerait toujours, c'eût été de fonder une dynastie par une alliance matrimoniale soit avec la Russie, soit avec l'Autriche. La ligne autrichienne avait pour elle la tradition de Choiseul, qu'avait fait avorter la Révolution. Cette tradition, visant l'Angleterre, il eût été piquant que le fils de la Révolution la reprît.

 

 

 

Malgré tant de travaux, de mémoires, de témoignages, la psychologie de Bonaparte est mal connue. L'immense étendue de son imagination avait développé en lui cette faculté maîtresse, pour un chef civil et militaire à la fois, qui consiste à situer les gens, dans leur famille, leur, catégorie, leur passé, leurs fonctions, etc... Dès qu'on lui présentait quelqu'un, l'interrogatoire commençait : « Qui êtes vous? Comment vous appelez vous? Quel âge avez vous? Nous sommes nous déjà trouvés en contact? Connaissez vous un tel ou un tel? etc'... » Il faut rapprocher de cette habitude ces crises d'étonnement qui prenaient à l'improviste le premier consul comme l'Empereur, et faisaient qu'il se demandait brusquement « qui suis je? » et " où suis je? ». Maintes fois, dans la paix comme à la guerre, fut constaté chez lui cet étonnement devant soi même, aboutissant à une sorte de stupeur. Adaequatio reï et intellectus, ainsi saint Thomas a t il défini cet équilibre mystérieux entre la raison et son objet, dont la rupture provoque un court émoi, ou un court circuit. Le besoin de précision de Bonaparte était àco up sûr une dépendance et une revanche de sa tendance à l'illimité.

 

 

 

Son attitude morale et politique vis à vis du Pape, demeurée une énigme pour tout réalisme transcendantal, apparaît dans cette lettre du 13 février 1806; on voit bien là qu'il n'est pas d'Église et qu'il croit pouvoir saisir l'insaisissable :

 

 

 

Paris, 13 février 1806.

 

 

 

 

 

 

Très  Saint Père, j'ai reçu ta lettre de Votre Sainteté, dit 29 janvier. Je partage toute sa peine; je conçois qu'elle doit avoir des embarras. Elle peut tout éviter en marchant dans une route droite, et en n'entrant pas dans le dédale de la politique et des considérations pour des puissances qui, sous le point de vue de la religion, sont hérétiques et hors de l'Église) et ' sous celui de la politique, sont éloignées de ses Étais, incapables de la protéger, et ne peuvent lui faire que du mal. Toute l'Italie sera soumise sous ma loi. Je ne toucherai rien à l'indépendance du Saint Siège; je lui ferai même payer les dépenses que lui occasionnerait le mouvement de mon armée; mais nos conditions doivent être que Votre Sainteté aura pour moi, dans le temporel, les mêmes égards que je lui porte pour le spirituel, et qu'elle cessera des ménagements inutiles envers les hérétiques ennemis de l'Église, et envers les puissances qui ne peuvent lui faire aucun bien. Votre Sainteté est souveraine de Rome, niais j'en suis l'empereur. Toits mes ennemis doivent être les siens. Il n'est donc pas convenable qu'aucun agent du roi de Sardaigne, aucun Anglais, Russe ni Suédois réside à Rome ou dans vos États, ni qu'aucun bâtiment appartenant à ces puissances entre dans vos ports.

 

 

 

