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LA “NOUVELLE REVUE UNIVERSELLE”   

La nouvelle REVUE UNIVERSELLE (Jacques Bainville, fondateur) parait de nouveau. Politique, Histoire, Economie, Diplomatie, Lettres, Beaux-Arts, Poésie, Danse Théartrs, Cinéma.. tous est analysé par des grandes plumes.

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La Nouvelle Revue Universelle: 7 rue Constance - 75018 Paris

 

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Lundi 9 octobre 2006
140 MILLIONS d’européens vivent en Monarchie. Mais en France... les questions sont nombreuses. Voici les réponses.


-  Qu’est-ce qu’un roi nous apportera de plus que la république ?

La royauté apportera d’abord l’unité à notre France si fracturée, et une politique de continuité qui préservera à long terme les intérêts de notre pays, sa culture, son patrimoine, ses métiers, son environnement.

-  Mais c’est dépassé, on risque de revenir en arrière !

Quand vous êtes malade, ne souhaitez-vous pas retrouver, à l’avenir, l’état dans lequel vous étiez avant de tomber malade, à savoir la bonne santé ? Vous appelez ça revenir en arrière ? Vouloir l’instauration d’une monarchie en France, ce n’est pas vivre dans le passé, c’est s’appuyer sur notre Histoire et sur notre identité pour aborder plus sereinement l’avenir.

-  Ce sera le retour des privilèges !

Êtes-vous certain qu’aujourd’hui les privilèges n’existent pas ? Allez, cherchez bien, il y en a tellement. Les privilèges n’étaient pas l’apanage des nobles. Chaque ville, chaque profession avait les siens. N’est-ce pas toujours le cas ? De plus, souvenez-vous que le roi a cherché à combattre le pouvoir des grands seigneurs féodaux et le pouvoir de l’argent. Au contraire, en république, les élus se mettent trop souvent au service des féodaux modernes que sont les lobbies et les groupes de pression, et pas du bien commun comme pourra le faire le roi !

-  La république a donné l’égalité à tous, l’oubliez-vous ?

Qu’est-ce que l’égalité ? Et comment y arrive-t-on ? En coupant toutes les têtes qui dépassent ? Si c’est niveler pour que tout le monde n’ait plus rien, sauf les apparatchiks, comme en Union Soviétique, alors non merci. Et puis, une société où tout est uniforme est proprement inhumaine. Mais c’est vrai que ce fut le rêve de certains dirigeants politiques du 20è siècle, avec leurs États totalitaires.

-  Au moins, en république, la loi est la même pour tous.

Dites plutôt que la loi est faite pour un homme uniformisé, statistiquement moyen, ce qui est monstrueux. Cela conduit à exclure de la loi ceux qui ne sont pas comme tout le monde, ou les indésirables, les inutiles. La loi uniforme conduit à l’injustice. Elle doit au contraire tenir compte des situations de famille, des métiers, des particularismes locaux. Et pour cela, il faut que tous ces gens puissent être représentés sincèrement, et non pas au travers des idéologies et des partis. Voici ce que se propose de faire La Restauration Nationale : redonner vie aux différences régionales (au sens non folklorique du terme), tout en conservant une identité Française, grâce à la personne du roi ; redonner vie à la famille, en la prenant réellement en compte, légalement, institutionnellement. Tout cela la république ne peut le faire, au nom de l’égalité des individus.

-  Certes mais pour ce qui est des Juifs et des femmes ?

Ce serait oublier l’importance des femmes avant la Révolution. C’est la révolution et l’Empire qui les ont rendues civilement mineures, en cherchant à imiter le droit romain. Et puis, il y avait énormément de Juifs dans les administrations de province. Aux Etats Généraux de 1789, les Juifs votèrent, et envoyèrent leurs cahiers de doléances. A Bordeaux, l’un d’eux faillit même être élu député du Tiers-état. Quant à l’antisémitisme et à la misogynie, ce sont des mots qui n’ont pas de sens sous la monarchie, et qui vont justement prendre toute leur force dans ce XIXè siècle si épris de Liberté théorique, et tellement républicain.

-  Peut-être, mais au moins la république a réussi à uniformiser les lois, les coutumes, même la langue, alors que c’était sous l’Ancien Régime un fouillis incroyable.

Il est vrai que sous l’Ancien Régime nos rois n’ont pas cherché à homogénéiser à tout prix la société française. Ils ont construit patiemment la France, sans avoir recours à la Terreur ou à l’extermination comme l’a fait la république, dont le résultat, en France comme dans ses colonies, est de s’être acharnée à détruire les particularismes et les différences régionales, enlevant à notre pays comme aux pays colonisés une partie de leur âme. Sous la royauté, ces différences seront par nature respectées, parce que l’unité autour de la personne du roi est plus forte que tout, comme c’est le cas au royaume de Belgique. Sans cela la France finira par se dissoudre, mais après tout ne serait-ce pas la finalité de la république ?

-  Mais le roi, c’est un tyran !

Cela n’est jamais arrivé en 1300 ans de monarchie française, et il y a assez de barrières dans les institutions de la royauté pour rendre impossible un tel événement. Ce sont les républicains qui accusaient Louis XVI d’être un tyran, alors que celui-ci a même refusé de faire tirer sur les émeutiers qui enfonçaient ses portes ! Les révolutionnaires ont liquidé des centaines de milliers de personnes parce qu’elles n’étaient pas d’accord avec eux. Qui est le tyran ? De toute façon, il suffit de comparer :

Guillaume II est-ce la même chose qu’Hitler ?

Sihanouk est-ce même chose que Pol Pot ?

Le Shah, est-ce même chose que Khomeyni ?

Louis XVI est-ce même chose que Robespierre ?

Nicolas II, est-ce même chose que Staline ?

La république, elle, est plus que tyrannique, elle est totalitaire, sur les corps ou les âmes. Depuis les années 1880, elle enseigne aux élèves une histoire tronquée, falsifiée, trompeuse. Elle a endoctriné des générations entières, montrant une vision purement négative de la monarchie, et de nos jours, une image négative de la France, dans une sorte de masochisme abjecte.

