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Editorial de POLITIQUE magazine Octobre 2008 :
Vivre ou mourir
Tout va se conjuguer pour miner le moral des Français. La crise financière est là, omniprésente, annoncée par Politique magazine depuis un an. Elle est extrêmement grave. Elle atteint maintenant les économies réelles et la France en sera, en est dès maintenant affectée alors que sa situation n'était déjà pas brillante.
Dans le même temps, le monde occidental et la France se trouvent engagés dans une guerre. Le ministre de la Défense a beau dire que nous ne sommes pas en guerre, nous sommes, de fait, qu'on le veuille ou non, en guerre. Cette guerre est une guerre globale ; elle est tout autant psychologique, politique que militaire. Ses ingrédients sont religieux, moraux, pour ainsi dire métaphysiques. [Les Occidentaux, les Français, en particulier, sauf les meilleurs de nos chefs militaires, ne s'en rendent pas compte, ne veulent pas s’en rendre compte. Il n'empêche qu'elle est là, cette guerre qui ne dit pas son nom.
Là-dessus Paris-Match publie des photos de talibans revêtus d’uniformes de soldats français tombés dans l'embuscade qu'ils leur ont tendue dans la vallée d'Uzbin ; ils brandissent en trophées des armes et des objets ayant appartenu à ces soldats français. Paris-Match qui ne craint rien, mettra, la fois suivante, en première page le Pape : belles Photos, articles fervents. Ça se vend bien ! Cela dit tout de la société française, de la société occidentale.
Des rapports Plus ou moins exacts, plus ou moins authentiques, circulent dans le même temps dans la presse française et occidentale du Canard enchaîné au Monde, selon un rituel archi-connu et déjà vécu dans le passé en d'autres temps tragiques. Tout ce qui y est affirmé, est fait pour saper le moral de l'armée et de la nation : on y dénonce gaiement l'impréparation, l'insuffisance, la sottise. On en fait une raillerie, on se gausse, on prend un ton suffisant pour juger, on expertise le cas mieux qu'un expert. Les radios d'État, France Info singulièrement, relaient ladite information à toutes les heures de la journée : devoir d'information, n'est-ce pas ? Scénario connu.
Les parlementaires discutent de l'engagement français en Afghanistan. L’affaire devient donc, par le fait même, une discussion de politique intérieure. Les salles électorales vont retentir de propos sonores. Cela va devenir payant de faire la guerre à la guerre.
Pour le moment la majorité est unie, mais demain. Et demain, un jour, la majorité peut changer. Alors, quid ? On change de politique ? ... On arrête la guerre commencée, on part ? Même si sur le terrain on a laissé des morts. Des morts, pour rien ?
Pendant ce temps les militaires doivent obéir. Ils sont obligés de faire avec des moyens qu'on leur mesure chichement. Le budget de la Défense depuis des années n'est pas orienté vers cette guerre. Le matériel est insuffisant. Cependant, les militaires n'ont pas droit à l'erreur. Tout le petit monde des politiciens et des journalistes juge et jugera des hommes qui font la guerre, eux, réelle. Non en chambre ! Ces soldats se doutent déjà que l'information jouera contre eux, que l'adversaire, le Taliban qui jouit du crime, qui vit de la terreur et de la corruption, a gagné sur le champ de bataille des médias.
Les discours du chef de l’État ne changeront rien ni à la crise financière ni à la guerre. Il y a des questions de fond si graves qui se posent aujourd'hui qu'il faudra bien un jour y donner une réponse : que veut la France ? Veut-elle vivre ou mourir ?
Restera-t-il une armée
à la France ?
par Georges Rousseau
Bien que le " livre blanc " sur la Défense n'ait pas encore été publié, des indiscrétions savamment distillées donnent à penser qu'on s'oriente, sous couvert d'une modernisation de l’organisation, vers une très sérieuse détérioration de notre potentiel militaire.
D'après les informations qui commencent à filtrer, la Défense nationale va être mise à rude épreuve par “la cure d'amaigrissement généra-le", puisqu’il s’agit d'imposer des économies financières à l'administration française à la suite, notamment, des recommandations de la Commission de Bruxelles sur le déficit budgétaire. Le problème, c'est que contrairement à beaucoup d'autres administrations, l'Armée a déjà supporté à plusieurs reprises depuis vingt ans un tel " régime de minceur " qu'on peut se demander si, cette fois - ci, elle se remettra de cet érat d’anorexie dans lequel on la jette. Une fois de plus, elle va être mise à contribution, mais il est à craindre qu'il va être difficile à son organisme, déjà affaibli, de s'en remettre.