Comme chef de notre religion, j'aurai toujours pour Votre Sainteté la déférence filiale que je lui ai montrée dans toutes les circonstances; niais je suis comptable envers Dieu, qui a bien voulu se servir de mon bras pour rétablir la religion. Et comment puis je, . sans gémir, la voir compromise par les lenteurs de la Cour de Rome ? On ne finit rien, et pour des intérêts mondains, pour de vaines prérogatives de la tiare, on laisse périr des âmes, le vrai fondement de la religion. Ils en répondront devant Dieu, ceux qui laissent l'Allemagne dans l'anarchie; ils en répondront devant Dieu, ceux qui retardent l'expédition des bulles de mes évêques et qui livrent nies diocèses à l'anarchie. Il faut six mois pour que les évêques puissent entrer en exercice, et cela peut être lait en huit jours. Quant aux affaires d'Italie, j'ai tout lait pour les évêques, j'ai consolidé les intérêts de l'Église; je n'ai touché en rien au spirituel. Ce que j'ai lait àMilan, je le ferai à Naples, et partout où mon pouvoir s'étendra. Je ne refuse pas d'accepter le concours d'hommes doués d'un vrai zèle pour la religion et de m'entendre avec eux; mais si, à Rome, on passe les journées à ne rien faire et dans une complète inertie, moi que moi que Dieu a commis, après de si grands bouleversements, pour veiller au maintien de la religion, je ne puis devenir, le ne puis rester indifférent à tout ce qui peut nuire au bien et au salut de mes peuples.

 

 

 

 

 

 

Très Saint Père, je sais que Votre Sainteté veut le bien; mais elle est environnée d'hommes qui ne le veulent pas, qui ont de mauvais principes, et qui, au lieu de travailler dans ces moments critiques à remédier aux maux qui se sont introduits, ne travaillent qu'à les aggraver. Si Votre Sainteté voulait se souvenir de ce que je lui ai dit à Paris, la religion de l'Allemagne serait organisée et non dans le mauvais état où elle est. Dans ce pays et en Italie, tout se serait fait de concert avec Votre Sainteté et convenablement. Mais je ne puis laisser languir un an ce qui doit être lait en quinze jours. Ce n'est pas en dormant que j'ai porté si haut l'état du clergé, la publicité du culte et réorganisé la religion en France, de telle sorte qu'il n'est pas de pays où elle tasse tant de bien, où elle soit plus respectée et où elle jouisse de plus de considération. Ceux qui parlent à Votre Sainteté un autre langage la trompent, et sont ses ennemis; ils attireront des malheurs s malheurs qui finiront par leur être funestes.

 

 

 

Sur ce, je prie Dieu, Très Saint Père, qu'il vous conserve toujours de nombreuses années au régime et au gouvernement de notre mère Sainte Église.

 

 

 

 

 

 

Votre dévot fils.

 

 

 

NAPOLEON

 

 

 

 

 

 

Les attributions de royaumes et de principautés à des membres de sa famille, sans tenir compte des capacités personnelles, outre le puissant comique qu'elles dégageaient, ont créé à Bonaparte des complications de surcroît et des préoccupations dont il se serait bien passé. Sa famille lui a été ainsi une charge dont le poids allait croissant. On s'en apercevra par cette lettre à Louis Napoléon, roi de Hollande, à La Haye.

 

 

 

 

 

 

Saint Cloud, 27 mars 1808, 7 heures du soir.

 

 

 

 

 

 

Mon Frère, le roi d'Espagne vient d'abdiquer, le prince de la Paix a été mis en prison; un commencement d'insurrection a éclaté à Madrid. Dans Madrid. Dans cette circonstance, mes troupes étaient éloignées de quarante lieues de Madrid. Le grand duc de Berg a du y entrer, le 23, avec quarante mille hommes. Jusqu'à cette heure, le peuple m'appelle à grands cris. Certain que je n'aurai de paix solide avec l'Angleterre qu'en donnant un grand mouvement au continent, j'ai résolu de mettre un prince français sur le trône d'Espagne. Le climat de la Hollande ne vous convient pas. D'ailleurs, la Hollande ne saurait sortir de ses ruines. Dans  ce tourbillon du monde, que la paix ait lieu ou non, il n'y a pas de moyen pour qu'elle se soutienne. Dans cette situation des choses, je pense à vous pour le trône d'Espagne. Vous serez souverain d'une nation généreuse, de onze millions d'hommes, et de colonies importantes. Avec de l'économie et de l'activité, l'Espagne peut avoir soixante mille hommes sous les armes et cinquante vaisseaux dans ses ports. Répondez-moi catégoriquement quelle est voire opinion sur ce sujet. Vous sentez que ceci n'est encore qu'un projet, et que, quoique j'aie cent mille hommes en Espagne, il est possible, par les circonstances qui peuvent survenir, ou que je marche directement et que tout soit tait en quinze jours, ou que je marche plus lentement et que cela t que cela soit le secret de plusieurs mois d'opérations. Répondez moi catégoriquement. Si je vous nomme roi d'Espagne, l'agréez vous ? Comme il serait possible que votre courrier ne me trouvât plus à Paris et qu'alors il faudrait qu'il traversât l'Espagne au milieu de chances qu'on ne peut prévoir, répondez moi seulement ces deux mots : « J'ai reçu votre lettre de tel jour, je réponds oui », et alors je compterai que vous ferez ce que je voudrai, ou bien non, ce qui voudra dire que vous n'agréez pas ma proposition. Vous pourrez ensuite écrire une lettre où vous développerez vos idées en détail sur ce que vous voulez, et vous l'adresserez, sous l'enveloppe de votre femme, à Paris; si j'y suis, elle me. la remettra, sinon elle vous la renverra. Ne mettez personne dans votre confidence, et ne parlez àqui que ce soit de l'objet de cette lettre; car il faut qu'une chose soit faite pour qu'on avoue y avoir pensé.

