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Rédaction et administration: 7 rue Constance - 75018 Paris (tel: 01-42-57-43-22)
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LA “NOUVELLE REVUE UNIVERSELLE”   

La nouvelle REVUE UNIVERSELLE (Jacques Bainville, fondateur) parait de nouveau. Politique, Histoire, Economie, Diplomatie, Lettres, Beaux-Arts, Poésie, Danse Théartrs, Cinéma.. tous est analysé par des grandes plumes.

L'exemplaire: 15 euros.

L’abonnement d'un an: 60 euros, étudiants : 40 euros


La Nouvelle Revue Universelle: 7 rue Constance - 75018 Paris

 

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Jeudi 6 septembre 2007
Quand la seule idée d’un service minimum dans les transports en période de grèves jette dans la rue des « travailleurs » révoltés par le risque de voir, très partiellement réduite, leur possibilité de paralyser totalement, sans qu’il leur en coûte rien, le fonctionnement de services publics dont dépendent la vie quotidienne et le travail de millions de citoyens, on mesure combien la prétendue abolition des privilèges de la nuit du 4 août appartient aux bobards de la propagande républicaine. Qu’on les nomme avantages sectoriels, droits acquis, ou de toute autre manière, ce sont là des dispositions particulières, des lois privées, c’est-à-dire étymologiquement des privilèges. Comme en 1789, il est loin d’être certain que tous soient justifiés…Qui veut mesurer l’aune exacte de l’acquis révolutionnaire doit abandonner la conviction, forgée sous le matraquage pseudo-historique de l’école, de la disparition définitive des égoïsmes catégoriels ou des tendances fâcheusement « corporatistes ». Des livres entiers sont écrits sur les « privilégiés » d’aujourd’hui. Qui s’y reportera y constatera que la République réserve bien des privilèges à ses serviteurs. Quand on parle des privilèges d’avant la Révolution il convient de se garder d’identifier l’Ancien régime au système féodal. Celui-ci avait quasiment disparu avant 1789. « On a trop insisté, affirme Jean TULARD, sur les privilèges insignes dont bénéficiaient la noblesse et le clergé, exemptés d’impôts, disposant de juridictions spéciales, oubliant que les nobles n’avaient pas le droit d’exercer certaines professions et qu’ils étaient généralement condamnés plus sévèrement par les tribunaux, car ils auraient dû donner l’exemple. Mais les privilèges s’étendaient à tous les corps de métiers, à toutes les communautés, aux provinces. La France de 1789 n’étaient qu’un maquis de privilèges, avec vingt-cinq millions de privilégiés, mais certains étaient plus privilégiés. » (1) En ce qui concerne les privilèges fiscaux, on sait que ce sont les ministres de Louis XVI qui essayèrent d’opérer les réformes nécessaires et qu’elles échouèrent devant l’inconscience et l’égoïsme des élites. C’est ce que l’historiographie appelle « la révolution royale ». Les privilèges étaient essentiellement des libertés concrètes dont bénéficiaient maints corps sociaux. « Libertés » et « privilèges » dont existence, l’enracinement et la vitalité faisaient obstacle au pouvoir royal » affirme François Bluche. (2) Le plus grave fut donc la perte de ces libertés qui, non seulement constituaient selon Montesquieu la meilleure défense contre le despotisme, mais étaient la vie même des communautés locales, professionnelles, universitaires, etc Voilà pourquoi est fondée l’opinion de Maurras à trouver funeste cette nuit du 4 août 1789. « Quelque avantage réel qu’ait perdu la noblesse dans cette triste nuit, ce n’est pas à elle, ce n’est pas au clergé non plus que l’on a fait le plus de mal. La véritable dupe de la Révolution, ce fut la bourgeoisie, la bourgeoisie à tous ses étages, depuis le petit peuple des bourgeois de villages jusqu’à sa plus haute aristocratie. ». « Les historiens officiels parlent tous des privilèges nobiliaires et cléricaux disparus alors ; mais les privilèges de villes, de ceux des provinces, de ceux des corps… » « La nuit du 4 août a ruiné surtout nos libertés collectives, libertés