Le « régime minceur »
Apparemment, la loi de programmation militaire s'oriente vers la fermeture de trente régiments et de quinze bases aériennes, soit une cinquantaine d'implantations, et la suppression de 42.000 postes budgétaires en sept ans, soit six mille par an. On ne parle pas des programmes de construction de matériel, mais quand on sait qu'avec le budget actuel, “la grande Muette" est déjà exsangue : en ce qui concerne le matériel courant, notamment les hélicoptères et les chars, mais aussi dans l'aviation. Depuis plusieurs années, les militaires en sont au système consistant à "cannibaliser" certains matériels pour se procurer des pièces détachées qui manquent cruellement. La marine, si l'on met de côté les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins balistiques, est réduite à la portion congrue, puisqu'elle est déjà privée de son unique porte-avions en période de réparation et bientôt de son porte-hélicoptères La Jeanne d’Arc, qui va prendre sa retraite. A cet égard, la doctrine très sarkoziste consistant à compter sur les pays étrangers pour nous approvisionner en matériel est terriblement dangereuse. S’imaginer que l’Europe va prendre la place de la France est une chimère. On se rappelle que pour faire passer la pilule de l'abandon de la construction d'un second porte-avions, on nous a dit qu'on allait s'entendre avec les Anglais pour la construction en commun du prochain. Patatras ! Toujours réaliste, le gouvernement britannique vient de décider de construire deux porte-avions pour sa seule marine, sans se soucier du mirifique projet français qui dort dans les cartons de la Place de la Concorde. Or les porte-avions marchent par deux comme les gendarmes.
De faux prétextes
Pour donner au bon peuple des raisons de croire que le gouvernement se préoccupe réellement d'augmenter les capacités militaires de notre pays, on agite des menaces qui n'existent pas ou qui, plutôt, ne sont pas vraiment du ressort de l'Armée. On s'inquiète tout d'un coup de la menace terroriste, mais on oublie de dire que le Ministère de l'Intérieur a déjà à sa disposition des milliers de policiers, soixante mille CRS et deux cent mille gendarmes. On a surtout le toupet d'oublier que les frontières de la France sont ouvertes à cause de l'Europe de Schengen et qu'on laisse rentrer dans notre pays, chaque année, trois cent mille immigrants " légaux " et cent mille illégaux ! Loin de moi l'idée de penser que tous les immigrés sont forcément des candidats terroristes, mais nul doute que sur un si grand nombre il doit s'en trouver quelques uns…
Cependant, on ne combat pas le terrorisme avec des hélicoptères et des chars ! Ce n'est pas en amoindrissant l'armée qu'on améliorera le combat contre le terrorisme. Le terrorisme se combat d'abord par une politique cohérente qui s'impose dans tous les ministères et pas seulement dans ceux qui sont chargés de la répression. Cette lutte nécessite par exemple la connaissance exacte des étrangers vivant sur notre sol et de la population en général. Savez-vous qu'il est interdit légale-ment de tenir des statistiques faisant état de la race ou de la religion des personnes résidant en France ?
Cette lutte nécessite aussi une remise en ordre complète de l'Education nationale, en commençant par la mise au pas des Instituts de Formation des Maîtres, dont on a l'impression qu'ils ont pour but de former des révolutionnaires apatrides plutôt que des instituteurs fiers de la Nation. Il devrait être interdit aux médias, qu'il s'agisse de la presse écrite, des radios et des chaînes de télévision, et de se livrer au dénigrement systématique de la Nation, de son armée et de notre Histoire pour laisser place avec complaisance à une véritable propagande en faveur d'une société multi-ethnique et multi-culturelle.
Ce ne sont là que quelques exemples de l'immense effort nécessaire pour remonter la pente. C'est dans cette intention, entre autres, que Nicolas Sarkozy avait été élu avec une confortable majorité. Malheureusement, il a, sur ce terrain, oublié ses promesse électorales…Comme l'écrivait récemment Ivan Rioufol dans Le Figaro, alors que Nicolas Sarkozy se soucie beaucoup du monde médiatique et des salonnards qui persistent à s'afficher de gauche, la société s'est convertie depuis longtemps aux valeurs de la droite qui ont fait gagner Sarkozy : travail, mérite, famille, nation, identité, autorité, sécurité…
Une armée ne se construit pas en un jour
Il est également essentiel de garder présent à l'esprit qu'une armée ne se construit pas en un jour. Elle est faite d'hommes qui ont besoin, non seulement de matériel, mais aussi d'un cadre intellectuel et moral, d'une certaine constance. On peut changer souvent de matériel, mais pas de motivations qui font qu'on est prêt à servir la patrie, voire à mourir pour elle. Il y a quelques jours, on a célébré le trentième anniversaire de l'opération aéroportée de Kolwezi. Le général, Gouverneur militaire de Paris, qui a fait partie jadis de cette expédition comme modeste chef de section au 2ème REP, a été interviewé à cette occasion. Il en a profité pour déclarer que la préparation des unités, leur formation technique et morale, demandaient du temps et beaucoup de soins. Un bon régiment, un bon navire, cela ne s'improvise pas. Dès lors, les changements qu'on impose à nos unités, à leurs chefs et à leurs soldats, sont nocifs lorsqu'ils se répètent trop fréquemment. La routine est certes mauvaise, mais les changements perpétuels sont également à déconseiller.