 

 

 

NAPOLEON

 

 

 

 

 

 

Il semble aujourd'hui extraordinaire qu'un être de la pénétration de l'Empereur et qui connaissait son entourage, ait pu confier des intérêts aussi importants, dans des circonstances aussi hasardeuses, à des personnages que recommandaient seulement à son choix des liens de parenté. Quand arrivèrent les heures noires et la débâcle, tout cet échafaudage doré s'effondra, bien entendu. Seule, la tendre Pauline poussa vers le Gouvernement anglais, à propos du séjour malsain de Sainte Hélène, une supplication fraternelle d'angoisse et de douleur. Aussi bonne que belle, telle eût pu être sa devise, à cet être de volupté, née et grandie parmi le fracas des armes, pour les délices de l'amour.

 

 

 

 

 

 

Homme de clan en sa qualité de Corse, Napoléon voulut restaurer la monarchie dans sa propre personne et sous la forme du clan. Or il avait affaire   sauf Lucien   à des vaniteux, à des imbéciles et à des incapables, qui excitaient la risée alors que lui excitait la crainte. A ce contraste s'attachait un caractère burlesque qui n'est apparu que peu à peu et duquel l'institution des majorats donnait un faux semblant de durée. Qu'est ce qu'une aristocratie improvisée et qui n'a pas pour elle la force du temps, et comment aucun des jurisconsultes dont Bonaparte aimait à s'entourer car il prenait plaisir à parler du Code et de ses exigences en matière civile   ne lui en fit il l'observation! S'il y avait chez lui, entremêlées, de la grandeur et de la démence, il y avait aussi du primaire, par cette idée orgueilleuse et vaine qu'il ne pouvait pas se tromper.

 

 

 

 

 

 

Aux yeux de l'Anglais supérieur, l'étranger qui s'attaque à la Grande Bretagne, à ses traditions, à sa quasi universalité, à ses institutions, où il y a cependant du baroque, ne peut être qu'un présomptueux fantoche. La force de l'Anglais est sa subjectivité. On conçoit donc que Bonaparte, venant après le chaos . révolutionnaire   voir les dessins de Gilray   et s'en vantant, puis prétendant bâtir un gouvernement raisonnable et refaire un régime viable avec ce personnel de bohèmes et de soudards, et mettre, sur le trône de France une jolie catin venue des Îles, soit apparu aux Britanniques comme un bouffon particulièrement nocif et comme un extravagant . . L'inquiétude ne vint qu'après, avec la conviction que seule une coalition sans merci pourrait délivrer l'univers civilisé d'un produit plus pareil à une catastrophe qu'à un homme. Quelques Britanniques, il est vrai, s'intéressèrent à cet ennemi cocasse   par exemple les Holland mais comme à un animal original et malheureux. Puis il devint celui qu'avaient battu Nelson et Wellington et de cette façon, aux yeux des gentlemen, s'humanisa. Cela l'Empereur le sentit dès la première heure. D'où sa rancune et sa colère contre une nation non seulement devenue son ennemie personnelle, mais qui le tournait en dérision. Car rien ne pouvait lui être plus désagréable que d'être pris à la blague, et il ne dut pas lui arriver souvent d'éclater de rire devant son miroir. L'ironie glacée de l'Anglais devait le pénétrer d'horreur et de fureur au point de lui faire tenter l'impossible, comme, par exemple, le retour de l'île d'Elbe.