-  Mais le roi ne fera les lois qu’en fonction des ses intérêts !

Est-ce que vous connaissez dans votre entourage ne serait-ce qu’une personne capable de croire que les hommes politiques actuels se préoccupent sincèrement de l’intérêt des citoyens ? Non. Ils ne font jamais de loi contre leur intérêt ou contre les intérêts de ceux qui les ont fait élire. Le roi, au contraire, a déjà le pouvoir. Il sait que ses enfants l’auront aussi. L’intérêt du roi est le même que celui du pays sur lequel il règne. Quel intérêt aurait-il de régner sur un pays appauvri ? Aucun. Certains diront qu’un roi de France peut faire ce qu’il veut. Qu’ils méditent ces paroles. Monsieur Chirac a actuellement plus de pouvoir que Louis XIV. Un roi de France est responsable, et s’il se montre parjure à un certain nombre de serments et de lois, ses sujets sont délivrés du serment de fidélité, alors qu’un président jouit de l’immunité. La république est un régime irresponsable.

-  Mais si le roi est fou ?

La président de la république Paul Deschanel n’était-il pas fou ? En mille ans de Monarchie, le cas c’est peut-être présenté avec Charles VI. En réalité, il était malade. De plus, un roi ne gouverne pas tout seul. Il a des conseillers, lesquels sont tenus par une institution. Même malade, la seule présence du roi assure la stabilité du pouvoir. C’est là un avantage de l’institution royale. Par contre, c’est sous la république de Weimar qu’Hitler a été élu. Et Danton, et Robespierre avec la Terreur et tous ses massacres.

-  Et si le roi est incompétent ?

Même d’intelligence moyenne, le roi est élevé dès l’enfance pour son métier de roi. Aujourd’hui nous élisons les meilleurs... candidats, et les meilleurs candidats font rarement les meilleurs responsables politiques. Par exemple, si Henri III avait été élu, il aurait fini par être renversé par le duc de Guise, ultra populaire à un moment donné, anti-protestant acharné, et qui n’aurait pas manqué de rallumer la guerre civile. De plus, les rois peuvent s’entourer des meilleurs hommes : Suger, Sully, Colbert. Tandis que les hommes politiques miseront plutôt sur des médiocres car ils ont trop peur de la concurrence. Tenez, si Louis XIII avait été élu, jamais il n’aurait gardé Richelieu. Et ne pensez-vous pas que le système actuel est par nature incompétent avec des majorités qui font et défont ce que les autres ont fait et défait juste avant ?

-  Et la liberté ? Devrons-nous toujours penser comme le roi ?

Heureusement que non ! Mais c’est aujourd’hui, en France, que nous ne sommes pas libres de penser et d’écrire ! L’intérêt d’un politicien est d’être réélu, donc de plaire au grand nombre puis de faire entrer tout le monde dans une pensée la plus unique possible. Le moyen le plus facile est la démagogie et la propagande. Le roi n’a pas besoin de ça puisqu’il ne dépend pas de l’élection. Il a au contraire besoin, pour bien gouverner, que les citoyens s’expriment et délèguent leurs représentants.

-  Justement, à propos de Liberté, la république nous l’a donnée.

Mais cette liberté là, c’est encore de la démagogie ! C’est faire croire à chacun qu’il peut faire ce qu’il veut ! La Liberté, avec un grand « L », lorsqu’elle est unique, mène à l’absence de libertés concrètes et réelles. Un roi de France, au contraire, s’attachera aux vraies libertés. Il pourra les préserver en étant justement le garant de règles qui se placent au dessus de lui-même et des intérêts particuliers. La France a toujours été pleine de libertés dans ses métiers, ses régions, ses villes, ses universités, ses écoles. Elles ont disparu ! Tenez, justement, croyez-vous que dans les écoles, aujourd’hui, les professeurs qui veulent bien faire leur travail sont vraiment libres ?

-  Et les droits de l’homme ?

D’abord, l’histoire de nos rois est remplie de ce que l’on pourrait appeler aujourd’hui des progrès des droits de l’homme, au sens le plus naturel. La disparition du servage, la création des jours fériés (que la république veut supprimer), la dignité des femmes et des enfants, etc. Ce n’est pas la monarchie qui a rendu la femme mineure, ce n’est pas la monarchie qui a envoyé des enfants dans les mines, ce n’est pas la monarchie qui a créé un esclavagisme industriel. Ensuite, on parle toujours des droits ou des devoirs de l’homme, mais jamais de ses BESOINS : la paix, la prospérité, la justice. Or le roi est pour la paix (il ne fait pas des guerres pour des raisons électorales ou idéologiques, comme la République française où la « communauté internationale »). Le roi est pour la prospérité ; ce n’est pas un idéologue socialiste ou ultra-libéral. Le roi est pour la justice ; son souci est l’unité de son pays, et il sait bien que cela passe par la justice, alors qu’un président de la république divise les Français par sa simple désignation, et donc favorisera toujours un bord par rapport à un autre.

-  Mais tout de même, la royauté, c’est un peu le pouvoir donné à l’Eglise ?

Certainement pas. Les rois de France ont toujours combattu les empiétements du Pape, même Saint-Louis ! Pourquoi un roi aujourd’hui agirait-il différemment ?

-  Alors quelle est votre position vis à vis de l’Eglise ?

Excusez-moi, mais j’aimerais tout d’abord que vous parliez des églises, car nous ne sommes pas tous catholiques. Et des membres de la Restauration Nationale, juifs ou protestants par exemple, sans parler des agnostiques, n’ont pas du tout l’intention de se voir imposer une confession. En revanche, l’institution royale est chrétienne, parce que la France est naturellement chrétienne, et parce que le roi doit forcément se référer à une loi qui le dépasse. La loi civile ? Elle n’est que le reflet des modes, des passions et des pulsions du moment, dont notre XXè siècle a fait la malheureuse expérience.

-  La république, c’est l’unité, parce que le vote exprime la volonté générale.