L'Armée est au service d'une politique
On l'oublie trop : l'Armée est au service d'une politique et son utilisation ne se conçoit que dans le cadre de cette politique nationale. Or, on ne sait plus très bien qu'elle est la politique étrangère du Président de la République et de Monsieur Kouchner, qui dirige le Quai d'Orsay. Le rapprochement avec les Etats-Unis, le retour dans le cadre de l'OTAN, les propos d'une rare agressivité vis-à-vis de l'Iran, l'augmentation du contingent français en Afghanistan, la brouille avec la Chine à la suite des manifestations pro-tibétaines, tout cela donne une impression de flottement et d'improvisation. Qu'est devenue la politique arabe de la France ? Qu'en est-il de notre politique vis-à-vis de la Russie ? Pourquoi parler sans cesse des " droits de l'homme " à des Etats qui s'en moquent ? Même les interventions de notre président pour tenter de faire libérer Ingrid Betancourt apparaissent comme flottantes et mal préparées. Pourquoi soutenir indirectement une guérilla marxiste, alors que c'est cette rébellion qui est coupable d'enlèvement et de séquestration. ? Mystère !
La dispute au sein du P. S. est en train de se transformer en un véritable duel opposant les deux personnalités socialistes les plus populaires dans les sondages.
C’est désormais sur la place publique que se déroule le « combat des chefs ». Ségolène Royal et Bertrand Delanoë, les deux personnalités les plus populaires et les premières à s’être déclarées publiquement, ont commencé leurs manœuvres, et cela va continuer jusqu’au mois de novembre, époque où aura lieu le congrès de Reims. Ce congrès verra l’un ou l’autre, ou pourquoi pas, un troisième, porté à la direction du Parti. Car une première remarque s’impose : De même que Nicolas Sarkozy, dans sa quête du pouvoir du côté de la droite, s’est d’abord emparé de l’U.M.P., de même les candidats côté socialiste ont compris que la première marche vers le pouvoir consistait à devenir chef du Parti. Pour présenter, avec quelques chances de succès, sa candidature aux élections présidentielles, tout candidat a impérativement besoin de disposer de troupes, d’une infrastructure et surtout d’argent, et cela passe nécessairement par la conquête du Parti.
Existe-t-il encore une doctrine socialiste ?
En outre, aussi bien Bertrand Delanoë que Ségolène Royal cherche à se distinguer de l’autre – et de tous les autres candidats potentiels – non seulement par sa personne et sa tactique, mais aussi par le contenu doctrinal qu’il entend donner au Parti Socialiste. Car chacun d’eux, comme d’ailleurs tous les observateurs attentifs, qu’ils soient favorables aux socialistes ou non, savent bien que le flou qui entoure aujourd’hui la « doctrine socialiste », si on peut appeler cela comme ça, ne peut continuer plus longtemps. Le P.S. est-il toujours marxiste ? Si on croit son vocabulaire, on peut répondre par l’affirmative. Mais si l’on en croit la pratique du pouvoir lorsque les socialistes sont à la tête du gouvernement ou à la tête d’une municipalité ou d’une région, c’est moins sûr. Bref, les camarades ne feront pas l’économie d’une redéfinition des principes sur lesquels se fonde leur parti. Et alors là, le drame commence. Car depuis longtemps, comme le Parti Radical autrefois, le flou artistique qui entoure l’idéologie socialiste leur a permis de promettre aux militants et aux électeurs tout et n’importe quoi. Ils se présentent comme cet animal sortant de l’ordinaire dont parle le bon Jean de la Fontaine: « Je suis oiseau , voyez mes ailes. Je suis poisson, voyez ma queue » ! Mais, au point où nous en sommes, cela ne peut plus continuer. Il faut choisir. Nos socialistes doivent, soit continuer a prétendre qu’ils sont marxistes et, avec tous les bémols possibles, maintenir qu’ils souhaitent la victoire de la Révolution prolétarienne. Ou alors, comme il y a cinquante ans les socialistes allemands l’ont fait à Bad-Godesberg, ils doivent décider carrément qu’ils abandonnent le marxisme au profit de la social - démocratie. D’où les contorsions auxquelles commencent à se livrer nos deux « candidats à la candidature ». C’est ainsi que Bertrand Delanoë vient de proclamer qu’il « accepte le libéralisme ». Mais attention, le maire de Paris parle surtout du libéralisme « philosophique », celui de l’individualisme tant prisé par nos « bourgeois branchés ». Toutefois, il a été jusqu’à dire que les socialistes ne doivent « plus prendre les termes de concurrence ou de compétition pour des gros mots » ! Hurlements de Ségolène qui se voit frustrée d’un riche terrain de chasse. Car la définition des principes n’est pas neutre, elle débouche sur le problème crucial des alliances.