 

 

 

 

 

 

Il n'en fut pas de même pour l'Allemand, à qui le destin forcené de Bonaparte, comme la barbare Révolution française, inspira une certaine admiration. Celle ci est sensible dans l'attitude de Goethe et le résultat de leur entrevue : « Vous êtes un homme, monsieur « Gouette ». Stein et Scharnhorst le prirent au sérieux sans réserve   il y avait de quoi   et firent avec Blücher ce qu'il fallait pour avoir raison de lui. Ils le traitèrent sans humour et je suis certain qu'il leur en sut gré.

 

 

 

 

 

 

Si Bonaparte détestait Talleyrand, qui lui était d'ailleurs indispensable pour ses nouvelles visées, c'est qu'il sentait chez lui un grand sceptique, au courant de la société et des bons usages, un spectateur intéressé par le succès comme par la défaite et que le « phénomène » attirait. Il a pour lui, dans sa correspondance, un ton spécial, vaguement reprocheur, comme par exemple après Eylau :

 

 

 

 

 

 

Eylau, 12 février 1807.

 

 

 

 

 

 

Monsieur le prince de Bénévent, je n'ai pas de nouvelles de vous depuis plusieurs jours. J'ai reçu les lettres de Constantinople et de Viple et de Vienne que vous m'avez envoyées.

 

 

 

La perte de l'ennemi a été énorme. La mienne n'a été que trop considérable; telle qu'elle est évaluée dans le bulletin, elle est plutôt exagérée qu'atténuée.

 

 

 

 

 

 

Je pense que vous avez envoyé le bulletin à Vienne et à Constantinople.

 

 

 

Le temps se met au dégel. Je me porte on ne peut pas mieux.

 

 

 

 

 

 

NAPOLEON

 

 

 

Cette meurtrière bataille d'Eylau, bien que victorieuse, venant après le triomphe d'Iéna sur la Prusse, l'avait affecté en tant que « père de ses soldats », comme le prouve cette lettre à Joséphine :

 

 

 

Eylau, 9 février, 3 heures du matin.

 

 

 

Mon amie, il y a eu hier une grande bataille; la victoire m'est restée, mais j'ai perdu bien du monde; la perte de l'ennemi, qui est plus considérable encore, ne me console pas. Enfin je t'écris ces deux lignes moi même, quoique je sois bien fatigué, pour te dire que je suis bien portant et que je t'aime.

 

 

 

 

 

 

Tout à toi.

 

 

 

NAPOLÉON.

 

 

 

 

 

 

Et, quelques heures après, il écrit de nouveau à Joséphine :

 

 

 

 

 

 

Eylau, 11 février 1807, 3 heures du matin.

 

 

 

 

 

 

Je t'écris un mot, mon amie; tu dois avoir été bien inquiète. J'ai battu l'ennemi dans une mémorable journée, mais qui m'a coûté bien des braves. Le mauvais temps qu'il lait me porte à prendre les cantonnements.

 

 

 

Cette proclamation à la grande armée, du camp impérial de Tilsit (22 juin 1807), laisse deviner une certaine lassitude de ces troupes conduites de bataille en bataille par « la maligne influence de l'Angleterre », mises en vérité à toutes sauces. Car même envoûtés par leur chef victorieux et leur « père bien aimé », ces vaillants ne peuvent pas ne point remarquer le vide de ces explications et, par mille canaux hiérarchiques, le sourd mécontentement des généraux commence à arriver jusqu'à eux :

 

 

 

 

 

 

Soldats, le 5 juin nous avons été attaqués dans nos cantonnements par l'armée russe. L'ennemi s'est mépris sur les causes de notre inactivité. Il s'est aperçu trop tard que notre repos était celui du lion. Il se repent de l'avoir troublé.