locales, libertés professionnelles, qui firent la gloire et la force des Français d’autrefois. » (3) Dans la logique de cet égalitarisme niveleur, d’autres dispositions révolutionnaires allaient consacrer cette perte de libertés concrètes (décret d’Allarde et loi Le Chapelier sur les métiers, provinces éclatées en département…). Le siècle suivant vit des efforts de reconquête de ces libertés essentielles, mais dans un nouveau contexte idéologique : celui de la lutte. La monarchie avait toujours respecté la conception organique de la société. L’individualisme a toujours du mal à concilier ses conceptions libertaires avec une vie sociale harmonieuse et exempte de privilèges abusifs. Ce sont les effets seconds de la nuit du 4 août. 1 - Jean TULARD Histoire et dictionnaire de a Révolution française, Bouquins. 2 – François BLUCHE L’Ancien régime, institutions et société, Le livre de poche. 3 – Charles MAURRAS Réflexions sur la Révolution de 1789, éd.Self Nuit du 4 août 1789 LA FRENESIE EGALITARISTE par Michel Fromentoux (…) On ne dira jamais trop quelle farce ignoble fut la fameuse « nuit du 4 août ». La veille, la président Thouret, élu depuis deux jours seulement (par 406 voix contre 402 à Siéyès) avait dû démissionner sous la pression de la rue : les « modérés » savaient désormais qu’ils auraient la vie dure, d’autant plus que Le Chapelier, fondateur du Club Breton –l’un des plus « avancés »- accaparait la présidence. De son côté le Roi avait, la matin du 4, fait connaître les noms des ministres qui allaient assister Necker : Champion de Cicé, archevêque de Bordeaux, garde des Sceaux, -Lefranc de Pompignan, archevêque de Vienne, ancien président de l’assemblée, ministre d’État, - le comte de Saint-Priest, ministre de l’Intérieur, - le comte de La Tour du Pin, ministre de la Guerre : tous des amis de La Fayette… Mais les députés n’avaient plus qu’une idée en tête ; se dépouiller et dépouiller leurs compatriotes. En soirée, alors que le président Le Chapelier venait de lire un rapport sur la sûreté du royaume, le vicomte de Noailles, euphorique, expliqua que pour calmer le peuple, il suffisait de proclamer l’abolition des droits féodaux. Noailles était un cadet sans fortune, qui n’avait donc rien à y perdre. Ais voici le grand seigneur philosophe e duc d’Aiguillon – le lus grand propriétaire féodal. Il tint le m^me langage, demandant toutefois le rachat de ces droits à très faible taux. Aussitôt, dit Gaxotte, « dans une sorte de délire sentimental, coupé d’acclamations et de larmes, on adopta pêle-mêle la suppression des droits féodaux, des garennes, des banalités, des dîmes, des immunités provinciales et municipales. On s’embrassait, on pleurait, on sacrifiait ses droits et ceux du voisin, on ne savait plus ce qu’on faisait ». Comme toujours, cette spontanéité toute rousseauiste était le fruit d’une longue préparation : le comte d’Antraigues, député du Vivarais, devait écrire que, pour y atteindre, il avait fallu : « 1) imposer silence par la terreur à tous ceux qui devaient naturellement s’y opposer ; 2) anéantir les plus sages règlements de l’assemblée elle-même, qui mettaient un frein aux délibérations précipitées ». Donc, les orateurs se succédaient, tous pressés de faire de la surenchère et tous salués par des torrents d’enthousiasme. Même le clergé se laissa gagner, et Lubersac, évêque de Chartres, parla de supprimer le droit de chasse, ce qui mit hors de lui le duc du Châtelet qui lança l’idée d’en finir avec la dîme due au clergé…La folie s’empara enfin des élus de l’ex-tiers état, qui abandonnèrent aveuglément tous es privilèges des viles et des provinces – en somme les garanties des libertés qui avaient fait la force et a vivacité de l’ancienne France… Cela était toutefois plus facile à dire qu’à mettre en pratique. L’assemblée ne fut en mesure de publier le décret avalisant la folle nuit que le 11 août. Furent alors déclarés abolis le servage (qui n’existait pratiquement plus), les corvées, les droits de chasse et de pêche. Bien qu’abolies les