Mais c’est tout le contraire. En France, la république, c’est la désunion. D’abord la volonté générale, ça n’existe pas. Le vote n’exprime que la somme mathématique de points de vue individuels. Ensuite, chaque élection présidentielle est une grande défaite pour la France, car c’est la victoire d’une partie de la population sur une autre, donc une division. La république fonde son existence sur la division.

-  Mais sous l’Ancien Régime, les élections n’existaient pas.

Au contraire, on votait beaucoup, mais sur des sujets locaux et concrets : dans les paroisses, les villages, les métiers, les provinces. Et les états-généraux ? La république n’a rien inventé. Et d’ailleurs, c’est intelligent de faire voter ensemble des électeurs qui partagent les mêmes préoccupations. Aujourd’hui, la république centralisatrice n’arrive pas à laisser s’exprimer les citoyens dans des élections qui les concernent directement sans que cela ne devienne une affaire de conquête du pouvoir organisée par de grands partis. La république finit par mettre tout les Français dans le même moule. De toute façon, nous ne sommes pas tournés vers l’Ancien Régime. La Restauration Nationale n’imagine pas la politique sans assemblées élues, mais avec une vraie représentation, sincère. La représentation politique fait partie des mœurs, elle est même vertueuse si on ne lui fait pas faire n’importe quoi.

-  Admettons, mais au niveau national, vous ne voulez tout de même pas remettre en cause le suffrage universel direct ?

Quel est le sens du suffrage universel direct à l’échelle d’un pays ? Il fait le jeu des partis, il favorise les idéologies et la démagogie, il évacue les vrais problèmes. De plus, le système s’en sert pour faire croire que le pouvoir vient exclusivement du peuple, et, avec un peu de propagande et beaucoup d’argent, il fait ce qu’il veut. Et pourtant, nous ne remettons pas en cause le suffrage universel pour représenter les Français, mais il ne doit pas être utilisé pour tout et n’importe quoi.

-  Parlons un peu des apports de la république ; elle nous a appris à lire.

Ce qui est faux ! Dès Louis XIV, des édits sont promulgués pour que chaque ville se dote d’écoles. Les écoles de la république, avec ses hussards noirs, a appris à des générations d’enfants une histoire tronquée, falsifiée. Les Philosophes, tant épris de Liberté, demandaient la fermeture des écoles populaires, c’est ironique, n’est-ce pas ? Et puis, regardez un peu le désastre : un nombre impressionnant d’enfants ne lisent pas couramment en 6ème. Ne croyez-vous qu’avec autant de moyen et moins de dogmatisme, la monarchie ne pourra pas faire mieux ?

-  La république nous a donné la prospérité.

La France était avant la révolution la nation la plus prospère d’Europe, et la plus en avance scientifiquement et techniquement au monde, devant l’Angleterre. La Révolution a tout bouleversé. Aujourd’hui, la république a 1000 milliards d’euros de dette. C’est ça la prospérité ? La république développe de la pénurie de manière institutionnelle. Ce qui compte, ce sont les réélections. Tenez, une politique économique a besoin de nombreuses années pour porter des fruits, mais les mandats électoraux sont bien plus courts que cela. Alors, la croissance est essentiellement liée au sacro-saint principe de consommation. Ceci est moins vrai dans une monarchie, car le Roi, de part sa position, peut se permettre de regarder vraiment loin, et l’argent de l’Etat, il ne veut pas s’en servir pour assurer sa réélection, mais il veut transmettre à son successeur un pays prospère.

-  Mais tout de même, un roi, c’est un personnage inaccessible, entouré de nobles !

Sous Louis XIV, n’importe qui pouvait voir le roi. On louait même une épée et un chapeau à ceux qui n’en avaient pas comme on prête une cravate pour entrer dans certains restaurants, car c’était l’usage. Vous imaginez les risques que le roi prenait pour ne pas se dérober ? Allez frapper à la porte de l’Elysée pour voir ! Et puis, tout le monde pouvait devenir ministre du roi. Le père de Colbert vendait des draps. Tous les rois avaient des gens du peuple parmi leurs conseillers. Aujourd’hui, tant de ministres sont énarques et fils d’énarques ! Et puis la noblesse, c’est de l’histoire ancienne. Elle provenait de la féodalité qui n’a été liée à la monarchie que par l’histoire. N’y a-t-il pas aujourd’hui des sortes de féodalités de l’argent beaucoup plus éloignées du peuple que ne l’étaient les petits nobles de province ?

-  Ce qui me gêne, tout de même, c’est l’hérédité.

Mais tout est héréditaire : les chanteurs, les acteurs, les énarques, les médecins, les artisans, et ça ne choque personne ! Dans une monarchie, l’hérédité apporte quelque chose de plus : la continuité, la préservation des vrais intérêts du pays, à long terme. Les querelles et les appétits de pouvoir existeront toujours, il ne faut pas se leurrer, mais ils seront limités par le roi lui-même : lui, son pouvoir, il l’a reçu, il le transmet, tout simplement.

par Lux publié dans : Formation politique
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Lundi 9 octobre 2006

 

 

 

Toi qui brilles enfoncée au plus tendre du coeur
Beauté fer éclatant, ne me sois que douceur
(Charles Maurras)




Martigues
Un court extrait des Nuits de Provence et deux poèmes au hasard :

« Ainsi, sous la tenture de cet air sombre, la campagne se soulevait avec moi : je la sentais monter comme si elle n’eût rien été que la suite de mon regard... Cette large nuit de printemps dut remuer quelques-unes des semences de poésie dont rien ne m’a plus délivré, probablement versa-t-elle un peu de raison... Le soleil est là-haut que nous ne créons pas, ni ses sœurs les étoiles. C’est à nous de régler au céleste cadran, comme au pas de nos idées-mères, la démarche de notre cœur et de notre corps ! Nous ne possédons qu’à la condition d’acquérir la notion de nos dépendances pour conserver un sens de la disproportion des distances de l’univers.
« Si, en présence de ce vaste éloignement, il nous était permis de nous contenter de nous-mêmes, ne serions-nous pas nos premières dupes ? Rien ne contente et ne rassasie que le ciel ! »


CORPS GLORIEUX

La rive est creusée en forme de lyre:
La Bouche du Port
Sur l'onde aplanie admet le navire
Où flottent nos Morts

Adouci, nimbé de tendres lumières
Leur visage est beau
Tel que l'ont pâli le vent des prières
Et l'air des tombeaux.