 

 

 

Dans les journées de Guttstadt, de Heilsberg, dans celle à jamais mémorable de Friedland, dans dix jours de campagne enfin, nous avons pris cent vingt canons, sept drapeaux, tué, blessé ou pris soixante mille Russes, enlevé à l'armée ennemie tous ses magasins, ses hôpitaux, ses ambulances, la place de Koenigsberg, les trois cents bâtiments qui étaient dans le port, chargés de toute espèce de munitions, cent soixante mille fusils que l'Angleterre envoyait pour armer nos ennemis.

 

 

 

 

 

 

Des bords de la Vistule nous sommes arrivés sur ceux du Niémen avec la rapidité de l'aigle. Vous célébrâtes à Austerlitz l'anniversaire du couronnement : vous avez cette année dignement célébré celui de la bataille de Marengo, qui mit fin à la guerre de la seconde coalition.

 

 

 

Soldats, vous avez été dignes de vous et de moi. Vous rentrerez en France couverts de tous vos lauriers, et après avoir obtenu une paix glorieuse, qui porte avec elle la garantie de sa durée. Il est temps d'en finir et que notre patrie vive en repos, à l'abri de la maligne influence de l'Angleterre. Mes bienfaits vous prouveront ma reconnaissance et toute l'étendue de l'amour que je vous porte.

 

 

 

 

 

 

Ce « repos du lion », sur la griffe détendue, a de l'allure, et l'homme de lettres se retrouve.

 

 

 

Vers le même temps (7 juillet 1807), Joséphi

par Lux publié dans : Histoire
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Vendredi 24 mars 2006

Tous ces bulletins, tous ces chiffres de prisonniers, toutes ces proclamations, vues et vus à vol d'aigle, ne donnent pas la raison de ces batailles, de ces coalitions faites, défaites et refaites, de ce prodigieux remue ménage et tohu-bohu, diplomatique et militaire, et de ces hécatombes, qui permettent à un génie militaire de s'affirmer, mais, en somme, ne vont nulle part. Le Mémorial est également muet là dessus. Il n'y a eu de la part de l'Empereur que deux explications : il apportait au monde la liberté, avec un grand L, cette découverte de la Révolution. Mais comme il l'anéantissait du même coup, cette liberté, la raison ne tenait pas et il l'abandonna assez vite. Quant à l'explication par la malignité de l'Angleterre, nous avons vu ce qu'il faut en penser. Pour la campagne d'Égypte, il y avait eu l'explication par le développement des sciences, bonne pour les esprits académiques, fermée pour les autres et dont porte encore aujourd'hui témoignage, avec le meurtre de Kléber, l'obélisque de la place de la Concorde. En fait, le but de Bonaparte, continué par celui de Napoléon, a toujours manqué de précision et c'est là le grand drame de sa destinée, d'avoir fait tuer tant de monde POUR RIEN On croirait, d'après les historiens de sa vaine gloire, qu'il n'y a eu d'Arcole à Waterloo qu'une seule victime, lui même, mort de chagrin et de la méchanceté d'Hudson Lowe à Sainte Hélène. Mais là n'est pas la vérité et l'Empereur s'en rendait bien compte quand il disait que, s'il disparaissait, le monde ferait « ouf ». Cet « ouf » éventuel est même peu!

 

 

 

Mais attention, le tableau change, le prestige charnel de Joséphine s'efface devant les besoins de la « dynastie » et la nécessité d'une grande politique de paix avec chair fraîche et légitime épouse dans le lit de l'Ogre, partagé entre le regret et son nouveau désir. La famille est convoquée. On va tout savoir.

 

 

 

DÉCLARATION LUE PAR L'EMPEREUR.