justices seigneuriales restaient provisoirement en activité. Tous les autres droits, qui étaient de véritables propriétés, liés à la terre elle-même, furent déclarés rachetables. Abolis également les privilèges des villes et des provinces, ainsi que la dîme – et sans possibilité de rachat de celle-ci. Les décrets d’application allaient venir plus tard, et seraient, on s’en doute, l’occasion de mille conflits pendant des années. Une fois de plus c’est le mot de brigandage qui résume le plus ce que fut cette aveugle abolition des privilèges. « Peut-être n’y avait-il pas un Français qui ne perdît quelque chose », écrit Gaxotte. En effet, on a voulu faire un épouvantail de ce mot de « privilèges », alors qu’il n’a jamais signifié autre chose que ce que dit son étymologie : lois privées – c’est-à-dire des lois propres à telle communauté, dictées par les finalités mêmes de celle-ci. Certains droits seigneuriaux ne se justifiaient plus guère depuis que les châteaux n’étaient plus nécessaires à la protection des paysans, mais, outre que – Jean Dumont le montre clairement – les droits seigneuriaux étaient très faibles (30 sous par habitant dans le Tarn !) et souvent non recouvrés, il ne faut pas oublier que la noblesse faisait la guerre, et donc payait l’impôt du sang. Es paysans petits propriétaires et les ouvriers agricoles ne gagnèrent rien à la suppression du régime féodal : Jean Dumont rappelle la « copropriété » des terres des seigneurs qu’assuraient aux pauvres les vieux droits communautaires : « Ces droits de vaine pâture, de parcours, de glane, de prises de bois, etc, qui permettaient aux pauvres d’exploiter en second les terres, prés et bois des seigneurs et des riches, et ainsi de se nourrir, d’avoir un petit bétail, de se chauffer, de construire ». Conséquences de l’abolition desdits privilèges : des insurrections paysannes pendant toute la durée de la Révolution, et bien vite l’exil des paysans vers les villes, où ils allaient se prolétariser ! On les avait « libérés », pour leur malheur. Il y a d’ailleurs tout un symbole dans le fait que la « nuit du 4 août » ait été présidée par Le Chapelier qui, deux ans plus tard, attacherait son nom à une loi isolant l’ouvrier et le condamnant à a misère… Très grave également la suppression –et sans rachat possible – de la dîme due au clergé : avec elle disparaissaient des aides sociales considérables (en quelque sorte la sécurité sociale de l’époque) qu’organisait l’Église, ainsi que les moyens d’entretenir les collèges et d’offrir des bourses aux élèves nécessiteux. Enfin, en abolissant les privilèges des viles et des provinces, c’est-à-dire des juridictions particulières, des franchises fiscales, des garanties administratives, etc…ce sont des régions entières que l’on appauvrit et que l’on condamna à stagner dans l’uniformité. Le constat est en tous points accablant : la « nuit du 4 août », expression d’une idéologie foncièrement individualiste (que personne ne dépende de personne…) rendit les pauvres plus pauvres, sans pour autant empêcher les riches, nobles ou pas, de sauver et d’accroître leur fortune, notamment par le système des rachats de droits anciens. Mais ce serait désormais une fortune à laquelle ne s’attacherait aucun devoir de service. Le règne absolu de l’Argent ; tel devait être le principal « cadeau » de la Révolution. (…) Extraits de L’adieu au bicentenaire de Michel FROMENTOUX 1989 (articles parus dans Aspects de la France)
par Lux publié dans : Pensée politique
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Jeudi 6 septembre 2007
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Le prince Jean multiplie depuis quelques années les voyages et les interventions où se manifeste son souci pour les questions environnementales. Aujourd’hui, 26 juillet, il est en Bretagne pour une conférence sur l’expédition qu’il fit en Arctique souhaitant ainsi contribuer « à la sensibilisation de l’opinion sur les effets du changement climatique dont les pôles sont des témoins malheureusement privilégiés ».