Mais qu'y reste-t-il des bonheurs du monde?
L'amitié, l'amour
Sont-ils repoussés dans la nuit profonde
Qu'y fait le vrai Jour?

Ou, comme l'implore un soupir au large
De l'immense mer,
Leur est-il laissé le souci, la charge,
L'honneur de la Chair?

S'il doit arriver un jour que la gloire
Éteinte des corps
Reprenne au bûcher de leur cendre noire
Son antique essor,

Si tout ce qu'émeut de tristesse amère
L'orbe évanescent
Des matins, des soirs, des nuits qu'enflammèrent
Les torches du sang,

Si les pas dansants, les rires, les grâces,
Désir et beauté,
Ce qu'ils font rêver, fragile et fugace,
De l'éternité,

D'une voix qui tinte aux longues mémoires
Le cristal et l'or,
La coupe des yeux qui nous firent boire
La vie et la mort,

L'arôme, le goût, le chant, les paroles,
Si tout leur revient,
Même un survivant que rien ne console
Gémira: - C'est bien.


LE MATIN QUI VIENDRA

Tu frissonnais au vent des roses qui s'élève,
Les Heures ont reçu l'étoile et le flambeau,
Voici le soir, la douce abondance des rêves:
Le matin qui viendra mûrisse le plus beau!

Le matin qui viendra te favorise, amis,
Et, quelque incertitude enveloppe nos cieux,
Dissipe en florissant sur ta joue endormie
Le maléfice errant de mon sort envieux!

Le matin qui viendra, nous le créeront ensemble
Si ton coeur et le mien demeurent vigilants,
Si ta main reste unie à cette main qui tremble,
Si ta beauté scintille entre tes voiles blancs;

Le radieux matin que cette nuit prépare
Déjà de ses bouquets en arceau suspendus
Fleurit ta belle porte et réjouit nos lares
Du simple souvenir des bonheurs attendus.




Il écrivit sur la fonction poétique :

« Il n’y a que le vers pour tenir dans ses griffes d’or l’appareil écroulé de la connaissance. Déjà personne ne peut plus considérer sans un certain souci notre fatras d’interminables écrits en prose.
Science, histoire, morale, controverse, roman, journaux, qui en fait la somme et le tour ? Un jour ou l’autre, de la terre ou du ciel, une brigade dévouée recevra la mission de trier ce qu’il faut disputer à l’oubli. Elle ne se composera que de poètes. Ils viendront, ils liront, ils prélèveront l’essentiel, ils le confieront à la Strophe ou à la Stance, au Tercet, au Distique ou au Vers, et, par cette arche salutaire qui allège et soulève tout, flottera, durera cette élite de vérités nouvelles qui doit s’incorporer à l’éducation, à la tradition, à la mémoire du sens commun libéré, tandis que le surplus des vieilles sagesses mort-nées achèvera de se dissoudre dans les ténèbres des caveaux où le poids de leur inertie les tire déjà.
Les peuples d’autrefois ne lisaient point parce qu’ils n’avaient point de livres. Les peuples d’aujourd’hui en ont tant de livres qu’ils ne lisent plus.
Vienne donc le poème et vienne le chant qui sauvent le bien et le beau du naufrage dans l’Océan de l’Illisible et dans la mer du Trépelu ! Ce n’est pas autrement que la Tragédie a sauvé l’énorme production romanesque du XVIIe siècle. »



22, chemin du ParadisLa maison natale de Charles Maurras au n°22 du Chemin du Paradis a été sauvée il y a quelques années par la municipalité communiste de Martigues qui, par sa juste préemption, a montré là une véritable ouverture d'esprit.
Un association locale de fidèles perpétue le souvenir du maître.

Passer à Martigues, se perdre vers Saint Rémy, aller aux Baux, remonter la Provence jusqu'à Aix par les petites routes, sont des parcours qui parlent si l'on veut percer la poétique de Maurras, faite de diamants de glace bleue comme les étoiles d'un ciel profond. L'enfant de l'Hellade est inimitable.

« J’ai gardé la poésie comme une prière qui empêche mon âme de se dessécher. »

par Lux publié dans : textes de Charles Maurras
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Lundi 9 octobre 2006

Une Poésie de  Charles Maurras

 

 

Debout sur son vaisseau près de ses compagnons,

Quand le dur laboureur de l'humide sillon,

Le héros préféré de Pallas et d'Homère,

A médité l'avis que les morts lui donnèrent,

L'aurore déchirant de célestes pâleurs

Sur le rire des eaux jette le vent des fleurs

Et dore l'île basse où languit la Sirène ;

Si le vent l'y conduit, si le courant l'y traîne,

Ulysse a consenti que son coeur soit tenté

Du prix de la sagesse ou de la volupté.

Vous me lierez, dit-il, au mât de mon navire.

Sur le brasier qui meurt il amollit la cire

Et d'abord, à chacun la versant tour à tour,

Lui referme l'oreille et le fait comme sourd.

Ils sont ainsi sauvés de l'embûche de l'onde ;

A quelque enlacement de caresses profondes

Que les veuille attirer le perfide concert,

L'ignorance les garde où le savant se perd.

*****

 

Souverain roi des Dieux, maître de toute chose,

Le banc de ta galère où ta loi me dépose

Porta jadis Ronsard et son ami Bellay.

Tout ainsi que pour eux, à ta justice il plaît

Qu'au repli de l'oreille une clôture épaisse

Interdise mon âme aux voix de la déesse

Et qu'à peine enfermé dans l'étroite prison,

Solitaire et déchu de l'empire des sons,

Dans l'ombre du cachot qu'habite le silence,

Un autre chant sonore et fluide s'élance,

Des maîtresses des Dieux redise la beauté,

Des héros fils des Dieux la générosité,

Et rende, comme il faut, la justice ou l'hommage,

Aux poètes sacrés pères de tous les sages ;

Mais comment ce beau coeur à l'esprit pur inné

De charnelle amertume est-il empoisonné ?

