Michel Fromentoux
L’Action Française
n° 2743 du 5 mars 2008
Les élections municipales sont assurément celles qui devraient offrir au citoyen l'occasion d'être fier et heureux d'exercer son droit de vote. On ne peut pas dire que ce soit le cas actuellement...
Nous rappelons en page 16 comment au Moyen-Âge sont nées les communes sous la protection et avec l'encouragement constant du roi capétien. Jusqu'à la Révolution c'était le privilège des villes que de s'administrer. Chacune avait son échevinage élu par les notables et formé du Conseil de ville (ou de la Communauté de ville), avec le maire. La population était très souvent appelée à voter : on évoque souvent, dans les villages, ces assemblées du dimanche après la messe où les pères de famille, parfois aussi les mères, étaient appelés à se prononcer sur tel ou tel point d'intérêt général. On s'y montrait même fort jaloux de tels privilèges (au vrai sens du mot : lois privées) à tel point que Frédéric Mistral a pu écrire que nos ancêtres, « lorsqu'ils sentaient le droit dedans, savaient laisser le roi dehors »..
Tout poussait les habitants de la ville à s'intéresser concrètement aux affaires de leur ressort. On apprenait dans la commune à s'élever à la notion de bien commun., au sens du dévouement, de la solidarité, du don de soi, et, de là, l'on s'ouvrait à la notion de bien commun de la patrie.
Un telle vie municipale était riche de culture autant que d'activité économique. N'oublions jamais que c'est en considérant les grandes liber tés dont jouissaient jadis les pêcheurs de sa ville natale de Martigues, que Maurras découvrit qu'un tel foisonnement de libertés à la base ne pouvait se concevoir que sous l'égide d'un pouvoir fort et indépendant au sommet, celui du Roi.
La condition de maire
Depuis que la République sévit, elle s'est toujours montrée sourcilleuse à l'égard de ces petites communautés du pays réel et n'a eu de cesse de faire des disputes pour la conquête du pouvoir la trame de la vie publique. Ainsi les villes sont-elles devenues des tremplins pour tel ou tel ambitieux avide de s'imposer dans la région puis la nation, et les grandes et concrètes libertés de jadis ont été confisquées par les charlatans des partis.
Ajoutons à cela que le pouvoir central, même quand il semble desserrer la bride, s'arrange toujours par les biais des subventions pour faire pression sur les élus locaux. En outre, les lourdeurs administratives s'aggravent d'année en année ; la loi de décentralisation de 1982 n'a pas amélioré la condition des maires : ceux-ci voient augmenter considérablement les risques que leur responsabilité pénale soit engagée en matière d'hygiène, de sécurité, de pouvoirs de police, ou en cas d'accident. Même en matière de liberté d'administration, on a vu en novembre dernier l'association des Maires de France se plaindre de manquer d'une véritable autonomie fiscale. Sans compter que l'intercommunalité déplace le vrai: centre du pouvoir et que les maires de petites communes craignent d'être dépossédés de leur mandat, et leurs électeurs dépossédés de leurs libertés propres. Ainsi de foyers d'amitiés, les communes sont-elles souvent devenues des foyers de sordides rancunes. Si l'on en croit Historia de ce mois de mars, selon une récente enquête la moitié des maires en fonction depuis 2001 ne souhaitaient pas se représenter en 2008...
Que les élections municipales de ce dimanche n'aient rien d'emballant ne doit pas pour autant nous pousser à les bouder. Tenons-nous en à ce qu'écrivait Maurras dans L'Action Francaise du 20 mai 1929 : « Parisiens et provinciaux doivent voter, et bien voter. Quant à savoir où est le bien, chacun dans son canton est mieux à même de le dire que n'importe quel comité parisien. Faire de la politique quand il le faut ; s'en garder, en garder les autres partout où cela est possible, élire le plus grand nombre possible d'honnêtes gens pour la garde et le maintien de la police locale et des deniers publics; se rallier à tout ce qui combat effectivement l'influence de sans-patrie et les gaspillages de l'étatisme municipal, ce sont les principes fondamentaux. »
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