« Il est indispensable que je m’intéresse à toutes les grandes questions qui touchent de près notre société » considère le Prince. L’impératif écologique en fait partie. On sait qu’il y a plusieurs façons de considérer l’écologie : Il y a celle qui s’apparente à une entreprise de culpabilisation de l’homme et manie l’alarmisme à des fins électorales. Et il y a celle qui se fonde sur le travail scientifique et n’oublie pas que l’homme est sujet de la nature. C’est évidemment à cette écologie de progrès que vont les soucis du prince Jean.

A vrai dire la bonne écologie renvoie à des valeurs qui sont traditionnelles : les notions d’héritage, d’ordre naturel, de nature humaine. Elle tourne le dos aux idéologies (mythe du bon sauvage, individualisme…) et pousse à ce qu’on peut appeler avec le professeur Hautebert un retour au réel, c’est-à-dire la prise en compte d’une nature réelle, avec ses lois dont il est vain de vouloir s’affranchir. L’existence de l’homme excluant l’équilibre absolument naturel, il convient de veiller à respecter au mieux les lois de la nature tout en permettant à l’homme de satisfaire ses besoins. La visite que la Prince a faite au site de Cadarache en juillet 2006 n’est donc pas en contradiction avec ses soucis écologiques. Au contraire, elle est un encouragement à une énergie indéfiniment renouvelable et sans aucun effet de serre. Le vrai défi écologique étant dans ce domaine de concilier le besoin en énergie avec la sauvegarde des écosystèmes.

La protection de l’environnement nécessite une volonté dont la tâche serait d’intégrer ce souci dans une politique à long terme de préservation du patrimoine naturel, et d’amélioration du cadre de vie humain, dans le respect de la nature et de la dignité de l’homme. Ceci ramène au Bien commun qui est sans doute le souci central du Prince Jean, avec son corollaire qui est le service.

Une véritable politique écologique a besoin d’être servi par un Etat suffisamment stable pour permettre une œuvre de longue haleine, assez indépendant pour neutraliser les abus de certaines féodalités industrielles, productivistes ou technocrates, et assez sûr de lui-même pour faire relayer ses efforts par des pouvoirs publics décentralisés. La tâche suppose donc un pouvoir fort plus soucieux de persévérance dans l’action que de rentabilités médiatiques. Il est dans la nature d’un Prince national de pouvoir incarner un tel Etat.

par Lux publié dans : Pensée politique
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Jeudi 6 septembre 2007
par Lux publié dans : Pensée politique
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Lundi 6 août 2007
    

 

Les vacances sont le moment idéal – surtout quand le temps est pluvieux et venteux comme cet été - pour lire les gros bouquins – les pavés, comme on dit – qu’on n’a pas le courage de parcourir pendant l’année.

C’est ainsi que j’ai lu le dernier ouvrage de Jacques Attali : «  Une brève histoire de l’avenir » ( Fayard, 2007 ). Rappelons que Monsieur Jacques Attali, naguère maître à penser de toute une génération post-soixante-huitarde, ancien Conseiller spécial de François Mitterrand, vient d’être nommé par Nicolas Sarkozy, dans son effort pour débaucher des personnalités de gauche,  Président de la «  Commission sur la croissance ». Disons tout de suite que si ce livre est très intéressant par son excellente documentation en matière économique et financière, j’ai été extrêmement déçu par sa faiblesse dans le domaine historique. Sur le premier point, certains esprits chagrins chuchotent que Monsieur Attali dispose d’une excellente équipe de jeunes doctorants et agrégatifs en économie qui rassemblent les éléments d’information et statistiques utilisés de ses ouvrages. Sur le second point, ce livre est décevant , car l’auteur prend de grandes libertés avec l’Histoire pour la faire cadrer avec ses présupposés idéologiques et aboutir à sa conclusion que la «  clé de la marche de l’Histoire » c’est la primauté de la liberté individuelle. Alors que l’humanité a passé ses premiers millénaires courbée sous les règles de la horde ou du clan, puis a supporté pendant plusieurs millénaires l’esclavage puis la dictature du «  pater familias », et que finalement ce n’est que depuis quelques siècles qu’elle connaît la liberté individuelle et seulement depuis un peu plus d’un siècle que s’est établie la « liberté » en matière politique,  il est surprenant  de faire d’une notion aussi récente « le moteur » de la longue histoire de l’humanité !