Si tu m'as épargné la pointe douloureuse

Qu'élève contre Ulysse une voix langoureuse,

Quelle intime Sirène à la mer a jeté

La fleur de ma jeunesse et la simplicité ?

D'où viennent ces accents dont le mystère double

La beauté qui m'émeut d'un charme qui me trouble

Et de fausses couleurs a terni pour toujours

La figure et l'esprit de l'idéal amour ?

Quel est ce maléfice, ô Muse intérieure !

Si prompte à raffiner la tristesse des heures

Que ton délice même, à son plus beau moment,

Tremble, hésite et finit par avouer qu'il ment.

Néanmoins, que tu sois l'amie ou l'ennemie,

Résonne, ma Sirène, à la fibre endormie

Si, par toi seule, hélas ! mon âme a répondu

Au signe que mon corps n'avait pas entendu.

*****

 

Mais toi qui saisis tout sans perdre une parole,

Mon Ulysse enchaîné sur ton vaisseau qui vole

Par l'âpre volonté d'entendre et de savoir

Tout ce qu'ont répandu de promesse ou d'espoir

Les véritables chants de la nymphe marine,

Goûte au poison de feu qu'en de mâles poitrines

Cette gorge immortelle a versé comme un vin

Qui les transfigurât dans le rire divin ;

Leurs os blanchis, brillants dans l'épaisseur de l'herbe,

Sont tout ce qu'a laissé de l'honneur de sa gerbe

La moisson des héros avant l'heure tranchés

Et, seule ayant joui du fruit qu'elle a fauché,

Le doux monstre accroupi sur l'antique rivage

Au calme de la mer accorde son visage

Et trouble avidement de son appel menteur

La course du navire et du navigateur.

Tu l'entends à ton tour, ô malheureux Ulysse !

Le charme est assez fort pour que ton coeur faiblisse

Et, déjà seul et nu comme le veut l'amour,

Condescende à crier à tes matelots sourds

De rompre, d'arracher les noeuds qui t'ensanglantent,

Que tu puisses nager vers l'île étincelante

Où l'aveu délirant du désir indompté

Fait le chant le plus doux que la terre ait porté :

 

Aborde à ma prairie, Ulysse magnanime,

 

N'es tu point fatigué d'ensemencer le flot

 

Et, du courroux des Dieux dangereuse victime,

 

D'exténuer en vain tes pauvres matelots ?

 

 

Habiles à tisser un nuage de gloire,

 

Les conseils de Pallas étendent ton erreur.

 

Ont-ils assez menti ! Tu ne peux plus les croire,

 

Viens à la vérité qui t'ouvre le bonheur.

 

 

Je t'apprendrai le sort de tes compagnons d'armes

 

Sur les champs du carnage où beaucoup sont restés,

 

Des veuves du Troyen je te dirai les larmes

 

Aux premières douceurs de leur captivité.

 

 

Ton roi des rois succombe au lit de l'infidèle

 

Qui du lambeau de pourpre enveloppe son fer ;

 

Il entend résonner les maisons paternelles

 

De plus de trahisons que n'en punit l'enfer.

 

 

Ne crains pas que j'oublie une épouse obstinée

 

Sur l'antique olivier de vos jeux nuptiaux ;

 

Elle n'a rien subi que le vol des années,

 

Mais, Ulysse, elle ignore et tes biens et tes maux !

 

 

Mon coeur est plus savant que la Muse elle-même

 

Que Mémoire sa mère instruisit tout au plus

 

Du bruit de vos combats et de tes stratagèmes ;

 

Où se tait votre histoire elle ne chante plus.

 

 

Je ris de son silence et de toi je m'empare !

 

L'impure Océanide au soleil languissant

 

Du plus sage des Grecs dit le songe barbare

 

Et l'âcre volonté qui lui brûle le sang.

 

 

Comme le Dieu d'en bas qu'a voulu Proserpine

 

Est du Tartare noir au grand jour emporté,

 

J'élève au ciel sacré des paroles divines

 

Ce qui rampe et mugit dans tes obscurités !

 

 

Puissé-je t'emporter au delà de ton âme !

 

Ô captif entravé des formes d'un destin,

 

Toi-même a découvert aux cendres de ta flamme

 

Les Ulysses nombreux que ta rigueur éteint :

 

 

Pourquoi serrer ta vie à la maigre colonne

 

Où Sagesse et Vertu t'enchaînent de leurs noeuds ?

 

Il reste à consoler, plus faibles que personne,

 

Ces Ulysses troublés, déments ou furieux.

 

 

Le peuple des désirs agite la nature,

 

Mais un chemin qui monte au-dessus de la mer

 

Tôt ou tard les conduit au centre des figures

 

Que les Dieux en dansant décrivent dans l'éther.

 

 

Par delà ces flambeaux, esclaves magnifiques

 

Réduits à tournoyer dans l'orbe d'une loi,

 

Mon coeur t'épanouit et mon regard t'explique

 

Les belles libertés qui sont faites pour toi.

 

 

Résigne les fardeaux, ton sceptre, ta couronne

 

Et ta coque de noix sur les flots écumeux !

 

A ton coeur tout puissant mon être s'abandonne,

 

Voici le myrte pâle et les roses de feu :

 

 

J'ai si longtemps rêvé dans cette solitude

 

Des plus tendres secrets à toi seul découverts,

 

Que le sourire aigu de ma béatitude

 

Engage l'esprit pur aux noces de la chair.

 

 

Viens ! Nos lits d'algue sèche et de menthe flétrie,

 

Des quatre vents du ciel embrasés nuit et jour,

 

Gémirent trop longtemps des lourdes rêveries

 

Qu'au désir ajoutait la crainte de l'amour ;

 

 

Tous les flots en passant m'avaient promis ta voile,

 

Ne m'as-tu pas cherchée aux confins de la mort ?

 

Quelque trait soit parti de jalouses étoiles,

 

Je te disputerais à la haine du sort.