Le problème des alliances
En effet, un seul coup d’œil aux chiffres fait apparaître que le Parti Socialiste ne peut, à lui seul, espérer gagner une élection présidentielle ni même une élection législative. Il lui faut des alliés. Mais vers qui se tourner ? S’il penche vers la gauche comme l’avait fait en son temps François Mitterrand, il n’est pas sûr que cela soit suffisant. Car les choses ont beaucoup évolué depuis 1981. D’abord, le Parti Communiste s’est écroulé et n’arrive plus à dépasser 3,5 % des voix au niveau national. L’extrême - gauche fait, comme on dit au théâtre, un « succès d’estime », mais n’atteint pas au total plus de 5 ou 6 % des votes. Reste les verts, mais ce groupe émietté ne fait plus recette : tout le monde est plus ou moins écologiste de nos jours ! Alors, beaucoup de socialistes se demandent s’il ne faudrait pas se tourner de l’autre côté. Par un réflexe très « Quatrième République », ils penchent vers le Centre. Mais ils se trompent de République ! Qu’on le veuille ou non, l’élection présidentielle et les élections législatives au scrutin majoritaire, se font, fondamentalement : « bloc contre bloc », c’est à dire : droite contre gauche. Et d’ailleurs, qu’est-ce que le centre ? Ou bien c’est un autre nom de la droite, comme l’était l’UDF et avant elle le CNI, segment qui a pris maintenant le nom de « Nouveau Centre », avec lequel les socialistes ne peuvent pas penser à s’allier, sauf peut-être pour des élections locales. Ou c’est le ventre mou, le « marais » d’inspiration plus ou moins démocrate-chrétienne. On pense alors à François Bayrou, et c’est évidemment vers lui que penche Ségolène Royal, qui, depuis l’ élection présidentielle, sait faire les additions…
Le grand écart
Cela amène nos deux candidats, et tous les autres postulants qui ne sont pas encore déclarés, à un exercice difficile, auquel seuls excellent les « grands animaux politiques », tels que François Mitterrand : le grand écart ! Et hop, un pied à droite, un pied à gauche ! Mais l’exercice est très difficile, car le dosage doit être subtil : une cuillère à café de droite, une cuillère à soupe de bonne conscience style démocrate-chrétien, une louche de socialisme proudhonien et une pincée, que dis-je, un soupçon, de marxisme ! Car il faut ne faire fuir personne… Le gros bataillon des instituteurs et professeurs de collège, soutien sans faille du P.S., souvent plus ou moins anti-cléricaux, et les cadres et cols blancs des P.T.T et des administrations centrales, appartenant souvent aux loges, doivent cohabiter avec des tas de bourgeois branchés et des minets bayroutistes, souvent élevés dans nos bonnes écoles religieuses… Mais après tout, si c’est pour le bien du Parti, et surtout, si c’est pour revenir au pouvoir, qu’on a quitté il y a si longtemps, pourquoi pas ! Il y aura bien , de - ci, de - là, des intellectuels qui feront la moue en se demandant à quoi ressemble idéologiquement cette « contribution », cette « proposition », ou même cette « synthèse », mais qui s’en souciera ? L’essentiel c’est d’obtenir les voix, après on s’arrange, tous les démocrates vous le diront !
L’appel de François Hollande
C’est pourquoi l’appel lancé par François Hollande dans Le Monde du 30 mai a peu de chance de réussir à désamorcer le combat des chefs. D’abord, parce lui-même se verrait bien dans le rôle de « rassembleur », au cas où les deux premiers candidats échoueraient. Ensuite parce que les dix questions qu’à son avis, il est indispensable de régler au terme du débat qui aura lieu lors du congrès de Reims, sont des questions pratiques et non doctrinales. Autrement dit, lui - même esquive le véritable débat, ce qui, il faut le dire, n’augure pas vraiment bien du résultat de ce congrès.
Georges Rousseau
La lettre de La Restauration Nationale
Juin 2008