 

                                                          Monsieur Attali est resté marxiste  

 

Je parlais plus tôt de « présupposés idéologiques » : En effet, aussi curieux que cela paraisse, Monsieur Attali est encore imbibé de marxisme : je pourrai citer de nombreux passages où il  se place exactement dans le droit fil de cette théorie. Il écrit, par exemple, qu‘ au fur et à mesure du déroulement de l’Histoire «  les  paysans, les artisans, les travailleurs indépendants sont transformés en salariés précaires ; les richesses sont regroupées en un nombre toujours plus réduit de mains ; de plus grandes libertés apparaissent pour les consommateurs et les citoyens et de plus grandes aliénations pour les travailleurs ». Ou encore : « une nouvelle classe créative, la bourgeoisie, met en œuvre un savoir technique nouveau, économisant du travail, pour s’en approprier  le profit ». Il est difficile de concevoir qu’ une doctrine qui a prouvé de manière évidente qu’elle était aussi fausse que malfaisante peut encore servir de soubassement à la pensée d’un homme intelligent aujourd’hui ! Quant au Christianisme, il est véritablement « expédié » dans quelques phrases de son livre. Par exemple, parlant des croisés, il écrit : « Pour armer les bateaux des chevaliers, financés avec l’argent volé aux communautés juives massacrées au passage, la Sérénissime ( i.e. Venise ) construit des chantiers navals ». Ou encore, parlant de l’Espagne du 16ème siècle, il écrit : « Les rois catholiques et leur cour ne pensent qu’a consommer paresseusement ce qu’ils volent en Amérique où ils exterminent les indigènes »…On est loin de la vérité historique !

 

                                       Les trois « ordres » et les neuf « cœurs »

 

Mais revenons à la thèse de Jacques Attali. Selon lui, trois formes de pouvoirs ( les «  Ordres ») se sont succédés depuis que la race humaine s’est sédentarisée : l’ordre religieux  (« Ordre Rituel »), l’ordre militaire ( « Ordre Impérial ») et enfin l’Ordre Marchand, dans lequel le groupe dominant contrôle l’économie. Et l’auteur précise : « l’Ordre Marchand s’organise à tout instant en une forme unique, autour d’un seul centre, d’un « cœur » unique, où se rassemble une classe « créative » ( armateurs, industriels, marchands, techniciens, financiers ), caractérisée par son goût du neuf et sa passion de la découverte ... Tous les « cœurs » ont nécessairement un vaste arrière-pays pour y développer une agriculture, et un grand port pour en exporter les  productions. Autour de ce « cœur » gravite un « milieu » formé d’anciens et futurs rivaux. Le reste du monde, c’est la «  périphérie », vendant au « cœur » ses matières premières et sa main d’œuvre ». Selon Monsieur Attali, neuf « cœurs » se sont succédés depuis le douzième siècle : Bruges, Venise, Anvers, Gênes, Amsterdam, Londres, Boston, New York et, aujourd’hui, Los Angeles. Que penser de cette théorie ? Première remarque : elle est extrêmement simpliste. Par exemple, les trois « ordres » dont parle Monsieur Attali, ne se sont pas toujours succédés, mais le plus souvent, ont coexisté. C’est le cas  en particulier pour la France, où pendant treize siècles ont a vu le pouvoir royal, le pouvoir religieux et, sinon un pouvoir, du moins une classe de marchands, coexister plus ou moins harmonieusement, chacun agissant dans son propre domaine. Par ailleurs, en ce qui concerne les « cœurs », il me semble que Monsieur Attali, pour justifier sa théorie,  additionne des choux et des carottes, en rassemblant sous une même fonction des cités, parfois très peu peuplées à l’époque et servant alors de capitale à un territoire minuscule ( Bruges, Venise, Anvers, Gênes ) et de très grandes villes comme Londres ou New York, capitale, ou au moins centre économique et financier, d’un très grand Etat.