 

 

Ô triste favori de l'écume sauvage,

 

C'est moi qui t'avertis de ton unique bien ;

 

Hélas ! nous fuirais-tu de rivage en rivage,

 

Je t'aurai dit ton âme, et le reste n'est rien !

 

*****

 

Telle, ô son de cristal, ô notes d'or liquide,

Telle, et plus doucement, arrache la perfide

A ton coeur fasciné l'inutile sanglot.

Quelques-uns ont rougi d'entre tes matelots,

Mais tous épouvantés du souffle qui t'appelle,

Te chargeant à l'envi d'une entrave nouvelle,

Ont fait force de bras vers le pâle horizon

Où doit fumer un jour le toit de ta maison.

*****

 

Depuis, qu'un soleil dore ou qu'une lune argente

La creuse immensité de la plaine changeante,

Dans l'asile secret des ombres de ton coeur

Nul écho ne répond qu'à la molle langueur

Des plaintes d'un soupir ou des larmes d'un songe.

S'il faut qu'à tes palais la course se prolonge,

Le regret douloureux qui te hante a le goût

D'une liqueur d'oubli qui se préfère à tout.

Mais tu ne frémis plus que la bonté des brises

Ait cessé de sourire à ta longue entreprise ;

Qu'importe que des flots l'inutile tourment

Heurte précipité contre ton bâtiment !

De leur gouffre salé, commune sépulture,

Émergé seul et nu sur un tronc de mâture,

Le soin de te garder et de te soutenir

Est-il évanoui dans l'amer souvenir

De la haute beauté qui gonfle ta mémoire ?

Aux fleuves infernaux ceux qui sont allés boire

Disputent s'ils ont lu sur les tables d'airain

Le sort qui te délivre ou le sort qui t'étreint.

*****

 

Aborde Calypso, profane la déesse,

Et fuis ! L'aulne et le pin que ton art lie et dresse

Grondent de remporter dans le trouble des mers

Un coeur inassouvi des maux qu'il a soufferts.

Qui le rassasiera ? Ton ennemi Neptune

Découvre le radeau qui porte ta fortune

Et le trident brandi sur les flots irrités

Égale à ses fureurs ton infélicité

Jusqu'à ce que, surgie entre l'onde et l'étoile,

La fille de Cadmus t'enveloppe du voile

Qui te fera dompter les flots retentissants

De tes bras vigoureux et de tes reins puissants

Et d'écueil en écueil embrasser le rivage

Où, te dissimulant sous un lit de feuillage,

Comme un feu recouvert par quelque bûcheron,

Tes membres et ton corps épuisés dormiront

Trois jours, trois nuits, comptés de couchant en aurore,

Et, comme en t'éveillant tu souffriras encore,

Ô trois et quatre fois heureux, gémiras-tu,

Quiconque a renoncé l'implacable vertu

Et, du cyprès amer s'il a cueilli sa rose,

Là-bas sur la prairie où les âmes reposent

De tant de matelots qui moururent d'amour,

A laissé la fatigue et les soucis du jour !

Aux rois plus qu'aux sujets la servitude humaine,

Économe de biens, est prodigue de peines.

*****

 

Ô naufragé battu par le flot du destin,

Ombre dure opposant aux clartés du matin

Tes sursauts douloureux de fureur et d'envie,

Tu n'as point relâché les rênes de ta vie

Et ni Nausicaa, ni le divin chanteur,

Ni les sages vieillards de leurs peuples pasteurs,

Ni le vaisseau qui sut retrouver ta patrie

Mais que nul n'a revu dans la verte Schérie,

Ni, sur le sol sacré, ta déesse aux yeux clairs

Quand elle eût délivré du mensonge de l'air

Les rochers de Phorcys et les vergers d'Ithaque,

Ton vieux chien mort d'amour, ni ton beau Télémaque,

Rien ne peut alléger, tout appesantira

Ton coeur mélancolique et ton farouche bras ;

Malheur aux étrangers qui, rongeant tes domaines,

Menacent du flambeau la couche de la reine !

Contre ces insensés qu'aveugla leur désir,

Tu viens comme l'épieu qu'acheva de durcir

Dans le four embrasé la langue de la flamme ;

Ayant brûlé ton coeur et resserré ton âme,

Tu veux te délivrer de toi-même en frappant.

*****

 

La chaste Pénélope ou la mère de Pan,

L'épouse vertueuse ou la reine infidèle

Au faîte des palais espère ou tremble-t-elle,

Pendant que des degrés à l'angle de la cour

L'arc que nul ne tendit se décharge à coups sourds,

Et la corde en vibrant jette un cri d'hirondelle ?

Vos temps sont arrêtés, ô têtes criminelles !

Un dard inopiné qui vola tout d'abord

Au jeune Antinoüs a présenté la mort.

Il la reçoit debout, comme il prenait la coupe ;

Le mieux né, le plus beau de l'insolente troupe

Ainsi de tout son long sur la terre est couché,

La poitrine béante et le poumon tranché.

Polybe, Amphimédon, Eurimaque suivirent

Tous les trois arrivés par le même navire

Qui ne chargera plus pour repasser la mer

Que le fardeau sanglant des os et de la chair.

Tel un troupeau parqué, proie à peine vivante,

Le reste bat les murs aux crocs de l'épouvante

Et, quand le trait l'atteint, s'écroule en vomissant

Dans l'épaisse liqueur des viandes et du sang

Cet esprit qui s'en va dans le royaume inane

Où le maître d'en bas fait la couche des Mânes.

*****

 

Héros, es-tu content ? Tes ennemis sont morts

Et, la terre pieuse ayant caché les corps,

Douze femmes feront la plainte funéraire.

Mais, pour avoir uni l'opprobre à l'adultère,

Sur un câble tendu de douze noeuds coulants,

Par le cou délicat de ces beaux corps tremblants,

Vers les oiseaux du ciel en grappe vengeresse

Tu leur feras porter la peine des traîtresses

Sans que leurs pieds légers frémissent trop longtemps.

*****

 

Tu veux te reposer, ô mon Ulysse ? Attends !