LE 15 DÉCEMBRE 1809

 

 

 

Mon cousin le prince archi chancelier, je vous ai expédié une lettre en date de ce jour, pour vous ordonner de vous rendre tous dans mon cabinet afin de vous taire connaître la résolution que moi et l'Impératrice, ma très chère épouse, nous avons prise. J'ai été bien aise que les rois, reines, princes, princesses, mes frères et soeurs, beaux frères et belles surs, ma belle fille et mon beau fils devenu mon fils d'adoption, ainsi que ma mère, fussent présents à ce que j'avais à vous faire connaître.

 

 

La politique de ma monarchie, l'intérêt et le besoin de mes peuples qui ont constamment guidé toutes mes actions veulent qu'après moi je laisse à des enfants, héritiers de mon amour pour mes peuples, ce trône où la Providence m'a placé. Cependant, depuis plusieurs années, j'ai perdu l'espérance d'avoir des enfants de mon mariage avec mariage avec ma bien aimée épouse l'Impératrice Joséphine; c'est ce qui me porte à sacrifier Us plus douces affections de mon coeur, à n'écouter que le bien de l'État, et à vouloir la dissolution de notre mariage.

 

 

 

 

 

Parvenu à l'âge de quarante ans, je puis concevoir l'espérance de vivre assez pour élever dans mon esprit et dans ma pensée les enfants qu'il plaira à la Providence de me donner. Dieu sait combien une pareille résolution a coûté à mon coeur mais il n'est aucun sacrifice qui soit au dessus de mon courage, lorsqu'il m'est démontré qu'il est utile au bien de la France.

 

 

J'ai le besoin d'ajouter que, loin d'avoir jamais eu àme plaindre, je n'ai eu, au contraire, qu'à me louer de l'attachement et de la tendresse de ma bien aimée épouse : elle a embelli quinze ans de ma vie; le souvenir en restera toujours gravé dans mon coeur. Elle a été couronnée de ma main; je veux qu'elle conserve le rang et le titre d'impératrice, mais surtout qu'elle ne doute jamais de mes sentiments et qu'elle me tienne toujours pour son meilleur et son plus cher ami.

 

 

 

 

 

La blessure saigne, en voici la preuve :

 

 

 

Trianon, 19 décembre 1809, 7 heures du soir.

 

 

 

 

 

Je reçois ta lettre, mon amie. Savary me dit que tu pleures toujours; cela n'est pas bien. J'espère que tu auras pu te promener aujourd'hui. Je t'ai envoyé de ma chasse. Je viendrai te voir lorsque tu me diras que tu es raisonnable et " ton courage prend le dessus.

 

 

Demain toute la journée j'ai les ministres.

 

 

 

 

 

Adieu, mon amie; je suis triste aussi aujourd'hui; j'ai besoin de te savoir satisfaite, et d'apprendre que tu prends de l'aplomb. Dors bien.

 

 

Mais Bonaparte estime que l'argent panse toutes les plaies et il écrit à l'abandonnée :

 

 

 

 

Le 7 janvier 1810.

Dimanche, à 8 heures du soir.

 

 

 

J'ai été bien content de t'avoir vue hier; je sens combien ta société a des charmes pour moi. J'ai travaillé aujourd'hui avec Estève. J'ai accordé 100.000 francs pour 1810, pour l'extraordinaire de la Malmaison. Tu peux donc taire planter tout ce que tu voudras; tu distribueras cette somme comme l 'entendras. J'ai chargé Estève de le remettre 200.000 francs aussitôt que le, contrat clé la maison Julien sera tait. J'ai ordonné que l'on paierait la parure de rubis, laquelle sera évaluée par l'intendance, car je ne veux pas de voleries de bijoutiers. Ainsi, voilà 400.000 francs que cela me coûte. J'ai ordonné que l'on tînt le million que la liste civile te doit, pour 1810, à la disposition de ton homme d'affaires. pour payer tes dettes. Tu dois trouver, dam l'armoire de la Malmaison, 5 à 600.000