 

                                                      Un avenir plutôt sombre

 

Passons maintenant à la vision de Monsieur Attali sur l’avenir. Il n’est pas optimiste. Pour lui « les forces du marché prennent en mains la planète…Si cette évolution va à son terme, l’Argent en finira avec tout ce qui peut lui nuire, y compris les Etats, qu’il détruira peu à peu, même les Etats-Unis d’Amérique ». Devenu la loi unique du monde, le marché formera ce que Jacques Attali nomme : « l’hyper empire ».  Selon lui, ce régime sera  « créateur de fortunes et de misères extrêmes ; la nature y sera mise en coupe réglée ; tout sera privé, y compris l’armée, la police et la justice ». Selon l’auteur,   tout commencera par un bouleversement démographique. En 2060, sauf catastrophe majeure, 9,5 milliards d’humains peupleront la terre, soit 3 milliards de plus qu ‘aujourd’hui…Les deux tiers de la planète vivront dans des villes dont la population aura doublé, tout comme devrait doubler la quantité d’énergie et de produits agricoles consommés…Des masses immenses de « nomades de misère »bousculeront les frontières pour chercher de quoi subsister . Le monde gouverné par « l’hyper empire » ressemblera par certains côtés à ce dont Herbert G.Wells et Georges Orwell rêvaient, avec l’emploi, aussi bien dans la vie quotidienne que dans l’armée et la police - formées de mercenaires – de nouvelles techniques utilisant les ressorts de l’électronique, de la génétique et des nanotechnologies. Tout cela n’ira pas sans de terribles secousses et d’innombrables conflits.

 

                                                          Un peu d’optimisme

 

Mais l’auteur garde finalement un peu d’optimisme. Il n’est pas impossible, écrit-il, «  que de nouvelles forces, « altruistes et universalistes » prennent alors le pouvoir  et créent une «  hyper démocratie  mondiale » organisant la vie collective et fixant des limites à l’Ordre marchand. Pour Monsieur Attali, semble-t-il, l’Europe, qu’il souhaite supranationale, doit être la préfiguration de cette hyper démocratie. On voit à quel point les idéologues peuvent se tromper, puisque depuis sa création, l’Europe tend au contraire à ne pas s’opposer au marché et à favoriser  la concurrence et la mondialisation…. Ceci dit, rassurons-vous, l’avenir est, par définition, plein d’incertitudes. Tant d’évènements, tant d’individus, peuvent influer sur l’Histoire, voir en inverser le cours. L’avenir est rarement tel que les idéologues l’imaginent, car ils se contentent le plus souvent de prolonger les courbes existantes et de jongler avec les statistiques pour aboutir à une vision qui n’est pas trop contradictoire avec ce qu’ils pensent, craignent ou espèrent. En ce qui nous concerne, il vaut mieux dire tout simplement, comme nos pères : «  Aides-toi, le Ciel t’aidera ». L’avenir est ce que nous en ferons, c’est à nous d’influer de notre mieux sur les évènements et de combattre pour un monde conforme à l’ordre naturel et une France respectant « les promesses de son baptême », pour reprendre l’expression de Jean-Paul II.

        Georges Rousseau

par Lux publié dans : Pensée politique
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Mercredi 18 juillet 2007
   

 

La France est une entité historique dont la construction est l’œuvre d’un Etat.

C’est ce que démontre Bernard Pascaud dans un article du dernier numéro de la revue mensuelle PERMANENCES (N°441).
L’article de B.Pascaud est présenté de la façon suivante : Bien avant que n’en soit énoncée la théorie, le principe de subsidiarité présidait à la construction politique de notre patrie. Il permit, sans dire son nom, que les villes, les provinces, les corporations se placent sous la protection d’une autorité royale qui, tout en sachant faire respecter son autorité, savait respecter les libertés de ses sujets et leur rendre justice. Incontestable et incontestée légitimité d’un Etat qui fit la France et la personnalité française.