Quand, lavé, parfumé dans tes belles piscines

Tu t'es purifié de la houle marine,

Ithaque saluant aux degrés de l'autel

Tes yeux, ta chevelure et ton pas d'immortel,

La volonté de Ceux qui font que tu revoies,

Brillante, et ses yeux pleins de larmes et de joie,

L'intacte Pénélope, et ton père et ton fils,

Juge que tes travaux n'ont pas encore suffi

A les dédommager du coût de ta victoire ;

Les morts que tu gorgeas du sang des brebis noires

N'ont-ils pas annoncé qu'il faudrait repartir ?

Pars donc, acquitte-toi ! Tâche de découvrir

Au delà du couchant, sous le tombeau des flammes,

Les peuples ignorant l'usage de la rame

Qui, la voûte des cieux sur leur front s'abaissant,

Se traînent ou, ployés, rampent en gémissant.

Par ces confins perdus, si les astres le veulent,

Retrouve le chemin du toit de tes aïeules

Et doute qu'aujourd'hui plus qu'hier ou demain

Le Pire ou le Meilleur appartienne aux humains ;

Pour s'être mesurée aux plus hautes Puissances,

Ta fortune est le prix de ton obéissance,

Mais tu ne serais pas leur docile vainqueur

Si tu n'entretenais au secret de ton coeur

Assez de vénéneux regrets et d'amertumes

Pour estimer la vie au poids de son écume

Et vouloir en tout temps lui porter coup pour coup,

Sûr de n'y rien laisser si ton coeur ose tout !

Que te font les combats, l'Océan, l'incendie,

Et le plus ou le moins d'humaine perfidie ?

La parfaite beauté qui s'est montrée à toi

N'aura fleuri qu'un jour ni chanté qu'une fois,

Mais ton esprit lui doit toute sa nourriture

Et c'est elle qui tient dans ta main froide et sûre

La pique du guerrier, la barre du marin,

Et le bâton noueux de l'humble pèlerin.

*****

 

Dis-nous ton plus beau jour, Ulysse, je te prie,

Quand, revenu mourir en ta belle patrie,

Tu gravis, appuyé sur ta crosse à clous d'or,

La tribune de marbre à la pointe du port :

Là tu t'assieds, afin que les sujets d'Ulysse

En retour de l'impôt reçoivent la justice ;

Tu les accueilles tous, aucun n'est rebuté,

L'existence a mûri ton amère bonté.

Bientôt en s'écoulant la pauvre multitude

Entre la mer et toi refait la solitude,

Et l'antique unité de vos deux éléments

Sur la vague de pourpre affleure sourdement.

Le pilote muet de l'invisible barque

Approche, il resplendit d'un ordre de la Parque

Qui de cette journée allongera l'espoir

Au-delà du rayon de l'étoile du soir.

Les Dieux ont accordé ce que ton coeur demande,

Un autre arc que celui que tu tendis se bande

Sous l'horizon doré, dans le jour amorti,

Et le trait du profond de l'abîme est sorti

Qui, t'apportant le prix de sa pointe de flamme,

T'oriente déjà sur les routes de l'Ame

Où, l'esprit déchargé de ton corps soucieux,

Dansant comme un satyre et riant comme un dieu,

Tu n'arrêteras plus de voir et de connaître !

*****

 

Guide et maître de ceux qui n'eurent point de maître

Ou, plus infortunés, que leur maître trompa,

Donne-leur d'inventer ce qu'ils n'apprirent pas.

Ulysse, autre Pallas, autre fertile Homère,

Qui plantas sur l'écueil l'étoile de lumière

Et redoublas les feux de notre firmament !

L'amour même, l'amour qui traîna le tourment

D'Hélène et de Pâris en un même désastre,

A ton ciel agrandi fidèle comme un astre,

Rayonne la beauté de ton enseignement

Et la Postérité lit sur tes monuments,

Quelle sainte vertu, quelle raison divine

Enchaînèrent ton coeur dans ta triste poitrine :

Ô COEUR, APAISE-TOI ! GOÛTE JUSQU'A DEMAIN

L'UNE OU L'AUTRE RIGUEUR DE TON SORT INHUMAIN.

DEMAIN LES ARTS SAVANTS NÉS DE L'INTELLIGENCE

COURONNENT TA DOULEUR, ÉPURENT TA VENGEANCE.

IL TE SERA PERMIS, Ô GRAND COEUR IRRITÉ,

DE TIRER TOUT SON FRUIT DE LA CALAMITÉ.

par Lux publié dans : textes de Charles Maurras
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Lundi 9 octobre 2006


Pourquoi le paysan n'est_il pas content de la place que la République lui fait dans le monde ? Pourquoi le fils du paysan français change t il de métier ? Pourquoi les campagnes françaises se dépeuplent elles 9 pourquoi faut il avoir recours à des hordes d'étrangers à l'époque des grands travaux ? Pourquoi, en dépit du machinisme, le vieux Pont-Neuf reste t il vrai et entend on de plus en plus que la terre manque de bras?

La réponse est simple. Ce que la République pouvait faire pour le paysan était très limité. Le Kamtchatka de ses concessions à l'antidémocratie aura été de permettre l'association rurale qui donna des fruits excellents. Mais cette association a été strictement limitée aux contemporains. Le paysan peut contracter librement avec ses voisins et ses proches, en même temps qu'avec ses confrères les plus éloignés : il lui est défendu de contracter librement dans la durée des temps avec ceux qui descendent ou descendront de lui. Il n'a ni cette liberté de tester, ni ces droits de substitution, véritable équivalent moderne de l'antique droit d'aînesse, et la terre en reste grevée du plus lourd des servages, qui sont : le partage égal et, par voie de conséquence inéluctable, les fortes hypothèques, au bout desquelles arrivent d'inévitables dépossessions. Un élément moral, l'hérédité sainement comprise, est le seul qui assure la possession durable du premier des matériaux : le sol.