Le débat sur l’identité française et l’inquiétude suscitée par l’essor du communautarisme en France posent la question de l’Un et du Multiple appliquée au domaine social. Comment concilier le principe de l’unité (sans lequel il n’y a pas d’Etat) et le respect de la diversité des groupes humains composant une nation ? Une telle interrogation génère des débats dont les issues sont improbables si l’on reste dans le domaine des abstractions. Il est donc toujours utile de recourir à l’histoire. Elle demeure une ressource précieuse, même dans le cas d’une réflexion relative à des situations quasi inédites, car elle ramène aux réalités vécues là où l’on s’égare si souvent dans les utopies rêvées. Une juste rétrospective peut conduire à une saine prospective.

L’Etat ou le sens de l’Un

La France est une entité historique dont la construction est l’œuvre d’un Etat. Aucune fatalité ne poussait des peuples et des territoires aussi divers à constituer une nation. La France ne répond à aucune prédestination géographique, raciale, linguistique, religieuse ou autre… Elle est une « œuvre de l’intelligence et de la volonté », nous dit Bainville qui désigne aussi l’artisan de la construction précoce de notre patrie : « l’honorable maison capétienne ».(1) Avant elle, ce territoire qui allait devenir la patrie française, et ces populations qui allaient partager la même communauté de destin qu’est une nation, n’avaient pas encore trouver leur principe d’unité. Celui-ci fut apporté par la politique. La monarchie fut, le mot le sous-entend, ce principe d’unité de la France. Avec l’Etat capétien, la désastreuse loi successorale des partages fut bientôt remplacée par la succession de mâle en mâle par ordre de primogéniture. Ce fut l’outil politique de l’unité nationale. Pour en être privés, les deux autres espaces nés du partage carolingien du Traité de Verdun de 843 restèrent morcelés. L’Italie et l’Allemagne, dont l’unité ne date que de la fin du XIXe siècle, illustrent à l’évidence le bienfait de la dynastie capétienne dans la construction patiente de la France. La transmission héréditaire du pouvoir lui conférant la durée, la nouvelle dynastie put être cet ouvrier déterminé dans la volonté et persévérant dans la tâche. L’Etat fut le principe unificateur de la nation française. Camille Jullian a bien résumé l’apport : « Nous n’avons ni frontières naturelles, ni unité dans nos groupes dialectaux. Nous n’avons pas davantage un type ethnique, décisif et tranché ; nous sommes un royaume, nous résultons de l’accroissement séculaire d’une couronne, c’est-à-dire de huit siècles de providence et de traditions enchaînées, de lucide conseil et d’action énergique. » Au départ, Seigneur parmi d’autres, le Capétien affermit au cours du temps l’institution royale, passant peu à peu du cadre local de sa domination directe au niveau national. Les modalités par lesquelles on passa d’un même pas, politiquement de la suzeraineté à la souveraineté, et territorialement du « domaine royal » au royaume unifié furent variées : diplomatie, mariages, pacification, attrait d’un état assurant la paix et garantissant les libertés concrètes. On pourrait discuter, ou se disputer, inlassablement à leur sujet. Sans tomber dans l’histoire idéalisée, il est permis de dire que passer dans l’allégeance au roi capétien fut vécu comme un bonheur libérateur et une espérance de paix et de justice. Aussi, nulle part et jamais, on ne vit sous l’Ancien régime un territoire rattaché au royaume travailler ensuite à s’en séparer. L’unité nationale incarnée par l’Etat royal fur perçue comme la garantie de l’épanouissement des particularismes locaux.

 

La permanence de l’Etat rendit possible l’œuvre de longue haleine. Son indépendance le fit regarder comme seul fédérateur possible. Son unité fut la condition de l’unité nationale. Ces qualités réunies furent aussi les bienfaits politiques indispensables aux redressements français d’après les ravages de la guerre de Cent ans, des guerres de religion ou de la tourmente révolutionnaire et impériale.

 

Ainsi la France naquît de la rencontre d’une dynastie et d’un peuple. En parallèle de la constitution de l’Etat rassembleur de territoires, allait se développer une conscience nationale autour de la personne du Roi. Peu à peu, les populations du royaume de France eurent conscience de former un peuple. Dès la fin du Moyen-âge, affirme le professeur Krymen, « …en dépit des variétés de coutumes, de moeurs et de langues, les habitants du royaume de France ont bien dans leur ensemble la conviction de former une nation, communauté ethnique intégrée dans la communauté politique qu’est l’Etat (…). Faut-il rappeler le rassemblement des princes français autour de Louis VI, en 1125, lorsque pointe la menace d’une campagne de l’empereur en France ? La lutte pour la conquête des fiefs Plantagenêts sur le territoire français ? Bouvines ? Le ralliement sans résistance du Midi aux Capétiens après la conquête ? » (2)

 

Intimement liés dans l’esprit des populations devenues le peuple français, les concepts d’Etat et de nation l’étaient aussi pour les juristes royaux. Le chef-d’œuvre politique que sont « les lois fondamentales du royaume » l’atteste. Leur objet fut la préservation d’un Etat apte à servir le bien commun et mis à l’abri d’une mainmise étrangère.

 

La nation ou le sens du Multiple

La question de l’unité ne doit pas escamoter celle de la diversité. Unificatrice, la monarchie ne fut pas pour autant niveleuse. C’est que l’Etat royal était chrétien ! Il pratiqua avant la lettre le principe de subsidiarité. Sa politique fut d’unité et de service de la nation, non de dépècement de celle-ci ou d’empiètements de pouvoirs hors de son domaine (limité aux droits régaliens). Le jour du sacre, le roi, « lieutenant de Dieu sur terre » s’y engageait. Au-dessus de lui, il reconnaissait qu’il y avait Quelqu’un ! Cela rappelait à une certaine humilité ! Cela préservait aussi de la tentation mégalomaniaque et idéologique de développer une conception personnelle de l’homme ou de la société. Aussi parmi toutes les limites qui empêchaient le pouvoir royal de dériver vers le despotisme étaient les libertés concrètes des communautés vivantes. Le pouvoir monarchique, trop indépendant pour craindre d’elles une concurrence, les laissa s’épanouir. Le foisonnement de corps intermédiaires formait la véritable constitution civile du royaume. L’interdépendance de tant et tant d’êtres et de groupes humains créait du « lien social », comme on dit aujourd’hui. L’affirmation plus appuyée des pouvoirs régaliens ne fit jamais disparaître la substance de cette sociabilité. La devise « le roi en ses conseils, le peuple en ses états » résume la répartition des pouvoirs dans l’ancienne France. L’autorité assurée au sommet de l’Etat garantissait les libertés concrètes des personnes individuelles et collectives.

 

Au lieu de voir ce que le principe de subsidiarité avait su inspirer d’harmonieuses relations, et les adapter aux situations nouvelles, on a voulu refonder tous les rapports humains sur de nouveaux concepts : l’égalité, le contrat social, la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes, le volontarisme… On a semé l’individualisme, on a récolté l’atomisation sociale. On a vilipendé les naturelles communautés de destin, on n’a fait que susciter l’affirmation de « ghettos » fondés sur la ressemblance. On a cultivé la détestation de la France, fait ignorer notre héritage, centralisé pour uniformiser, confisqué les pouvoirs communautaires où s’exerçait l’esprit civique, généralisé la culture du conflit sur celle de la complémentarité, on a aujourd’hui les réponses ainsi suscitées : le refus d’assimilation, les communautarismes, les séparatismes, l’absence de ciment social, la francophobie.

Quand tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens, dit un proverbe. L’exercice ne peut être l’objet d’économie pour qui veut réfléchir à la pratique intelligente de l’autorité et de la liberté.

1 – Jacques BAINVILLE Histoire de France

2 – Jacques KRYNEN L’empire du roi

par Lux publié dans : Pensée politique
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« Anne-Lorraine, tu as mis la barre très haut » -colonel Schmitt-

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