Une bourgeoise de robins fut la principale bénéficiaire du lotissement de l'avant dernier siècle. Là où les paysans eurent vainement part aux dépouillés, les anciens possesseurs furent rapidement vengés par les dommages qui s'acharnèrent depuis lors sur la petite propriété. Je ne suis pas de ceux qui se représentent sous l'aspect de fatalités historiques insurmontables une évolution de la propriété vers le dépècement et la destruction. Mais, ce dépècement une fois produit et cette destruction acquise, le grand propriétaire une fois dépossédé, le petit propriétaire en profite peu : créature du financier et du marchand de biens, il en devient vite la victime.

Les parasites vivent sur lui et le dépouillent en peu de temps. Il n'est pas possible d'éviter ce parasitisme ; armé des droits de mutation et de succession écrasants qu'édicte la démocratie, le fisc est là pour dévouer la petite propriété à l'usure. Et l'usure, à son tour, reconstitue au lieu et place des domaines traditionnels des domaines parfois plus vastes, mais possédés collectivement, tristes avoirs de cette « fortune anonyme et vagabonde » qui dépossède tout agriculteur, pauvre ou riche, noble ou vilain, des cultures de la patrie.


Les systèmes politiques ont des effets automatiques, et la volonté humaine, si libre soit elle, a fort peu de moyens de les annuler. Le régime électif suppose l'égalité des électeurs qui suppose l'uniformité des fonctions : s'il est entendu qu'un homme en vaut un autre, qu'une fonction en vaut une autre, qu'on peut être indifféremment et tout aussi bien paysan, bourgeois, député, sénateur, président de la République, personne ne voudra plus être paysan, et chacun sera, peu ou prou, candidat à la présidence. La démocratie est une pompe aspirante, récole y est l'organe essentiel de cette aspiration. On ne la réformera pas. C'est le régime qu'il faut détruire si l'on veut retrouver l'équilibre des intérêts, si l'on veut restaurer le cours des honneurs et des valeurs.


Le régime stérile a stérilisé la nation. Si le choix national ne se porte pas où il faut, si le travail des champs n'est pas aidé et continué, les chances d'avenir national tomberont à si peu de chose que l'unique moyen d'opposer force à force, cause à cause, facteur matériel à facteur matériel en démocratie sera perdu par le simple fait de cet abandon.


Comment est détruite la propriété


Il y a des partisans de la petite propriété. Il y a des partisans de la moyenne Ou de la grande propriété. Je n'ai jamais compris grand chose à ces sortes de divisions, alors qu'il est si aisé de se rendre compte que les grandes exploitations appuyées sur de fortes assises héréditaires sont d'immenses biens historiques, mais que la petite et moyenne propriété, convenablement défendues, fournissent à chaque moment de la vie nationale une source admirable d'énergie intelligente et d'activité Mesurée. Les démocrates ont coutume de procéder par des formules d'exclusion, entre lesquelles il n'y a pas grand chose à concevoir. Nous Procéderons au contraire par affirmations additionnées, composées, organisées. Il nous Plaît de tenir sous un même regard les formes différentes par lesquelles s'enlacent et s'entraident les institutions naturelles. Où l'esprit révolutionnaire prophétise que ceci tuera cela, nous disons que Ceci pourra faire naître cela, aider cela ou s'arranger de cela.

La grande propriété a besoin, pour se développer, de défendre, de guider et de patronner : comme, pour résister et pour se maintenir la petite propriété a besoin d'être patronnée, guidée et défendue. Mais cette commune nécessité mutuelle est soumise elle même à une condition politique. A ces deux propriétés, il faut un État qui soit libre de la servitude de l'or. Pour que la petite et la grande propriété puissent faire appel au Ministère de l'or sans avoir à le redouter comme arbitre de tout, il faut que l'État soit assez puissant Pour dominer l'usure, assez sage pour modérer le fisc et le Proportionner aux intérêts de la fortune nationale, celle qui est incorporée au sol, enfin assez maître de soi pour ne rien demander à l'élection démocratique.



par Lux publié dans : textes de Charles Maurras
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Lundi 9 octobre 2006


Le premier souci du législateur doit être de soustraire le domaine social aux passions et aux intérêts de la politique.


La paix sociale ressemble à la paix des nations, elle dure par un effort qu'il faut renouveler sans cesse.


1


Il faudra poser la question sociale par rapport à ce qui en est l'objet.

On la pose en termes subjectifs, c'est à dire par rapport aux sujets en cause : patrons, ouvriers, prolétaires, propriétaires. Cela est naturel en République démocratique où tout dépend et doit dépendre de la volonté des individus, et qui votent.

On divise les citoyens français en classes, suivant le degré de fortune ou le rang qu'ils occupent, ou le grade auquel ils se sont élevés. De là ces formules brutales : ceux qui dont rien contre ceux qui ont tout, ceux qui peinent contre ceux qui jouissent, etc., etc. La vraie, la solide, la consistante réalité est absente de ces classifications tout accidentelles. Un paysan riche et un paysan pauvre, un propriétaire campagnard et un ouvrier agricole ont, en réalité, plus d'intérêts communs que n'en auront jamais entre eux un prolétaire des villes et un prolétaire des champs, un rentier de grande ville et un gros métayer. La distribution en classes, en zones sociales fondées sur la richesse ou le rang social est tout à fait fictive.

Il faut classer par profession, par objet travaillé, chaque catégorie ayant ses pauvres et ses riches, ses prolétaires et ses propriétaires, ceux ci aidant ceux là, ceux là secourus par ceux ci.

L'ancien cri juif allemand : prolétaires de tous les pays unissez vous, n'a pas seulement été proféré de circonscription territoriale à circonscription territoriale, il  a été porté de profession à profession, de métier à métier, de corps social à corps social.


Il n'y a pas un seul mal, le prolétariat. Il y a deux maux le prolétariat et le capitalisme. De leur confrontation ressort l'idée de leur antidote commun.

Quel antidote ? L'incorporation du prolétariat à la société par l'opération des forces politiques et morales autres que le Capital : les forces du Gouvernement héréditaire, de la Corporation et de la Religion, qui ôteront au Capital son isme despotique, l'empêchant de régner tout seul.


par Lux publié dans : textes de Charles Maurras
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